‹ Chroniques des petits théâtres de ParisChapitre 34 sur 38 · THÉÂTRE DE LA GAITÉ · texte numérisé non relu

THÉÂTRE DE LA GAITÉ

r 'article relatif à ce théâtre a été remanié ^ par Brazier dans la deuxième édition de son livre. Voici les principaux changements et les additions faits à cet article :

Le théâtre de la Gaîté est le plus ancien de tous ceux qui ont existé et qui existent encore sur le boulevard du Temple.

Il fut fondé par J.-B. Nicolet en 1770; mais son origine remonte à 1760.

Un sieur Restier qui tenait des baraques aux foires Saint'-Germain, Saint-Laurent et Saint-Ovide, en fut le premier directeur.

Comme ces foires ne se tenaient qu'à de certaines époques de Tannée^ Restier avait construit sur Je boulevard du Temple une salle de spectacle en bois, sur la façade de laquelle on lisait : Salle des grands danseurs.

Nicolet père était TArlequin de ce spectacle, et faisait même la parade en dehors, comme Bobèche et Galimafré.

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Un incendie ayant détruit la salle de Restier, auquel Gaudon avait succédé, Nicolet le fils, qui était fort aimé du public, la fit rebâtir, et se mit à la tête de la troupe. Il jouait, comme son père, le personnage d'Arlequin.

En 1772, la troupe de Nicolet étant allée jouer à Choisy, chez madame Oubarry, amusa beaucoup Louis XV et toute la cour, Nicolet sollicita et obtint la faveur de prendre pour son théâtre le titre de grands danseurs du roi»

Loin de s'enorgueillir de cette faveur Nicolet ne chercha pas pour cela à s'élever plus haut, et mit sur sa toile cette modeste devise:

Sur les tréteaux de Thespis, Ne cherchez que la Folie.

Les ouvrages à spectacle, les arlequinades étaient montés avec un luxe et un soin particuliers. Non seulement on admirait les machines, les décorations, mais on s*amusait beaucoup des pièces des acteurs. Arlequin dogue ^ d'Angleterre faisait fureur.

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surtout lorsque Nicolet métamorphosé en chien, après avoir flairé la robe de Pantalon, levait dessus la jambe de derrière. Pantalon levait sa robe d*une manière si comique que toute la salle riait et battait des mains.

L.* Enlèvement d'Europe et le fameux Siège de la Pucelle d'Orléans attirèrent tout Paris.

Madame Nicolet, qui était d'une beauté remarquable et avait joué la comédie en province, représentait Jeanne d'Arc ; une demoiselle Miller, qui fut depuis madame Gardel, et qui a laissé de si grands souvenirs à l'Opéra, brillait déjà dans le rôle de Junon, de ïEnlèuement d'Europe.

Parmi les sauteurs, on distinguait le Petit Diable; un sieur Placide se faisait remarquer par sa. danse gracieuse, et un homme, que Ton appelait le beau Dupuis, déployait sa vigueur dans les forces d'Hercule : un nommé Desvoyes y a dansé longtemps l*anglaise. Les eiitr'actes, chez Nicolet, étaient toujours remplis par des équilibristes, des joueurs de tambours de basque, des tour-* neusesqui faisaient des choses étonnantes de courage et d'adresse. De là Torigine de ce mot : Oest de plus fort en plus fort, comme ches[ Nicolet.

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Vers Tanaée 1789, Nicolet étant mort, sa femme continua de tenir son spectacle qui demeura dans une situation assez prospère jusqu*à l'époque de la Révolution. Alors on lit disparaître le titre de Grands Danseurs du Roi et Ton mit à sa place Théâtre de la Gaîté,

Usant de la liberté, qui venait d'être proclamée, on joua chez Nicolet, des pièces révolutionnaires: Brutus, Féuelony les Victimes cloîtrées, etc..

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Ribié, qui avait commencé par être commissionnaire à la porte du théâtre, y vendait des contre-marqucs et s'en servait souvent pour aller admirer Nicolet. Il était parvenu, par son intelligence, à jouer quelques petits rôles; Nicolet l'engagea dans sa troupe.

Comme acteur, Ribié était assez remarquable ; comme auteur, il a attaché son nom à des ouvrages qui ont obtenu du succès.

Après avoir couru la province au commencement de la révolution, Ribié était passé aux colonies, d'où il revint vers 179S avec Talon, Mayeur, et une jeune et jolie actrice, appelée mademoiselle Saint-Quentin

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Ribié prit la direction de la salle de Nicolet, à laquelle il donna le titre de Théâtre d'émulation.

Il y fit jouer le Moine, quMl composa avec un comédien nommé Camaille Saint-Aubin, mélodrame fameux, tiré du roman de ce nom ; dans cette pièce, madame Corse remplissait le rôle de Marguerite avec un talent très distingué ; le second acte surtout, celui des voleurSf produisait un grand effet. Après le Moine vinrent les Pénitents noirs, et la pantomime des Amazones. Ribié joua ausài beaucoup de rôles dans son ancien répertoire ; mais n*ayant point réussi dans cette entreprise, il quitta bientôt la direction.

Ce spectacle, après bonne et mauvaise fortune, tomba dans les mains d^un homme de lettres appelé Cofin-Rosny. La salle ayant été restaurée, Pouverture eut lieu le i6 avril 1799^ par un vaudeville de circonstance, le Retour de la Gaité, Une pantomime à grand spectacle, les Quatre parties du Monde, qui rappelait l'ancien genre de Nicolet, produisît d'assez bonnes recettes ; un mélodrame de Cuvelier, Kalik-Sergus , n*eut qu'un succès négatif; mais la Forêt enchantée ou la Belle au Bois dormant, Tun des premiers

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ouvrages de M^ Caignez, obtint une vogue longue et méritée.

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Après le Pied de Mouton, qui fit un argent considérable^ Ribié donna la Tête et la Queue du Diable, qui produisit de bonnes recettes ; mais après deux années d'exploitation, malgré ses capacités bien connues, malgré son activité dévorante, il fut encore obligé de se retirer devant les héritiers Nicolet, qui voulurent rentrer dans leur privilège^ et Texploiter eux-mêmes.

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