‹ Chroniques des petits théâtres de ParisChapitre 5 sur 38 · THÉÂTRE DE LX GAITÉ · texte numérisé non relu

THÉÂTRE DE LX GAITÉ

CE théâtre passe pour être le plus ancien de ceux qui existent sur le boulevard du Temple. J.-B. Nicolet avait commence par établir une baraque dans les foires de Saint-Germain et Saint-Laurent ; on y représentait des tours de force et des danses de corde. La troupe de Nicolet avait succédé à celle de Gaudon, laquelle fut précédée par celle de Restier... Nicolet y faisait jouer un acteur, qui devint la co-

14 Petits Théâtres de Paris.

queluche de tous les Parisiens, et surtout des Parisiennes. Cet acteur, fort instruit, était un singe qui exécutait avec beaucoup d'intelligence plusieurs scènes bouffonnes ; pendant la maladie de Mole, qui venait de débuter à la Comédie-Française, on parvint à faire jouer par ce singe le personnage du comédien malade ; on lui avait mis une robe de chambre, des pantoufles, un bonnet de nuit avec un ruban rose.

Cet animal ainsi affublé se donnait des airs, faisait des mines. Comme de tout temps on a chansonné les événements du jour, le chevalier de Boufflers composa des couplets qui occupèrent beaucoup les grands amateurs de petits scandales. Les voici :

Quel est ce gentil animal, Qui dans ces jours de carnaval Tourne à Paris toutes les têtes, Et pour qui Ton donne des fêtes ?...

Ce ne peut être que Moîet * Ou le singe de Nicolet.

^ Le chansonnier a changé l'orthographe du nom, à cause de la rime.

Théâtre de la Gaîté. ' 1 5

Vous eûtes, éternels badauds, Vos pantins et vos Ramponneaux.

Français, vous serez toujours dupes.

Quel autre joujou vous occupe?,,.

Ce ne peut être que Molet Ou le singe de Nicolet.

De sa nature, cependant.

Cet animal est impudent; Mais dans ce siècle de licence, J.a fortune suit l'insolence, Et court du logis de Molet Chez le singe de Nicolet.

Il faut le voir sur les genoux De quelques belles aux yeux doux, Les charmer par sa gentillesse, Leur faire cent tours de souplesse.

Ce ne peut être que Molet Ou le singe de Nicolet.

L*animal un peu libertin.

Tombe malade un beau matin Voilà tout Paris dans la peine.

On crut voir la mort de Turenne:

Ce n'était pourtant que Molet Ou le singe de Nicolet.

Si la mort étendait son deuil.

Ou sur Voltaire ou sur Choiseuil, Paris serait moins en alarmes.

Et répandrait bien moins de larmes Que n'en ferait verser Molet Ou le singe de Nicolet,

i6 Petits Théâtres de Paris»

Peuple, ami des colifichets, Qui portes toujours des hochets.

Rends grâces à la Providence, Qui pour amuser ton enfance Te conserve aujourd'hui Molet Et le singe de Nicolet.

Lorsque le chevalier de Bouffllers fit cette chanson contre Mole, il était loin de se douter que celui qu'il appelait alors le singe de Nicolet serait un jour son confrère à r Institut. Mole fut nommé mem-

bre de T Institut, lors de son organisation * : il est mort en 1802, et M. de Bouffiers en 181 5.

Les couplets que Ton vient de lire ne sont pas forts comme on le voit, et Mole dans sa jeunesse n'a pas dû s'en émouvoir beaucoup ; ils sont très connus , et je ne les ai copiés ici que pour montrer l'esprit du temps. Cette boutade n'a pas empêché Mole de devenir une des gloires de la Comédie-Française, et de laisser un nom artistique.

Je n'ai jamais aimé beaucoup les chan-

3 Brumaire an iv.

Théâtre de la Gaité, 17

sons de M. le chevalier de Boufâers, je préfère les couplets spirituels de Désaugiers, qui n'a pas été de l'Académie, et les odes chantantes de Béranger qui sans doute n'en sera jamais.

Le chevalier de Boufflers a composé Aline^ reine de Golconde ; c'est une charmante nouvelle; mais est-ce assez pour devenir un des quarante ?...

Que pensez-vous de cet impromptu pour la fête d'un Nicolas ? sur Tair : Pierrot sur le bord d'un ruisseau.

Vous savez tous^ mes bons amis.

Qu'il faut des coqs pour cocher nos poulettes : Vous savez bien qu*il faut aussi Des nids Pour loger leurs petits.

Vous savez bien que nos fillettes Forment des lacs où nous sommes tous pris.

Ûr, de ces nidSf de ces coqs, de ces lacs, li'amour a formé Nicolas,.,

Ce couplet-là a fait le tour de la France, et a retenti jusque chez l'étranger. On répétait partout: « Connaissez- vous le « dernier impromptu de M. le chevalier « de Boufflers?... c'est ravissant!... c'est

i8 Petits Théâtres de Paris.

« délicieux!... » Et Ton chantait à tous les Nicolas du monde :

« De ces nids, de ces coqs, de ces lacs, « L'amour a formé Nicolas. »

Du reste, le chevalier de Boufflers a bien pu entrer à l'Académie française pour des chansons, puisqu* avant lui le marquis de Saint- Aulaire y avait été reçu pour un quatrain.

Une aventure assez plaisante arriva chez Nicolet *, quand on y montrait encore des marionnettes. Un jeune président au parlement, se trouvant aussi à ce spectacle, a été apostrophé par le compère de Polichinel, qui le prit apparemment pour un clerc de notaire ou de procureur» En vain le président invite la marionnette à se montrer plus respectueuse envers le public, le compère de Polichi-

* On dit que cette scène s'est passée dans une loge tenue par le frère de Nicolet; comme elle se rattache à Thistoire de ce théâtre, j'ai cru devoir la publier.

Théâtre de la Gaîté. 19

nel n'en tient compte et continue toujours. Les éclats de rire partaient de tous les coins de la salle, on montrait au doigt le pauvre président, qui criait et gesticulait comme un possédé. Nicolet envoya chercher la garde, qui arrêta le quidam^ conseiller au parlement, sous prétexte qu'il troublait le spectacle ; on emmena donc le magistrat, et les spectateurs battirent des mains. Conduit au corps de garde, le commissaire arriva ; en vain le président décline ses noms et qualités, le commissaire fait mettre au cabanon le compère de Polichinel.

L'affaire s'étant ébruitée, le magistrat demanda réparation à M. de Sartines, qui promit que le soldat qui avait arrêté M. le président serait mis au cachot.

Cette affaire devint funeste à Nicolet.

La chambre de ce membre du parlement s'assembla en grandes robes, elle déclara que le jeu de cet histrion serait fermé.

Elle ordonna, en outre, que le soldat qui n'avait point été mis au cachot, comme cela avait été promis par M. de Sartines,

serait puni. Le maréchal de Biron donna satisfaction au président; non-seulement le garde française fut mis au cachot, mais M. de Biron écrivit à la chambre qu'il y resterait tant que cela ferait plaisir à M. le président. Voilà de la justice ou je ne m'y connais pasl...

Les officiers aux gardes françaises se montrèrent furieux de cette punition. Ces messieurs, imbus de l'esprit militaire qui inspire à cet état une tyrannie aussi absolue sur tout le reste que son obéissance est aveugle et passive pour leur hiérarchie et leur souverain, prétendaient que le soldat ne pouvait avoir offensé un Robin, et que dès qu'il était en faction il ne devait reconnaître personne que ses commandants suprêmes, c'est-à-dire les gens à croix de Saint-Louis, ou portant uniforme. Moi, je pense qu'il y avait despotisme et folie des deux côtés, et que Ton n'a pas mal fait de régler les droits et les devoirs de chacun...

Quel triste temps que celui où Ton pouvait écrire contre un citoyen estimable.

Théâtre de la Gaité, ai

un directeur de spectacle, des choses comme celles-ci :

< Les spectacles ont vaqué aujourd'hui, c conformément aux ordres du roi, c'est « la formule ; mais on a trouvé mauvais a que le sieur Nicolet , chef de marion-

< nettes, qui aurait dû afficher, conforc mément aux ordres de M. le lieutenant « de police^ se soit assimilé aux grands c spectacles, aux spectacles pensionnés

< par S. M. Le cas est d'autant plus « grave, que cet histrion a déjà été répri- « mandé pour pareille audace; on ne « doute pas que les puissances comiques A lésées ne demandent cette fois qu'il soit « renvoyé à Bicêtre pour récidive de son « innocence *. » Insolence! histrion!,..

Bicêtre!.., Quels mots à propos d'une affiche de spectacle où le cérémonial n'a« vait pas été rempli selon les us et coutumes voulus par messieurs les comédiens

du roi...

La salle de la Gaîté, bâtie sur le bouie-

* Mémoires de BachaumonU, année 1769.

22 Petits Théâtres de Paris,

vard du Temple, date de 1760. Nicolet en est le fondateur. Né avec la passion du théâtre *, il prit à loyer, vers Tan 1769, une salle que Fauré avait fait construire sur le terrain où a existé Tancien Ambigu- Comique, dans rintention d'y élever un spectacle semblable à celui que Servandoni avait établi au Louvre.

Nicolet occupa le local de Fauré jusqu'en 1764; alors il loua la partie du terrain que le théâtre de la Gaîté occupe aujourd'hui, et y fit bâtir une salle. Il éprouva de grandes difficultés, la première fut celle de ne pouvoir élever cette salle plus haut que les remparts de la ville, qui existaient encore à cette époque. Ensuite rinégalité des terrains, de vastes fos* ses à combler, tout semblait devoir le faire renoncer à son entreprise ; mais il triompha des obstacles, et après les avoir surmontés, il fit l'acquisition, en 1767, de la partie du terrain sur laquelle il avait bâti.

* Nicolet a joué aussi la comédie» et faisait les annonces lui-même.

Théâtre de la Gaité. 23

C& théâtre portait alors le nom de Nicolet; mais en 1772, il sollicita et obtint celui de Grands Danseurs du roi^ qu'il conserva jusqu'au 22 septembre 1792, époque où il prit celui de Théâtre de la Gaîté.

En Tan m de la République, 1795, Nicolet loua son théâtre à Tacteur Ribié, qui, dans le cours de sa direction , en changea le titre en celui de Théâtre d'Émulation. Ribié, ayant quitté l'entreprise à la fin de Tan vi (1798), madame veuve Nicolet lui rendit sa dénomination de Théâtre de la Gaité. Elle passa bail à madame veuve Jacquet, cette dernière le céda à un sieur Martin et compagnie, qui plus tard reprit Ribié pour associé.

Nicolet, qui avait commencé par des danses de cordes et par des animaux savants, obtint au boulevard la permission de jouer des petites pièces grivoises et des pantomimes-arlequinades.

Un nommé Taconnet, acteur et auteur, y donna beaucoup d'ouvrages amusants.

Parmi ceux qui eurent un grand succès,

24 Petits Théâtres de Paris.

on citait : les Aveux indiscrets, les Bonnes Femmes mal nommées, les Rémois, le Savetier Gentilhomme, les Ahuris de Chaillot, Riquet à la houpe, la Mort du Bœuf 'Gras et le Baiser donné et rendu.

Cette dernière pièce aurait mérité d'être produite sur une scène plus digne... Taconnet. par ses comédies et son )eu, avait obtenu le surnom de Molière du boulevard, à ce que dit Dulaure dans son Histoire de Parisi Nicolet soutint son entreprise avec intelligence et probité, bien qu'il fût souvent persécuté par les prétentions des comédiens royaux, qui lui suscitèrent parfois de grandes entraves ; mais lorsqu'en 1791, un décret de l'Assemblée nationale proclama la liberté des théâtres, Nicolet joua des pièces plus dignes, et notamment celles de l'ancien répertoire français.

Une chose remarquable, c'est que les ouvrages de Molière sont ceux qui produisaient le plus d'effet au boulevard, George Dandin et le Médecin malgré lui Y attiraient la foule; chaque fois que l'af-

Théâtre de la Gaité. iS

fiche annonçait une pièce de Molière, qui n'avait pas encore été représentée chez Nicolet, le public, c'est-à-dire le peuple, ne manquait jamais de demander Fauteur à grands cris, ce qui prouve que Molière est populaire,.. J'ai vu dans ma jeunesse jouer Tartufe aux Délassements ; Teffet que pr(5duisait la pièce serait difficile à décrire. Le peuple s'identifiait tellement avec le sujet, que-i'on entendait souvent de ces exclamations: Âhl le scélérat!...

Ah! le coquin!... Ârrêtez-le donc!...

Voici l'état de la troupe de Nicolet en 1790: — Constantin, Destival, Guyaumont, Branchu, Blondin, Isidor, Monval, Boulanger, Lefort. Les dames: Boursier, Baptiste, Cousin, Dubois, Saint- Quentin, Dutacque mère, Dutacque fille ; première danseuse : Heugeens ; premier paillasse: Becquet ; un sieur Desvoye y dansait l'anglaise dans les entr'actes.

J'ai dit que Nicolet avait cédé son entreprise à Ribié en 1 795 ; Ribié qui avait été figurant, comparse, dans sa jeunesse, était parvenu, par son intelligence et sa I. 2

26 Petits Théâtres de Parts,

volonté, à être un acteur original, et un directeur de spectacle fort habile. Ribié exploitait souvent une demi-douzaine de théâtres à la fois. Je l'ai vu directeur de la Gattéy de Molière, de Louvois, de la Cité et de plusieurs jardins publics. Son activité dévorante suffisait à tout. C'est lui qui inventa les affiches monstres... et les spectacles incommensurables. Il annonçait le dimanche : le Moine, mélodrame en cinq actes avec une pluie de feu ; le Mariage du Capucin, en trois actes; Kokoli, en deux actes, dans lequel M. Ribié battra de la caisse; le Drôle de corps et le Galant savetier, vaudeville ; le Ballet des marchandes de modes, et des tours de physique. Tantôt on le voyait en phaéton, tantôt marchant à pied avec un parapluie, aujourd'hui menant le train d'un ambassadeur, demain occupant une mansarde, mais toujours gai, toujours insouciant, toujours heureux de sa position, formant mille projets à la fois, sa vie a été un long problème ; en somme, il est mort comme il a souvent

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vécu, pauvre, mais toujours directeur de spectacle *.

Que si les auteurs actuels se trouvaient reportés comme par enchantement dans les coulisses et les cafés du boulevard du Temple de ce temps-là, ils ouvriraient de grands yeux et resteraient béants ! Le café de la Gaîté ressemblait plutôt à un estaminet de la rue Guérin-Boisseau, qu'au café d'un théâtre. Une salle immense, un billard dans une chambre au fond, des tables vermoulues, des tabourets cassés, quatre mauvais quinquets qui fumaient au lieu de brûler : voilà ce qu'étaient certains cafés du boulevard du Temple. De 1792 à i8o5, il a paru beaucoup de petits pamphlets anonymes qui occupaient les oisifs et les habitués des coulisses.

Hâtons-nous de le dire à la gloire de notre époque, s'il surgissait aujourd'hui de ces méchants écrits, Tindifférence et le dégoût en feraient aussitôt justice. Ce qu'il y a de plus triste en cela, c'est que

• Voir l'article Boulevard du Temple.

des personnes innocentes passaient souvent pour être les auteurs de ces malheureux ouvrages. A Theure qu'il est, la petite littérature est touchante, acerbe, passionnée si vous le voulez, mais du moins elle a cela de consolant, que si Ton se permet une critique dure, acrimonieuse, injuste même quelquefois, on a le courage de mettre son nom au bas. C'est du progrès...

La calomnie a poursuivi les plus grandes illustrations, Rousseau le pindarique, ce pauvre Jean- Baptiste en est mort dans rexil;

Cet auteur dont la vie

Fut trop longue, hélas ! de moitié^ Qui fut trente ans digne d'envie!...

Et trente ans digne de pitié!.;.

Elle a hâté la fin de Marie-Joseph Chénier, le poète du xix® siècle!... Malheureux poète Chénier!... lui qui traçait ces vers si fraternels!...

[cendre.

Auprès d'André Chènier, avant que de des- J'élèverai la tombe où manquera sa cendre.

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Mais où vivront du moins et son doux souvenir Et sa gloire, et ses vers dictés pour l'avenir. Là, quand de thermidor la septième journée, Sous les feux du lion ramènera Tannée, mon frère!... je veux, relisant tes écrits, Chanter l'hymne funèbre à tes mânes pros-

[crits.

Là, tu verras souvent, près de ton mausolée.

Tes frères gémissants, ta mère désolée. Quelques amis des arts, un peu d'ombre et

|de fleurs, Etton jeune laurier grandira sous nos pleurs.

Voilà vingt-six ans que Chénier est mort... loin de vouloir réveiller d'amers souvenirs, nous oublions l'homme politique, et nous plaignons le frère calomnié.

La calomnie ne se trouve pas seulement dans l'histoire du théâtre et de la littérature ; c'est une plante vénéneuse qui pousse partout; vous la trouvez à l'armée, au palais, sur les marches du trône :

Le vainqueur de Marsailles,

Au lever de Louis la trouva dans Versailles.

C'est elle qui poursuivait le brave maréchal de Luxembourg, quand il disait à Louis XIV : Sire, je vais combattre les

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ennemis de Votre Majesté^ et je vous laisse au milieu des miens...

L'infortunée Marie-Antoinette a été tuée deux fois, d'abord par la calomnie, ensuite par la main du bourreau, La postérité la plus reculée redira ces mots sublimes de la reine de France : J'en appelle à toutes les mères!..,

La calomnie, avons-nous dit, n'épargne personne, pas plus les petits que les grands.

Lorsqu'un pamphlet anonyme surgit, la fille tremble pour sa mère, le frère pour sa sœur, le mari pour sa femme, Tami pour son ami.

Je ne ferai pas entendre ici des paroles de colère ; elles ne seraient pas dans l'esprit de mon livre; mais je dirai aux jeunes gens qui me liront, peut-être : Prenez garde à ce que vous écrivez, ne vous laissez pas entraîner trop facilement au besoin de médire... J'ai entendu, dans ma jeunesse, raconter une anecdote qui est restée dans ma mémoire, parce qu'elle a produit sur moi une vive impression ; elle

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est touchante et peut servir d'enseignement pour tout le monde.

Il y a de cela quelque trente ans; un homme de lettres honorable et distingué se trouve insulté dans un petit livre anonyme ; à force de soins, de démarches, il découvre enfin le nom et la demeure de celui qui l'avait outragé; il va pour lui demander satisfaction. Il arrive dans une vieille maison située dans l'un des plus vilains faubourgs de Paris, monte au cinquième, étage... là, quel spectacle s'offre à ses yeux!... une chambre misérable...

sans meubles, ouverte à tous les vents...

un tout jeune homme pâle... souffrant.. « abattu par le mal... et couché sur un grabat... sans secours... Thomme de lettres reste immobile devant ce triste tablçaul...

il veut parler... la parole expire sur ses lèvres... il s'excuse... balbutie... dit qu'il s'est trompé... et sort en laissant sur la cheminée une pièce d'or, la seule qu'il eût dans sa poche...: à peine dehors, l'homme outragé ne put retenir ses larmes, et répétait tout seul: Pauvre jeune

homme... si jeune... il avait pourtant bien assez de sa misère !...

Plus tard, Toffensé fut assez heureux pour faire obtenir un emploi au jeune étourdi qui l'avait afflige... sans que celui-ci ait jamais su à qui il en était redevable.

Par bonheur pour nous, la liberté d'écrire est venue au secours de la morale, et depuis de longues années, on n'a vu que de loin en loin surgir de ces malheureux ouvrages qui font le chagrin de ceux qui les écrivent, et qui disparaissent sans qu'on ait à peine soupçonné leur existence.

C'est à la liberté de la presse que nous devons cette grande réforme ; honorons, défendons, conservons la liberté de la presse, c'est peut-être elle qui nous sauvera de bien des excès, après en avoir commis beaucoup elle-même!

Un homme qui a beaucoup travaillé pour le boulevard et dont le nom s'y rattache, Martainville, a relevé en 1806 la fortune de Ribié, en composant pour lui le fameux Pied de Mouton*

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On a dit et écrit beaucoup de mal de cet homme, dont la vie a été agitée, et la fin malheureuse. Martainville , né avec une imagination ardente, aurait pu devenir un homme remarquable ; mais son insouciance, son laisser-aller, son peu de tenue ont fait avorter toutes ces bonnes dispositions ; deux qualités que personne ne saurait lui contester, distinguaient Martainville: l'esprit et le courage... Voici ce que je trouve dans le Afoitifet/r du igven* tôse an ii de la République, lo mars 1794, (vieux style...).

t Tribunal révolutionnaire. Martain- « ville, âgé de quinze ans, demeurant au t collège de T Egalité, rue Saint- Jacques, c convaincu d'avoir coopéré à la rédact tion d'un écrit en huit pages d'impresd sion, intitulé: Tableau du maximum a des denrées et marchandises^ divisé en « cinq sections... a été acquitté à cause de « son jeune âge. »

Il est impossible de montrer plus de

courage et de sang-froid qu'il ne Ta fait

devant le tribunal révolutionnaire. Le I. 2.

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président l'ayant appelé ie Martainville, il se leva et dit en riant : « Citoyen président, je ne me nomme pas de Martainville, mais bien Martainville... N'oublie pas que tu es ici pour me raccourcir et non pour me rallonger.,, » Ce mot fit rire ses juges qui n'étaient pas coutumiers du fait. Je lui ai entendu raconter que le matin où il devait monter au tribunal révolutionnaire, on faisait la toilette à des malheureux qui avaient été condamnés la veille à mort. Parmi les victimes, il y avait un prêtre qui exhortait ses compagnons d'infortune. Ce prêtre dit à Martainville et à ses amis que Ton allait juger: « Jeunes gens, à genoux !... peut- « être n*avez-vous plus que quelques « heures à vivre!.. »

Martainville et ses amis se prosternè*rent aux pieds du prêtre, qui leur fit une allocution touchante, et leur donna sa bénédiction. Un moment après, les uns montaient au tribunal, les autres dans la charrette... Ce prêtre, qui avait été condamné la veille, se nommait Anne-Michel-

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Guillaume Saint-Souplet, il était attaché à une paroisse de Paris *.

Martainville disait souvent : « Vous ne sauriez croire le bien que nous fit ce prêtre, il nous avait tellement électrisés que nous serions volontiers montés tous dans la charrette avec lui. » Une autre anecdote, qui ne fait pas moins d'honneur à son courage, m'a été souvent racontée.

Quelques jours avant la chute de Robespierre, Martainville assistait à une séance de la Convention, très orageuse; soit qu'il pensât que Theure de Robespierre allait sonner, soit qu'un sentiment d'indignation se fût réveillé en lui, il sort de la Convention avec deux de ses amis, se rend au faubourg Antoine, comme on disait alors, par où tous les jours passaient les malheureux que l'on conduisait à la mort :

là, il interpelle l'officier qui dirigeait l'escorte, lui dit que Robespierre vient d'être mis hors la loi, que le règne du sang est fini, engage l'officier à surseoir à

* Moniteur du 19 ventôse an 11.

36 Petits Théâtres de Paris,

Texécution... En ce moment sa voix trouve des échos, quelques jeunes gens s'unissent à lui ; déjà Toffîcier, hésitant, allait faire retourner les charrettes, lorsqu'un aide-de-camp accourut démentir la nouvelle; alors, le cortège se remit en marche pour la barrière du Trône, que Ton avait appelée la barrière Renversée.

Martainville voyant qu'il y avait péril pc ur ses jours, sans espoir de salut pour les malheureux qu'il voulait sauver, se perdit dans la foule... Désigné à la police, il fut obligé de se cacher jusqu'à la chute de Robespierre, qui ne se fît pas attendre.

Certes de pareils traits prouvent que Martainville avait du courage dans le cœur et de l'élévation dans les idées. Du reste, l'exaltation de ses opinions politiques lui valut souvent des attaques injustes et passionnées.

Voici une anecdote plus gaie. Martainville rédigeait en 1 794 un journal très royaliste. Un soir qu'il était au café des Aveugles, où l'on chantait la Marseillaise et des couplets patriotiques, il est recon-

Théâtre de la Gaité.

nu... On l'entoure, on Tinjurie, on le force à faire comme les autres, à monter sur une table pour chanter un vaudeville républicain. Martainville dit qu'il n'en sait pas... On lui répond qu'il improvisera...

Alors il monte sur un tabouret, et chante à haute voix le couplet suivant :

Embrassons-nous, chers jacobins.

Longtemps je vous crus des mutins

Et de faux patriotes ; Oublions tout, et désormais Donnons-nous le baiser de paix,

J*ôterai mes culottes.

A ces mots, des cris, des vociférations se font entendre... A l'eau! à l'eau! au bassin... Il paie d'audace, descend du tabouret, traverse la foule en riant, et chacun le regarde sans rien dire.

Martainville a beaucoup travaillé pour le théâtre, et notamment pour les boulevards. Ses pièces, pour la plupart, ne brillent pas par la conception ni l'entente de la scène, mais elles sont toutes pleines d'esprit, de malice et de gaîté...

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Comme je viens de le dire, le Pied de Mouton releva la fortune de Ribié, le niais Dumesnil y était admirable de bêtise, et tout Paris a répété pendant vingt ans :

Demandes^ plutôt à La^arille? ce mot a été le qu'en dis-tu ? de Martainville.

Après un procès assez long, madame veuve Nicolet rentra dans tous ses droits, et le privilège donné par le gouvernement au théâtre de la Gaîté a été définitivement accordé au propriétaire. En conséquence de cette décision, Ribié, dont le bail expirait, a été forcé de rendre le local le 20 mars 1808... Alors madame Nicolet confia à son gendre, M. Bourguignon, l'exploitation du théâtre de la Gaîté... Voyant que l'établissement redevenait prospère, M. Bourguignon voulut reconstruire une salle neuve à la place de l'ancienne, qui était triste et incommode...

En 1808, on démolit le théâtre qui avait été bâti en 1760.

Pendant le temps de cette construction qui dura près d'une année, la troupe de la Gaîté obtint la permission de jouer

Théâtre de la Gaité. Sg

sur le théâtre des Jeunes Artistes qui venait d'être supprimé.

Les travaux de la nouvelle salle furent confiés à M. Peyre, habile architecte, homme de talent et de goût. Une salle élégante et bien coupée, avec trois rangs de loges, et des peintures agréables, remplaça le vieux bâtiment noir et enfumé, qui avait été le berceau de la Gaîté. L'inauguration en eut lieu le 3 novembre 1808, par une pièce à spectacle, de M. Âpdé, appelé le Siège de la Gaîté,,, Cette pièce offrait une pompe extraordinaire... Le mélodrame continua d'attirer la foule; M . Bourguignon, qui s'était ad joint,comme directeur de la scène, un homme de lettres distingué, M. Dubois, vit son entreprise grandir tous les jours. M. Bourguignon a été un des directeurs les plus honorables des spectacles de Paris ; il apportait dans ses relations avec les gens de lettres cette probité consciencieuse, cet honneur sévère qu'il avait montré comme négociant. Que de fois il a aidé de sa bourse des artistes malheureux ! je pour-

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rais citer de vieux comédiens qu'il a conservés à son théâtre, en leur payant des appointements qu'ils ne gagnaient plus depuis longtemps; mais il disait avec bonté: t Que voulez-vous!... ce sont de « vieux ouvriers qui ont bâti Tédifice, « encore faut-il qu'ils aient jusqu'à leur « mort une petite chambre dedans. »

Les drames de cette époque, qui ont obtenu de grands succès, sont: VAnge tutélaire ou le Démon femelle; Peau d'Ane^ la Tête de bronze, la Citerne, l'Homme de la forêt noire, le Précipice, Marguerite d'Anjou, les Ruines de Babylone. Les vaudevilles: Tapin, Taconnet à la courtille^ Monsieur et Madame De~ nis, la Famille des Jobards, la Fête de Perrault^ ou l'Horoscope des Cendrillons; le Marquis de Carabas, Saphirine ou le Réveil magique; le Sabre de bois. Plus tard : Fanfan la Tulipe, le Grenadier de Louis XV, les Maîtresses-filles, la Fille Grenadier, la Partie fine, l'Héritage de Jeannette, les Valets en goguette, etc.

Un fait assez curieux, et qui mérite d'ê-

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tre consigné, arriva à propos de V Enfant du Régiment *. Ce petit vaudeville avait obtenu beaucoup de succès, et une partie des spectateurs avait cru y trouver une idée politique ; enfin Ohétait, au dire de certaines personnes, le Roi de /^om^, que les auteurs avaient voulu personnifier. La pièce avait été représentée quarante-cinq fois de suite, au bruit seul des applaudis-* sements, lorsque défense arriva au théâtre d'en continuer les représentations.

Mais ce jour-là, le duc d'Orléans, qui avait fait demander Touvrage, devait y assister avec sa famille. L'autorité décida que, puisque le prince désirait le voir, on pouvait encore le jouer pour cette seule fois.

Peut-être que la pièce n'aurait jamais été défendue ; mais un dessin qui parut, représentant la principale scène, offrait sur les genoux d'un vieux pasteur l'Enfant du Régimenty dont la tête ressemblait à un portait du roi de Rome, peint par Isa-

* De MM. Dubois et Brazier, joué le 17 janvier 1818.

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bey. Ce fut cela qui éveilla la susceptibilité de la censure ; il avait même été question d'incriminer les auteurs, qui certes n'avaient pas eu Tintention de renverser le gouvernement des Bourbons, dont ils étaient les amis... La pièce disparut de l'affiche, et la gravure fut saisie... On a fait, comme on fait souvent, beaucoup de bruit pour bien peu de chose 1...

M. Bourguignon étant mort, le 19 décembre 181 6, sa veuve continua à diriger son entreprise, d'abord avec M. Dubois, ensuite avec Frédéric Dupetit Méré, jusqu'à l'époque où elle mourut elle-même, le II mai i825.

Alors M. Guilbert-Pixérécourt obtint le privilège, MM. Dubois et Marty furent nommés administrateurs, et Martainville directeur imposé par Vautorité, C'était tout bonnement une pension que le ministère octroyait à Martainville, mais à condition que les administrateurs de la Gaîté seraient chargés de la payer.

QuMl est doux de faire le bien, Surtout quand il n'en coûte rien.

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Cependant de nouveaux privilèges ayant été accordés, on ouvrit de nouveaux spectacles qui firent tort à ceux des boulevards. Les jours mauvais arrivèrent, le public blasé, ne sachant plus ce qu'il voulait, devint exigeant, difficile, le vieux mélodrame qui avait tant amusé nos pères ne l'impressionnait plus, la nouvelle école débordait partout, l'horrible avait remplacé cet intérêt doux et tranquille du bon vieux temps ; les phrases redondantes n'e'lectrisaient plus les amphithéâtres des quatrièmes... le mélodrame du Directoire et de l'Empire s'en allait, comme l'Empire et le Directoire s'en étaient allés.

Le gamin qui naguère frémissait en voyant Defresne dans la Femme à deux maris^ ne croyait plus aux vieux brigands de Cuvelier et de Loasel-Théogate; en vain Marty, ce bon Marty, essayait encore de parler vertu sur le boulevard du crime, on lui riait presque au nez.

Les événements de i83o, loin de ramener le peuple aux vieilles idées, ne firent qu'exalter son imagination... le drame

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moderne lui plut un moment, il abandonna la Tour du Monde pour la Tour de Nesle^ Frénoi pour Bocage...^ Ferdinand pour Frederick Lemaître..., Made* moiselle Bourgeois pour mademoiselle Georges, Adèle Dupuis pour madame Dorval... Le gamin se fît progrès... Deux niais classiques..., Dumesnil et Raffile, qui avaient été ses dieux, ses idoles... , le croira-t-on?... le gamin passait devant eux avec indifférence, il leur tirait la langue, un sourire amer semblait leur dire: vous êtes vieux!... O niais des anciens jours l... Beaulieu, Mayeur, Basnage *, Béville, Pcrroud, Mercier..., vous avez bien fait de mourir les premiers, vous êtes tombés comme le chêne de toute votre hauteur..., vous ne vous êtes pas

* Basnage s'est brûlé la cervelle à Versailles^Ie 3 mars 182 1. On prétend qu'un reproche indiscret qui touchait à la politique fut cause de sa mort. L'évêque de Versailles autorisa ses camarades à lui faire dire un service dans la chapelle deThospice où son corps avait été déposé.

Théâtre de la Gaité,

survécu... vousl... Allez réjouir les morts, puisque les vivants ne veulent plus rire...

L'année i835 fut marquée par un événement déplorable... Bernard-Léon allait succéder à MM. Pixérécourt, Dubois et Marty; ces messieurs, voulant laisser à leur successeur un théâtre en pleine prospérité, avaient redoublé de zèle, de soins et de travail; déjà Monsieur de Latude ou Trente-Cinq ans de Captivité avait obtenu un succès étourdissant, quatre-vingts représentations n'avaient pas lassé la curiosité des amateurs du genre, lorsqu'un horrible incendie compromit la fortune des anciens directeurs, et vint pour un moment renverser les espérances de Bernard- Léon, qui avait acheté la salle et les bâtiments pour la somme de 5oo,ooo francs.

Une féerie, intitulée Bijou ou VEnfant de Paris^ avait été montée à grands frais... Cette pièce devait être représentée le lundi 23 février. Le samedi 21, à Tune des dernières répétitions générales... on venait d'essayer une petite machine; il

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fallait que le tonnerre et les éclairs accompagnassent la scène, il paraît que rhomme chargé de tenir le flambeau qui devait servir à figurer les éclairs, l'ayant tenu trop près d'une étoile de frise, un morceau d'étoupe se détacha du flambeau, mit le feu à cette frise, qui bientôt le communiqua à toutes les autres *.

Il faut avoir été témoin d'un pareil sinistre pour s'en faire une idée. Voir en moins d'un quart d'heure un théâtre en feu... des dépenses considérables dévorées par la flamme, cent personnes ne sachant pas comment elles vivront le lendemain !.. .

Ce coup fut terrible pour les anciens administrateurs, et surtout pour Bernard- Léon. C'était vraiment pitié de voir cet honnête homme et ce bon comédien, qui nous avait tant fait rire au Gymnase et au Vaudeville, pleurant à son tour sur les ruines de la Gaîté!... Mais chacun lui

• On a dit qu'une ouvrière^ deux pompiers et un garçon de théâtre avaient péri dans les flammes.

Théâtre de la Gaîté. 47

vint en aide ; Bernard-Léon reçut des marques d'estime et d'amitié de toutes les administrations théâtrales, MM. Poirson, Dormeuil, Arago , Harel , de Cès-Caupenne et d'autres, donnèrent des représentations au bénéfice des malheureux artistes... Bernard-Léon, revenu du coup qui l'avait frappé, se releva plus fort qu'auparavant, et comme la gaîté ne meurt jamais en France, Bernard-Léon s'écria:

la Gaîté est morte, vive la Gaîté!

Voilà que sur les débris fumants de la vieille salle des Grands Danseurs du roi, une salle s'est élevée comme par magie, on aurait dit que les pierres venaient se placer d'elles-mêmes comme au temps d'Orphée... Neuf mois après sa ruine, le 19 novembre i835, la salle fut ouverte à la foule des curieux qui assiégeaient les portes ; l'affiche était assez bizarre, trois pièces la composaient: Vive la Gaîté!,,, prologue; la Tache de sang!»., drame, et le Tissu d* horreurs,,, folie... il y en avait pour tous les goûts. La soirée fut brillante ; à l'ancienne troupe, déjà remar-

4» Petits Théâtres de Paris.

quable par quelques talents et beaucoup d'ensemble, était venu se joindre L'Hérie, déserteur des Variétés, acteur original; puis Lebel, loustic très amusant.

Une femme charmante, mademoiselle Nougaret, a surtout mérité d'être remarquée, d'abord pour sa jolie figure, ensuite pour son talent, c'est incontestablement une des plus agréables comédiennes qui soient montées sur une scène secondaire.

Mais, lorsque dans la petite pièce, le Tissu d'Horreurs y Bernard-Léon s'est montré, la salle a tremblé sous les applaudissements ; il semblait que le public voulût lui témoigner toute la part qu'il avait prise à son malheur. Aussi, le rieur par excellence, le boute-entrain quand même, le cuisinier Vatel, le commis Bellemain^ le perruquier Poudret, le fournisseur Deladurandière *, ne put, ou ne

* Personnages de Vatel, de l'Intérieur d'un bureau, du Coiffeur et du Perruquier, de

Théâtre de la Gattê. 49

purent cacher une émotion visible... Les larmes vinrent d'abord, ensuite... le rire.

A l'heure où je clos ma chronique, le théâtre de la Gaîté vient d'enregistrer un brillant succès, avec un drame de M. Gabriel, composé sur la fameuse complainte :

Jamais je n* pourrons oublier L'histoire de la belle écaillière, Qui donna sa confiance entière A ce follichon de pompier...

Mademoiselle Nougaret y est si jolie et si fraîche qu'elle vous donne envie de manger des huîtres... Ah! si la rue Montorgueil possédait deux écaillères semblables... quelle fortune!... Cancale et Marenne, ne suffiraient pas à la consommation...

Partie et Revanche, pièces que Bernard-Léon a créées au théâtre du Gymnase.

Petits Théâtres de Pans,

On lit aujourd'hui sur la façade de la salle rebâtie à neuf...

Théâtre de la Gaîté.

FONOà EN 1760,

ParJ.-B.NICOLET.

Ruotutruii en 1808,

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