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L'AMBIGU-COMIQUE

NicoLAS-Médard Audinot, acteur et auteur de la Comédie-Italienne, a été le fondateur du théâtre de FAmbigu-Comique. Son entreprise est née du ressentiment et de l'indignation dont un homme est toujours animé, quand il éprouve une grande injustice. Ayant essuyé un passedroit à la Comédie-Italienne, il loua une baraque à la foire Saint-Germain, dans laquelle il établit des marionnettes, à qui

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il faisait jouer des comédies et des opéras.

Chaque figure imitait un acteur ou une actrice des Italiens. Polichinel était censé gentilhomme de la chambre en exercice^ distribuant des faveurs et des grâces avec un grotesque à faire pouffer de rire. Cette caricature fit courir tout Paris.

Quand ses marionnettes commencèrent à s'épuiser, homme actif et intelligent, Audinot s'imagina de bâtir une salle de spectacle ailleurs, afin d'abandonner la foire Saint-Germain. Il loua un terrain sur le boulevard du Temple, et fît élever le théâtre de YAmbigu^Comique^ dont l'inauguration eut lieu le 9 juillet 1769; mais la gêne que la police lui imposait relativement à ses critiques des autres spectacles ôtait beaucoup de l'intérêt au sien... Il fît succéder bientôt des enfants à ses marionnettes. Deux auteurs, comme lui disgraciés de la Comédie-Italienne, Moline et Plainchesne, devinrent ses fournisseurs habituels. La liberté, qu'ils croyaient propre à ce genre de spectacle, leur donnait lieu d'y glisser souvent des

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choses plus que grivoises. D'abord les oisifs et la basoche s'y sont portés, ensuite les femmes de la cour n'ont pas dédaigné de s'y montrer : en peu de temps ce petit spectacle devint le rendez-vous de la cour et de la ville, il était plus fréquenté que son voisin Nicolet, même quand celui-ci montrait son fameux singe.

En 1 77 1 , des officiers aux gardes françaises et d'autres régiments donnèrent une représentation publique sur le théâtre d'Audinot. M. le duc de Choiseul, encore ministre de la guerre, ayant trouvé cette représentation fort indécente et indigne de l'état militaire, ordonna que tous les officiers qui y avaient pris part fussent mis au Fort-l'Évêque ; mais cette punition n'eut pas lieu, par égard pour M. le duc de Chartres, qui avait assisté au spectacle et avait beaucoup applaudi...

On lit dans les Mémoires de Bachaumont de la même année 1 77 1 : < Les amat teurs du théâtre sont enchantés de voir « la foule se porter à l' Ambigu-Comique, « pour y applaudir la troupe d'enfans qui

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« y font fureur; Us espèrent que cette « trpupe deviendra une espèce de sémi- « naire, où se formeront des sujets d'au- « tant meilleurs ) qu'ils annoncent déjà « des dispositions décidées, et donnent les « plus grandes espérances. Mais les par- « tisans des mœurs gémissent sincère- « ment sur cette invention, qui va les « corrompre jusque dans leur source, et « qui, par la licence introduite sur cette « scène , en forme autant une école « de libertinage que de talents dramati- « ques *..• »

Le Triomphe de l'amour et de Vami^ tiéy qui n'était autre chose que l'opéra d'Alcestey réduit et proportionné à ce théâtre, y attirait beaucoup de monde.

M. l'archevêque de Paris se plaignit au lieutenant-général de police, de ce que, dans cet ouvrage, il y avUit un grand-prêtre et un chœur de prêtres, dont les robes

* Nous pensons que dans ces temps il y avait beaucoup d'exagération et de jalousie.

Théâtre de V Ambigu-Comique. bj

ressemblaient à des aubes. Audinpt représenta à M. de Sartines qu'à TOpéra cela se pratiquait tous les jours ; que dans Athalie^ à la Comédie- Française, toute la pompe des anciennes cérémonies judaïques y était développée. M. de Sartines n'ayant pris aucune mesure à ce sujet, Audinot continua de jouer sa pièce, et le public d'y courir.

Avant la révolution, toutes les pièces des théâtres du boulevard étaient soumises à la censure des comédiens français, et des comédiens italiens, qui pouvaient en permettre ou en empêcher la représentation. En 1776, Préville remplissait les fonctions de censeur pour la Comédie- Française, et Hesse pour le théâtre Italien.

Une chose que Ton aura peine à croire, c'est que les spectacles forains , toujours persécutés par les grands théâtres, jouissaient de beaucoup de liberté, et poussaient même la licence aussi loin que possible, mais pourvu qu'ils n'empiétassent jamais sur les privilèges des théâtres I. 3.

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royaux ;^çe que Ton voulait avant tout, c'était que leurs ouvrages ne ressemblassent en rien à une œuvre dramatique, qu'ils n'eussent ni plan, ni conduite, ni style; quant à la morale, on s'en riait...

Périssent les mœurs plutôt qu'un principe dramatique! On a affiché sur le boulevard du Temple une pièce intitulée Magdelon Friquetf ou Amant dessous ^ Amant des^ sus^ Amant dedans. C'était tout simplement trois amants qui se cachaient, l'un dessous une armoire, l'autre dessus, te le troisième dedans... Le titre était beaucoup plus obscène que la pièce... Pourquoi le tolérait-on?... Parce que, comme je viens de le dire, l'ouvrage n'avait pas forme de comédie, et que la dignité de MM. les comédiens du roi n'était pas compromise.

Audinot était comédien passable et auteur médiocre, il n'a laissé qu'un petit opéra, le Tonnelier^ sur la réputation duquel il a vécu soixante ans, encore cette pièce \ n'avait-elle pas réussi dans l'origine, car Quêtant, auteur du Maréchal^ et

Tkéatre de VAmbigu-Comique, 5g

de beaucoup d'ouvrages joués aux foires Saint-<jermain et Saint-Laurent, la retoucha et la fit rejouer à la Comédie- Italienne en 1765. Elle resta longtemps au réper« toîre. La Dame blanche porta malheur au Tonnelier; à la deuxième représentation de cet opéra, le Tonnelier fut sifBé si horriblement, qu'il n'a oncques depuis reparu sur l'affiche.

Audinot tenait au théâtre les rôles dits à tablier^ emploi que Chenard a illustré depuis à TOpéra-Comique. Il paraît qu' Audinot avait des manières très robustes en scène, car on a dit de lui: « Audinot a « rendu au naturel la grossièreté des « mœurs du peuple. »

Son théâtre fut, comme tous les petits spectacles, en butte à la haine et à la jalousie des grands... Mais une circonstance heureuse pour lui consolida son succès.

« En 1772 *, madame Du Barry qui cher- « chait tous les moyens de distraire le roi.

* Mémoires de Bachaumont, année 1772*

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« quç r ennui gagnait aisément, avait imaginé de faire venir Audinot jouer à « Choisy, avec ses petits enfants. C'est la « première fois que ce directeur forain « passait devant S. M. On a donné d'a- « bord : // n'y a plus d' Enfants ^ petite co- « médie en prose d'un sieur Nougaret *, « où il y a de la naïveté, mais des scènes « d'une morale peu épurée, puis la Guifi'^

< guette ambigu-comique de M. Plain-

< chesne, image riante et spirituelle de fc ce qui se passe dans les tavernes, un « joli Téniers. On a fini par le Chat « Botté^ ballet pantomime du sieur Arec nould ; on n'a pas même oublié la Fri~ « cassée^ contredanse très polissonne. Ma- « dame Du Barry s'amusait infiniment, et a riait à gorge déployée, le roi souriait « quelquefois. En général, ce divertisse- « ment n*a pas paru V affecter beaucoup. »

Peu à peu, Audinot devint plus scrupuleux sur le choix des ouvrages qu'il fai-

* Cest sans doute celui qui fut censeur dramatique sous le consulat et sous l'empire.

Théâtre de l'A mbigu-Comique, 6 1

sait représenter par ses petits comédiens.

L'abbé Delille a peint l'empressement du public pour ce spectacle dans ce joli vers:

«Chez Audinot^ l'enfance attire la vieillesse.»

Parmi les enfants qui brillaient dans cette troupe, on distinguait la fille d'Audinot, Eulalie , qui, dés l'âge de huit ans, se faisait remarquer par sa belle voix et son intelligence précoce. A l'exemple de M. J. Monnet, qui -avait mis son nom dans l'épigraphe latine, placée en tète de son Anthologie française : Mulcet, Movet^ Monnet^ Audinot avait fait aussi entrer le sien, dans la devise inscrite sur la toile de son théâtre : Sicut infantes audi-nos^ qu'un mauvais plaisant avait traduit ainsi :

Ci'gît les enfants d' Audinot.

La foule se portait à ce théâtre, celui de rOpéraétantdésert; les administrateurs parvinrent à obtenir, vers la fin de Tannée 1761, un arrêt du Conseil, qui rangeait l'Ambigu-Comique dans les théâtres de la dernière classe. On ne lui laissa que

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quatre musiciens, les chants et les danses lui furent défendus, ce qui occasionna une grande rumeur au boulevard. Peu de jours après, Tautorité décida que ce spec* tacle recouvrerait la musique, la parole et la danse, mais qu'il payerait une contribution de 12,000 livres au Grand-Opéra.

C'était de l'argent et voilà tout ; dès qu'on eut jeté le gâteau dans la gueule de Cerbère, il cessa d'aboyer et de mordre. A mesure que nous approchions de la révo-* lution, les théâtres empiétaient sur leurs privilèges; à des enfants de dix ans succédèrent des jeunes gens de quinze à dixhuit. Damas, Varenne, et d'autres comédiens du Théâtre-Français, y ont joué dans leur jeunesse. Un acteur de quatre pieds trois pouces, nommé le petit Moreau, y jouait les arlequins ; dans une pièce intitulée : Rohinson dans son Ilé^ le petit Moreau représentait Vendredi *. Les ouvrages enfantins firent place à des pièces plus corsées^ et petit à petit le théâtre de

* Voir le chapitre Boulevard du Temple.

Théâtre de VA mbigu-Comique, 63

TAmbigu- Comique devint un théâtre comme un autre. Un genre qu'il avait adopté, et qui y fit fureur, était celui de la grande pantomime historique ou romanesque. Le Masque de fer ^ le Capitaine Cook^ la Forêt-Noire^ Hercule et Ontphale^ les Quatre fils Aymon^ ont singulièrement intéressé nos pères; mais une pantomime qui y obtint un de ces succès comme on en voit peu, était le Maréchal^ des-Logis. Une aventure arrivée dans la forêt de Villers-Cotterets, en avait fourni le sujet. Une jeune et jolie fille la traversait seule, quand elle fut arrêtée par deux voleurs, qui, après lui av(5ir pris tout ce qu'elle possédait, la garrottèrent à un arbre, pour lui faire sans doute souffrir de plus affreux traitements..,; mais par bonheur, un brave maréchal-de&-logis des dragons de la reine, qui se rendait en semestre, ayant entendu les cris de la victime, courut à elle, mit les voleurs en fuite, détacha la jeune fille, et la reconduisit respectueusement à ses parents. Cette belle action, insérée dans toutes les ga«

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zettes, retentit jusqu'à la cour. La reine voulut voir son dragon, on le lui présenta ; il reçut de Marie-Antoinette un accueil très touchant y et une somme d'argent avec laquelle il acheta son congé, et se maria avec la charmante fille qu'il avait sauvée par son courage.

Tout Paris alla verser des larmes au Maréchal'des-Logis^ je crois même que le héros assista en uniforme à plusieurs représentations. Ces pantomimes étaient montées avec le plus grand soin; vers 1792, on en donna une appelée Dorothée^ dans laquelle il y avait une procession magnifique, les prêtres en aubes, les chantres portant chapes, les enfants de choeur, les châsses, les reliques, les évêques, les cardinaux, les pénitents blancs et noirs, les croix, les bannières, enfin tous les signes de la religion défilant sur le théâtre, au milieu des cris et des applaudissements d'une multitude qui commençait déjà à ressentir les atteintes d'un mal qui devait plus tard enfanter tant d'excès. . . Les saturnales au théâtre ne faisaient que

Théâtre de VAmbigu-Comique, 65

précéder celles que nous devions voir dans les rues... Hélas 1... un an après, gS avait sonné... Et nous avons vu des processions d'un autre genre!... Les églises pillées, dévastées, les vases sacrés livrés à d'horribles profanations, des comédiens bourgeois habillés en prêtres... se livrant aux plus infâmes sacrilèges... j'ai vu, moi, étant enfant, un malheureux revêtu de l'habit sacerdotal, et dans un état complet d'ivresse, courir dans le faubourg Saint- Martin, avec de fausses hosties dans un saint-ciboire, et donnant la communion aux passants, se jouant ainsi de ce que l'homme a de plus saint et de plus sacré sur la terre :... de Dieu et des croyances l Eh l... qu'on ne vienne pas dire que l'influence des théâtres n'a pas de pouvoir sur les masses?... Comment vouliez-vous que ce peuple qui avait vu tourner en dérision les objets qu'il était accoutumé à respecter ne se livrât pas aux excès qu'il avait vus sur le théâtre?... Du moment qu'il en avait ri, de ces excès, il n'était pas loin de s'y abandonner lui-même...

66 Petits Théâtres de Paris.

C'est ce qu'il a fait en 93, c'est ce qu*il a fait en i83i, c'est ce qu'il ferait encore, c'est ce qu'il fera toujours... lorsqu'au lieu de le retenir dans les limites de la raison, de ne lui donner que des émotions douces, des idées généreuses... religieuses même, dont nous avons tous besoin et dont il ne faut pas nous déshériter... vous lui direz qu'il peut rire de tout, se moquer de tout, insulter à tout. Ah ! ce n'est pas toujours le peuple qui est le plus coupable ! ce sont ceux qui le poussent en avant, qui l'excitent, l'exaltent, le démoralisent et qui, après son triomphe, le laissent ce pauvre peuple avec une misère de plus, misère la plus affreuse de toutes...

celle de ne croire à rienl...

En 1790, Âudinot avait pris pour associé Arnould, qui devint aussi son auteur privilégié, son faiseur de pantomimes ; la troupe était assez remarquable : MM. Picardeaux, Saint-Aubin, Thomassin, Lebel, Cardinal, Dufresnoy, Lafitte, et les demoiselles Langlade, Rigoleau, Simonet, Rochetin ; quant au pauvre Bordier, qui

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jouait admirablement les petits-maîtres et les abbés, et qu'on avait surnommé le Mole des boulevards, il avait été pendu à Rouen en 89, pour avoir pris part, soidisant, à une émeute de grain, suscitée à cette époque pour préluder à la révolution. On assure que ce comédien mourut gaîment. Dans une pièce de Pompigny, intitulée le Ramoneur prince, au moment de monter dans la cheminée, il disait :

c Y monterai* je... ou n'y monterai-je « pas ?... » Quand il fut au bas de la fatale échelle, on prétend que Bordier dit en riant au bourreau: « Dis donc... y « monterai-je ou n^y monterai-je pas?.. »

Et il monta d'un pas ferme en saluant la populace qui le huait.

C'était ce Bordier qui chantait avec tant de charme cette romance que toute la France a sue et répétée :

Je ne vous dirai pas j'aime, Votre rang me le défend ; Mais le Dieu qui veut qu'on aime Ne consulte pas le rang.

68 Petits Théâtres de Paris.

Quand Adonis a dit j^aime, Vénus oublia sa cour ; On est égaux quand on aime, Tous les cœurs sont à l'amour.

Une demoiselle Masson * y a fait courir la capitale dans la Belle au bois dormant.

Audinot s'étant retiré, son théâtre passa entre les mains d'une foule de directeurs, mais qui n'eurent pas la chance de leur devancier. Les principaux ont été : Picardeaux, Cofïin, Rosny, Hector Chaussier, Camaille Saint-Aubin, Béraud, etc.

Cuvelier y a pendant longtemps fixé la foule par ses pantomimes pleines d'imagination et de spectacle; le Diable ou la Bohémienne; V Enfant du Malheur,,,; r Héroïne Américaine^ jouées par Vicherat, Bitmer, Julie Diancourt, et Flore, ont fait les beaux jours de l'Ambigu...

Vers 1798, ce théâtre allait de mal en pis, aucune administration ne pouvait tenir.

Corse se présenta 1... Corse venait de quit-

* Voir le chapitre Boulevard du Temple.

Théâtre de l'Ambigu-Comique, 6g

ter le théâtre Montansier, où il ne gagnait que de modiques appointements ; ce comédien, voyant l'état d'atonie où était tombé le pauvre Ambigu depuis longues 1^ années, ne désespéra pas de le relever. Un nommé de Puisaye, riche capitaliste, comptant sur son intelligence, lui offrit des fonds. La salle fut re badigeonnée et réouverte par la nouvelle administration ^ comme on disait alors. Le succès ne sembla pas d'abord répondre à l'intelligence du nouveau directeur. M. de Puisaye allait abandonner la spéculation, quand le fameux Aude, le père des Cadet Rous^ sel^ donna Madame Angot au sérail de Constantinople, Jamais, je crois, les annales d'un théâtre n'ont retenti d'une vogue •emblable; deux cents représentations consécutives n'avaient point lassé la curiosité des Parisiens. Il est vrai de dire que Corse était d'une bouffonnerie ache* vée. C'est à partir de cette pièce que va commencer la fortune de Corse ; à dater de Madame Angot ^ la foule reprend le chemin de l'Ambigu ; une série de mélo-

7Ô PetttÉ Théâtres de Parts.

drames pleins d'intérêt vont y ramener les anciens beaux jours ; Caignez que Ton a surnommé le Racine du mélodrame, Guilbert-Pixérécourt, qui en est devenu le Corneille^ y feront jouer le Jugement de Salomon^ la Forêt d'Hertnanstad, Tékéliy la Femme à deux maris^ et tant d'autres ouvrages qui ont battu monnaie au boulevard du Temple. Ces mélodrames rapportèrent à Corse plus de onze cent mille francs de bénéfice en moins de quinze ans; c'est presque incroyable... et pourtant cela est vrai.

Eh bien ! que pensez-vous que les hommes qui ont fait faire tant de recettes touchèrent de droits d'auteurs ^ je vais vous le dire : on achetait alors une comédie en un acte deux cents francs une foi:^ payés, on donnait neuf francs par soirée pour une pièce en trois actes. Ainsi le Jugement de Salomon^ Tékéliy qui ont mis dans la caisse de Tad ministration cinquante mille écus chacun, dans l'espace de quatre mois, ont rapporté à leurs auteurs neuf cents francs!,,, heureusement que l'on a un

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peu changé tout cela depuis quinze ans.

Après la mort de Corse, arrivée en 1816 *, madame de Puisaye resta seule quelque temps à la tête de l'administration ; mais ne pouvant fournir à toutes les nécessités que ce genre d^exploitation réclame, M .Audinot, fils de l'ancien fondateur, rentra dans le privilège de son père, seulement en 1823 ; il prit pour associés, MM. Franconi et Sennepart. A partir de cette époque, jusqu'à celle de sa mort, arrivée en 1826, M. Audinot administra son théâtre avec bonheur et intelligence. Ses manières polies lui méritèrent toujours l'affection de ses pensionnaires et T estime des au-

* Corse était né en janvier 1760; il se livra d^abord à la peinture, et fut élève de Vien; il la quitta pour le théâtre, et débuta chez Âudinot; il joua successivement à Bordeaux, aux Variétés^ à la Gaîté, puis enfin à r Ambigu-Comique, dont il prit la direction le 24 avril 1800. Corse a composé seul P/ttlomèle et Terrée, mélodrame ; Hariadan Barberousse avec Victor Ducange; il avait aussi recorrigé V Héroïne américaine , pantomime de feu Arnould.

teurs. Sans continuer la vogue qu'il avait eue sous la direction de Corse, TAmbigu- Comique n'en était pas moins très suivi ; des succès honorables, une troupe toute dévouée, une économie sage sans être parcimonieuse, tout promettait à M. Audinot une ère de prospérité, lorsque la mort vint le frapper presque inopinément. M. Audinot avait placé de confiance trois cent mille francs chez un agent de change. Cet homme lit faillite, en lui emportant plus de la moitié de sa fortune.

Il apprit cette triste nouvelle la veille de la fête de sa femme ; ce coup lui fut plus sensible pour elle que pour,lui^ et peu de jours après il mourut d'une inilammation à la gorge. Madame Audinot supporta cette perte avec résignation, elle tint tête à Torage et continua de diriger l'entreprise avec MM. Scnnepart et SchmoU *.

Parmi les comédiens qui ont brillé sur

* Almanach des Spectacles, année 1827, chez Barba, Palais-Royal.

Théâtre de V Ambigu-Comique. fS

la scène de TAmbigu, pendant l'espace de trente ans, c'est-à-dire de 1800 à i83o, citons: Tautin, Frenoy, Raffile, Dumont, Stokley père et fils, Christmann, Joigny, et ce Révalard, le tyran modèle, le type des brigands passés, présents et futurs... Ce fut ce Révalard qui exploita plus tard une troupe de comédiens de province. On raconte sur lui des anecdotes assez plaisantes. Un soir qu'il avait donné un mélodrame dans lequel on faisait le bombardement d'une ville , la bourre d'un soleil alla frapper une personne placée à l'orchestre, qui heureusement ne fut pas blessée. Le lendemain, comme Révalard craignait que l'accident de la veille ne nuisît à la recette du jour, il fit mettre sur l'affiche en gros caractère : « Les personnes qui ce soir nous honore- « ront de leur présence sont prévenues a que le bombardement n'aura plus lieu « qu'à l'arme blanche, » On a fait un petit conte de cette naïveté... le voici:

Dans un mélodrame nouveau.

Comme on bombardait une ville, L 4

74 Petits Théâtres de Paris,

Une bourre très incivile Alla donner dans le chapeau De madame de Sottenville^ Qui sur-le-champ se trouvant mal.

Hors de sa loge est emmenée.

Et dans le foyer promenée.

Revint bientôt du coup fatal.

Craignant qu'une semblable scène Ne compromît ses intérêts, Le directeur vient sur la scène, Et par ces mots ramène enfin la paix :

« Messieurs, à dater de dimanche, « Pour parer tout événement,

« Vous êtes prévenu que le bombardement « Ne se fera qu'à l'arme blanche *. »

Cette ingénuité rappelle celle de Tacteur Tautin, qui, voyant à la Bibliothèque du roi l'armure de François 7®**, demanda sous quel règne ce conquérant faisait ses exploits?... L'employé lui répondit en souriant : a Mais il faisait sous lui. »

On a dit encore que Révalard, après avoir donné, dans une petite ville de pro-

* Ce petit conte rimé est de M. Brazier [Note de l'Editeur.) ^

Théâtre de V Ambigu-Comique, 7 S

vince, plusieurs représentations qui n'avaient attiré personne, afficha la veille de son départ: « La troupe de M. Révalâfd, a touchée de l'accueil empressé '<l|il^ les « habitants ne cessent de lui faire, à « l'honneur de les prévenir qu'au lieu de « partir samedi, ainsi qu'il l'avait an- « itbncé, lui et ses camarades quittea ront la ville demain matin à six heua res, »

La seconde période du mélodrame a été aussi très brillante à l'Ambigu. La Ba* taille de Pultawa^ Thérèse^ Clara^ le Fils Banni^ le Songe^ le Belveder^ Calas^ Lis^ beth ou la Fille du Laboureur, Cardil^ lac^ V Auberge des Adrets^ et beaucoup d'autres ouvrages marquèrent le passage de MM. Mélesville, Nezel, Overnay, Antier, Hubert, Frédéric, Boirie, Victor Ducange, etc. M. Varez, que l'administration s'était attaché longtemps en qualité de régisseur général, a été et est encore la providence du mélodrame et des au« teurs. M. \'HtQz entend merveilleusement la mise en scène, on sait que ce n'est pas

la partie la moins importante de ce genre de spectacle : ses conseils, son goût, son extrême obligeance Tont rendu précieux aux gens de lettres, qui n'ont eu toujours qu'à se louer de son zèle... M. Varez est aussi l'auteur de quelques pièces agréables, représentées au boulevard : VAppartentent à louer, le Retour à la Chausséed'Antin^ le Tartufe de Village^ etc., toutes ont obtenu du succès. M. Varez, en quittant l'Ambigu, est entré en 1827 au théâtre de la Gaîté, où il remplit les mêmes fonctions qu'à TAmbigu-Comique.

Le théâtre de l'Ambigu bâti en 1769, après avoir existé plus d'un demi-siècle, devait finir comme finissent presque toutes les salles de spectacles, par le feu!...

Dans la nuit du i3 au 14 juillet 1837, le théâtre de T Ambigu-Comique a été consumé, c'était l'anniversaire de la mort de M. Audinot. On venait de répéter après le spectacle, afin de juger de l'effet d'un feu d'artifice qui devait figurer dans un mélodrame nouveau intitulé : la Taba-

Tliédtre de V Ambigu-Comique. 77

itère. Peu d'instants après, Tincendic a éclaté et s'est communiqué si rapidement, qu'en moins d'une heure le théâtre et la salle ont été entièrement détruits ; les bâtiments du côté de la Rue-Basse ont seuls été préservés. Le concierge nommé Couroy, et un pompier ont péri dans les flammes. Le 19, S. Ex. le ministre de l'intérieur a accordé un nouveau privilège, jusqu'en 1840, à madame veuve Audinot, et à M. Sennepart, son associé, et donné à ce dernier le titre de directeurgérant.

On s'occupa bientôt de relever un théâtre à l'existence duquel était attachée celle de tant d'artistes. Mais l'autorité ayant exigé de l'isolement des deux côtés, l'ancien terrain fut jugé trop petit, alors on acheta un hôtel qui avait appartenu à M.

de Jambonne, situé rue de Bondy, au coin du boulevard. Des actions furent créées, les ouvriers mirent la main à l'œuvre, et vingt-trois mois après avoir été incendié, le 7 juin 1829, le théâtre de l'Ambigu s'inaugura de la manière la plus brillante.

78 Petits Théâtres de Paris,

La nouvelle salle, construite par les soins de MM. Hittorffet Lecointe, est une des plus jolies de la capitale ; des artistes distingués concoururent aux embellissements, les peintures ont été exécutées par MM. Jouanis et Desfontaines; les figures du foyer et celles du plafond de la salle sont de M. Gosse.

Un prologue en vaudeville, appelé la Muse du Boulevard^ de MM. Léopold, Jules Dulong et Saint-Amand, leva le rideau. Madame la duchesse de Berri, que Ton était toujours sûr de rencontrer là où il y avait une bonne action à faire, honora de sa présence cette inauguration.

On ne sache pas qu'elle ait jamais refusé d'assister à un bénéfice d'acteur ou d'actrice; on l'a toujours vue se montrer avec le même empressement aux théâtres des boulevards, comme aux théâtres royaux.

Elle savait que sa présence attirait la foule, aussi allait-elle volontiers à toutes les représentations, il suffisait de la prévenir la veille... comme elle disait avec son extrême bonté : Pauvre femme !..# mainte-

Théâtre des A ssociés. 9 1

On trouve encore dans VAlmanach des Spectacles de 1792:

ff Le théâtre des Associés ayant expulsé « les comédiens de bois se trouve en « quelque sorte le second théâtre fran- « çais existant à Paris. Lui seul eut la « jouissance anticipée de ce que les dé- « crets ont accordé depuis aux autres « théâtres. Il jouait les pièces de tous les « répertoires; et, ce qu'il y a de singu- « lier, c'est qu'il est aussi le seul qui ait « perdu au nouvel ordre des choses ; car « il avait trouvé moyen de représenter, « sans réclamations, les pièces des auteurs « vivants, ce qu'il ne peut plus faire au- « jourd'hui. »

Au sieur Beau visage avait succédé depuis longtemps le sieur Salé, acteur, qui jouait le rôle d'arlequin. Il avait choisi cet emploi, parce qu'étant borgne il pouvait cacher cette infirmité sous le masque.

Le spectacle continua de porter le nom de Théâtre des Associés; mais à Tépoque de la révolution il prit celui de Théâtre Patriotique du sieur Salé.

92 Petits Théâtres de Paris.

A cette époque la troupe se composait des sieurs Pompée, Adnet, Pisarre, Saint- Albin, Julien, Deleutre, Dorival, et des dames Fleury, Pompée, Roland, Petit, etc.

Ennuyé des persécutions qu'il avait à subir de la part de MM. de la Comédie- Française qui lui avaient fait défendre, par huissier, de représenter sur son théâtre aucun ouvrage de son répertoire. Salé leur écrivait un jour:

« Messieurs, je donnerai demain di- « manche une représentation de Zaïre; « je vous prie d'être assez bons pour y ence voyer une députation de votre illustre M compagnie; et si vous reconnaissez la « pièce de Voltaire, après l'avoir vue re« « présentée par mes acteurs , je consens « à mériter votre blâme, et m'engage à « ne jamais la faire rejouer sur mon théâa tre. »

Lekain, Préville et quelques-uns de leurs camarades allèrent voir jouer Zaïre chez le sieur Salé ; ils y rirent tant, que le lendemain ils lui écrivirent qu'à l'ave-

Théâtre des Associés. g'i

nir les comédiens français lui permettaient de jouer toutes les tragédies du répertoire. Mais la révolution renversa bientôt les privilèges, et le Théâtre Patriotique joua le drame, la tragédie, la comédie, l'opéra, le vaudeville et tout ce qu'il voulut.

Quand on donnait le Grand Festin de Pierre ou V Athée foudroyé^ joué par Pompée, premier sujet de la troupe, le directeur Salé faisait l'annonce lui-même, et criait: « Prrrrene:^ vos billets!.,. »

M. Pompée jouera ce soir avec toute sa garde-robe... Faites voir l'habit du premier acte (et Ton montrait l'habit du premier acte)... Entrez 1 Entrez!... M.. Pompée changera douze fois de couronnes...

Il enlèvera la fille du commandeur avec une veste à brandebourg, et sera foudroyé avec un habit à paillettes !... »

Quand j'arriverai à notre époque, il me sera facile de prouver que le charlatanisme d'aujourd'hui ne le cède en rien à celui d'autrefois. On ne crie pas encore à la porte des théâtres : a Entrez, messieurs,

94 Petits Théâtres de Parts,

mesdames... » Mais patience, cela viendra.

Après la mort du sieur Sale, arrivée vers 1795, un pauvre comédien de province nommé Prévôt prit la direction de ce spectacle qu'il appela Théâtre sans Prétention, Il est impossible de se montrer plus humble; et si jamais homme a tenu ses promesses, c'est bien celui-là : il pourrait servir de modèle à beaucoup de directeurs. Ce pauvre diable faisait tout par lui-même, il était directeur, acteur, répétiteur, régisseur, souffleur, décorateur, buraliste, lampiste, machiniste, etc., etc.

Nos grugeurs de budget ne comprendraient pas ce genre de cumul. Ce pauvre vieux Prévôt, je l'ai vu pendant vingt ans affublé d'une vieille houppelande grise ; il ressemblait comme deux gouttes d'eau au profil de Séraphin, que l'on voit encore aujourd'hui au-dessus de la porte des ombres chinoises, au milieu d'un petit transparent. Prévôt avait de la dignité dans sa position, il était, comme je l'ai dit, humble et modeste ; mais sous le rap-

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port de la littérature, il ne plaisantait point, il n'écrivait en aucune langue, et pourtant il attachait un grand prix à ce qu'il appelait ses ouvrages dramatiques, il les défendait surtout sous le rapport de la morale, et ils en avaient besoin ; car c'étaient bien les plus malheureuses productions qui fussent au monde. Il a fait imprimer une vingtaine de pièces de théâtre ; il avait grand soin de mettre au bas de chacune qu'il poursuivrait les contrefacteurs, comme s'il eût été possible de contrefaire un style et des conceptions semblables 1 II annonçait sur son affiche :

Victor ou l'Enfant de la Forêt^ mélodrame en cinq actes du citoyen Prévôt, le premier qui ait traité ce sujet, d'après le roman du citoyen Ducray-Dumesnil ; et dans la salle on lisait : Les personnes qui veulent se procurer des exemplaires des pièces du citoyen Prévôt peuvent s'a-" dresser aux ouvreuses de loges. Il détectait la secte des philosophes, il plaisantait Voltaire et Rousseau, poursuivait à outrance les impies et les athées. Dans une

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de ses préfaces, il écrit : « Si Ton plaisante mes ouvrages, Ton ne peut cependant me reprocher d'avoir corrompu les mœurs par des pièces licencieuses; et il ne restera après moi aucune trace d'inconduite, ni que je me suis dérangé de mon ménage, ni aucun écrit qui puisse prouver mon immoralité, et qui ait jamais dénigré personne ; aussi, Ton ne me verra pas obligé de faire au lit de la mort amende honorable comme le fameux Laharpe 1... »

Comment trouvez-vous cela? Prévôt fustigeant Laharpe qui venait effectivement de faire amende honorable, pour rentrer dans le giron de Téglise, Excellent homme I que la terre te soit légère...

Mais que tu étais drôle, et ton style aussi 1 Prévôt, à cause de sa moralité littéraire, aurait mérité de vivre assez pour être député en i836. Il aurait certainement pris la parole dans la discussion sur les théâtres, et n'aurait pas été un des orateurs les moins curieux. En 1820, je Tai trouvé au jardin Marbeuf; il montrait une petite

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lanterne magique, la garde nationale de la deuxième légion donnait ce jour-là un grand dîner de corps, à l'occasion de la naissance du duc de Bordeaux; je fus assez heureux pour ouvrir une souscrip* tion en faveur de ce malheureux vieillard, qui vint lui-même au dessert la recueillir dans son chapeau; il avait les larmes aux yeux^ et nous pleurions tous avec lui...

Son pauvre théâtre avait été fermé dans la grande fournée impériale de 1807 ; il ne pouvait s'en consoler, et je lui ai entendu dire à cette époque, en parlant de l'empereur: a Cet homme m'a bien trompé ; c'est un grand coup d'état qu'il vient de faire là... nous verrons où cela le conduira. Attention, jeune France 1. . »

Prévôt ne fut pas un ilote, un adorateur du pouvoir ; loin de là, il luttait avec lui autant qu'il était dans son pouvoir de le faire ; dans la préface d'une de ses pièces que la police consulaire avait voulu défendre, il se raidit, il se tord contre

la censure, il prouve que sa pièce est I. 5

gS Petits Théâtres de Paris,

morale; après les coupures qui furent faites à sa comédie, il écrit à la barbe des consuls : c Voilà donc ma pièce approuvée, mais coupée, rognée, sabrée , et réduite de manière qu'il n'y en a plus du tout. Que faire à cela ? pester tout bas contre notre belle liberté!... »

Eh ! c'était un vieillard, un pauvre directeur forain, sachant à peine tenir une plume, qui osait dire à Bonaparte consul, au vainqueur de l'Egypte et de Marengo : « Que faire à cela ? pester tout bas contre notre belle liberté!... » Au moment où Ton travaillait à recrépir le despotisme, cette petite phrase qui n'a l'air de rien prouvait beaucoup. Honneur au directeur du théâtre sans prétention!

beaucoup de ses confrères n'en auraient pas dit autant. Prévôt, nos neveux se souviendront de toi ! c'est pour cela que j'ai consigné cette anecdote dans mes chroniques des théâtres.

' Lorsque son spectacle fut fermé, il fit placarder sur tous les murs de la capitale :

« Les personnes à qui le citoyen Prévôt

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est redevable de quelque chose, peuvent se présenter à la caisse qui sera ouverte tous les jours, depuis midi jusqu'à quatre heures. > On ne voit pas souvent de ces affiches dans Paris. Et mourir malheureux après celai... c'est bien la peine d'être honnête homme. Prévôt est mort en 1825 dans la misère la plus affreuse. Ses ouvrages imprimés sont : Victor^ ou /'£«fant de la Forêt, l'Utilité du Divorce, l'Aimable Vieillard^ la Marchande d'A^ madou, les Deux Contrats, les Femmes duellistes, le Gras et le Maigre^ la Cra^ nomanie^ le Retour d'Atrée, le Jacobin espagnol, Repentir et Générosité, le Valet à trois Maîtres, la Bibotte du Savetier, les Victimes de l'Ambition, la Vengeance inattendue, et un Tour de Carnaval.

Voici la liste de ses principaux acteurs, qu'il payait tous les décadis (trois fois par mois) : Dugy, Rivière, Auguste , Josquin, Leroy, Lefranc, Henry, Mériel, Dumas, Richardi, Blivet, Camel et Salé (fils de l'ancien directeur des Associés) ; les dames Prévôt, Lautier, Emilie, Josse, etc.

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Quelques auteurs qui ont obtenu plus tard des succès sur des scènes plus élevées, ont commencé à son petit théâtre.

Cette salle resta fermée quelque temps ; mais vers l'année 1809, elle rouvrit sous le nom de Café d'Apollon. Les premières loges furent garnies de glaces ; on plaça des tables dans le parterre, et tout à Tentour de la salle, et moyennant une bouteille de bière et un petit verre de cassis, on pouvait y entendre chanter une ariette :

on y joua même des petites scènes détachées, ainsi que des pantomimes arlequinades à trois acteurs seulement. Cet état de choses dura jusqu'en 181 5 ou 18 16, époque à laquelle madame Saqui obtint le privilège et le xiroit d'en faire une salle de spectacle. Elle devait, au terme dudit privilège, n'y faire paraître que des danseurs et des sauteurs ; elle pouvait aussi jouer des pantomimes arlequinades. Madame Saqui, qui s'intitule première acrobate de France, se renferma dans son privilège ; puis, empiétant petit à petit sur les droits de l'Ambigu et de la Gai té, ses

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voisins, elle joua des grandes pantomimes, des comédies, des opéras et des vau> de villes; la révolution de juillet arriva avec ses barricades et ses pavés, la liberté fut proclamée, on en usa largement.

Aujourd'hui Tancien théâtre des Associés dure encore ; on lit sur la façade :

« Théâtre de madame Saqui, dirigé par M. Dorsay.'B Arlequin a changé sa batte contre le couteau de Robert Macaire.

Les tours de force ont été supprimés, I

les danseurs ont changé d'habits ; on y joue des pièces à époques, des drames historiques: Cinq-Mars et le président de Thou n'y paraissent plus sur la corde raide, et le cardinal Richelieu s'y montre sans balancier.

J'ai dit au commencement de ce chapitre, que lors de l'ouverture des Associés, on avait chanté des couplets en l'honneur du lieutenant de police Lenoir. Les voici, ils sont curieux par leur naïveté et leur adulation, et prouvent qu'à cette époque, un lieutenant de police était un petit roi, qui trouvait aussi des poètes pour

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l'encenser. Les temps sont bien changés!...

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