‹ Chroniques des petits théâtres de ParisChapitre 4 sur 38 · PRÉFACE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'AUTEUR

^^^K annonçant les Chroniques des S^m) petits Théâtres de Paris, je n'ai pas eu l'imention de tracer ce qu'on appelle un ouvrage savant, pour deux raisons ; d'abord, parce que je ne suispoint un savant; ensuite, c'est que. pour écrire l'histoire des théâtres, il faudrait cinquante volumes, la vie d'un centenaire et la patience d'un bénédictin.

Ce que je veux donner au public, c'est,

Petits Théâtres de Paris.

avant tout, un livre amusant, ce sont de petites biographies de petits spectacles dans lesquelles je dirai franchement ce que f aurai vu et observé.

L'histoire du théâtre est peut-être la plus curieuse, la plus amusante de toutes^ car ce n'est pas seulement l'histoire de la littérature qu'elle étreint, mais encore celle de la politique et des mœurs. Dites si les modes,, les usages, les événements^ les révolutions, ne se retrouvent pas dans le théâtre depuis son origine ?

Ayant, tout jeune, aimé le théâtre comme on aime la lumière, comme on aime V air, comme on aime une maîtresse, les coulisses ont absorbé les deux tiers de ma vie.

Je raconterai donc les chroniques de beaucoup de théâtres, je redirai aux jeunes gens qui nous y ont succédé ce qui s^y passait bien avant qu'ils ne fussent au mondCy je les initierai à une foule dechO' ses qu'ils ignorent, je leur ferai connaître des personnages dont à peine ils sùup* çonnent l'existence ou dont ils ne savent les

Préface de V auteur.

noms que pour les avoir lus sur une bro^ chure du libraire Martinet ou dans unca* talogue de pièces de Barba. Je garderai mes sympathies^ et une citation pour ou contre tel ou tel ordre de choses ne changera rien à mes idées. Comme je ne pourrai pas faire que ce qui a existé n'ait pas existé, que ce qui a été fait n'ait pas été faity que ce qui a été dit n'ait pas été dit ^ je dirai tout ce qui aura été fait^ tout ce qui aura été dit.

Toutefois, que l'on n'aille pas croire par ces mots je dirai tout, que mon intention soit de faire du scandale : Dieu m'en garde ! je ne yeux affliger personne.

Bien que la gaîté soit la partie domi' nante de cet ouvrage, si l'on trouve dans mon livre quelques réflexions un peu graves, le lecteur sentira qu'elles sont à leur place. La littérature et le théâtre ont, comme la société^ leurs bons et leurs mauvais jours, encore faut-il le dire : on ne peint pas une tempête avec les contours àe l'arc-en-ciel, on ne rit pas en face

Petits Théâtres de Paris,

d'une époque lorsqu'elle pleure ou qu'elle grince des dents^ et puis, il est de certaines choses auxquelles on ne saurait toucher sans que les doigts vous brûlent! surtout quand on écrit de convie--

tion.

Que si, dans V ouvrage que je publie, il se glisse quelques erreurs, je recevrai toutes les observations qui me seront adressées, et je promets de les rectifier dans la seconde édition si la première se vend, ce que je souhaite à mon édi~ teur.

Sans trop présumer de mes forces et de mon travail^ s*il n'est pas remarquable et brillant, j'espère qu'il sera de quelque utilité à toutes les personnes qui aiment à s'occuper de l'art dramatique ; elles y trouveront des dates, des noms, des portraits, des souvenirs qui ne seront pas sans quelque intérêt, surtout aujourd'hui où l'on recueille avec avidité tout ce qui commence à s'éloigner de nous.

Je pense encore que les bibliophiles me sauront gré de mes recherches et de

Préface de Vauteur,

ma patience; car, pour écrire ces deux volumes, on ne saurait croire tout ce qu'il m'a fallu fouiller de journaux et d'almanachs de théâtres^ sans compter ce que f ai retrouvé dans ma mémoire, ce qui ne sera pas la moindre partie de mon labeur *.

Quelques-uns des chapitres qu'on va lire ont été publiés dans deux journaux^ le Siècle et le Vert- Vert : mais, forcé de res* serrer mon travail dans les bornes d^un feuilleton, je n'ai pas pu donner à certains articles toute l'extension nécessaire à r importance du sujet que je traitais.

J'ai donc revu avec soin et augmenté de beaucoup l'histoire de quelques théâtres,

* Dans sa seconde édition {i838), qui reproduit cette préface, Brazier ajoute ceci :

« J'ai revu avec soin et augmenté de beaucoup rhistoire de quelques théâtres; j'ajoute à cette nouvelle édition la Chronique des théâtres Molière et du Marais ; j'ai refait entièrement celle du théâtre de la Gaîté qui était incomplète. »

Petits Théâtres de Paris.

déjà imprimée. Quant aux chapitres qui sont inédits, je crois qu'ils ont acquis toute la portée voulue pour donner une idée des époques, des pièces^ des conté' diens et des comédiennes qui ont paru sur les scènes dont j*ai tracé les chroniques.

Je ne me suis occupé spécialement que des petits spectacles qui sont les plus amu-sants.

Une histoire générale du théâtre en France serait une grande et belle idée, mais il faudrait faire de cela une œuvre de conscience, un ouvrage impartial. C'est un monument qui manque à notre littéra^ ture. On ^occupe beaucoup du théâtre depuis quelques années, mais tout ce qu'on a recueilli sur cette matière est jeté çà et là dans des revues, dans des journaux, rien n'est mis à sa place ^ c'est un pêle-mêle insupportable, un labyrinthe oii l'on ne trouve pas un fil pour se guider. Je vote d'avance une adresse de remerciements aux écrivains instruits et laborieux qui oseraient poser la première pierre de ce nouvel arc-de-triomphe littéraire.

Préface de Vauteur.

Que si Von grave sur le marbre et le bromjfe les noms des Louis XI Vf desNa^ poléony des Condé, des Desaixy des Turenne^ des Ney^ des Kellermann, que si leurs trophées sont placés par ordre de siècleSy de dates, de batailleSy de succès, pourquoi un monument littéraire ne serait'il pas élevé à la mémoire des Rotrou, des Corneille, des Crébillon, des Racine, des Voltaire, des Molière, des Dancourt, des Picard, des Andrieux ?... Est-ce que ces capitaines portant plumes au lieu d'épées n'ont point combattu pour les lumières du goût contre les ténèbres qui cachaient l'art à nos yeux ?... Est-ce qu'ils n'ont point porté la gloire de notre théâtre au bout du monde, comme les autres qui y ont porté leurs drapeaux?

Est-ce qu'ils n'ont point agrandi les frontières du drame et du rire ? Est-ce qu'ils n* ont point, comme ces vieux généraux delà République et de V Empire, fait aussi des conquêtes sur l'étranger ?...

Encore unefois^je demande un ouvrage sur le théâtre, mais je le veuxlarge^ I. I.

lO

Petits Théâtres de Paris.

complet, je le veux grand comme mon pays, T espère qu'un jour mes vœux seront compris, et que la France aura V histoire de son théâtre comme elle a celle de ses rois, de ses révolutions, de ses découvertes, de son industrie, de son commerce et de ses arts.

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