‹ Chroniques des petits théâtres de ParisChapitre 17 sur 40 · DE 1807 A · texte numérisé non relu

DE 1807 A

IL était écrit que la salle des BeaujokiSf refaite en 1790 par le célèbre Montansier, devait être témoin de beaucoup d'événements politiques et littéraires.

Après avoir été, comme je Tai dit dans ma Chronique des Variétés, Tun des spectacles de Paris les plus suivis du temps où régnait Brunet, après avoir vu défiler dans son foyer la Révolution de 89, les réactions de 93 et les premiers temps de l'empire,

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la scène où s'illustra Jocrisse devait encore, après son départ, en 1807, subir beaucoup de vicissitudes.

La Comédie-Française ayant réussi à se défaire de son voisin Brunet et n'apportant plus d'obstacles à ce que la salle Montansier servît à différents genres d'exploitations, un fameux danseur de corde nommé Forioso ouvrit la marche ; c'était un sauteur comme on en voit peu, ou, pour mieux dire, comme on en voit beaucoup depuis trente ans, à cette différence près, que ceux-ci, au lieu de sauter pour nos plaisirs, ont sauté pour des portefeuilles, des préfectures et des recettes générales.

Pendant que Forioso étonnait la capitale par des tours de force et d'agilité, deux concurrents, les frères Ravel, viennent lui porter un défi.

Forioso accepte, des paris sont engagés, et c'est dans la salle Montansier que la lutte a lieu le jour annoncé ; mais le dirai-je ? Forioso l'Italien est vaincu ! Forioso demande une revanche, Forioso

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succombe une seconde fois, peu s'en falfut qu'un duel n'eût lieu...

Tant de fiel entre-t»il dans l'âme des danseurs I

Mais les choses n'en vont pas là*..» Enfin Forioso annonce que, pour se réhabiliter, il ira publiquement, le jour de la Saint-Napoléon, depuis te pont de la Concorde jusqu'au Pont- Royal, sur tme corde tendue, à cet effet, par des moyens ingénieux^ disait l'affiche.

Des circonstances imprévues empêchent Forioso de réaliser ce projet^qui mit alors tout Paris en émoi.

Mademoiselle Montansier, âgée de 78 ans^ épousa, dit-on, secrètement le danseur Forioso, et, chose .extraordinaire 1 éprouya pour lui u^e passion, violente. ; ii, ! • •

Lorsque Forioso et les=deux*ères Ravel eurent quitté Paris, 'Madënjoiselte Montansier obtint la permission de louer sa salle à des marionnettes. Un - spectacle

s'ouvrit sous.le>nafA ûaJtitjitifAérUini. Le IL II.

i5d Petits Théâtres de Paris.

privilège accoidait au directeur le drodt de représenter de petites pièces en vaudevilles, mais seulement avec des puppi et àesfanfùccini ; il pouvait aussi donner des pantomimes à spectacle, mais avec deux acteurs parlait seulement Martaînville inaugura h théâtre de ses anciens succès par un prologue appelé la Résur-^ rection de Brioehé^ personnage parfaite-* ment imaginé, comme on voit, dans l'esprit du nouveau privil^e^

Mais ne voilà-t*il > pas que des acteurs véritables attaquent les pauvres puppi^ et que Ton chante k la Gaîfé, dans un vaudeville, VHoro$cop(^jie$ Cendfîlhn^ *:

: If.es jiÇftx fovsLif\^ j;e le voist .

S'ouvrent sous d'heureux aU3pîces.

Tous les acteurs sont de boîs.

Un n'y cràirtt pas lexits maiîcef;

Et s'il prend quelques caprices

. Aux4il«5;t€iJBr^ja|i^Qnt^nt5^

Eng£|g'me.rj.ts» acteurs, actriçeSj

Toijt ça suçasse (ter) en, même temps.

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^ t De MMl\ &9hàis et Afuier. .

Tliédtre du Palah^oyal, a5r

Polidiinelle se fâche tout rouge... et signor Folicfainelle est malin... il réplique axa. acteurs de la Gahé, mais rafifiûre est bientôt arrangée^ et tant de tués que deblessés il n^y eut personne de mort.

Les grasides marionnettes de l'evipire firent tort à celles du Palaîs«Royal, et ce spectade ferma encore une fois.

Aux pupfi sncoédèrent des acteurs à quatre pattes.^ c'^st-à-Klire des chiens* Ces animaux iouatcitt leurs rôles avec une intelUgeooe enoeure assez rare chez les* bipèdes» La troupe était complète : jeune* prexiïi^T^ comique, tyran, pére-ooble, frdntia, soubrette^ amoureuse^ corps de ballet, eic;. On arraa^a pour ces artistes à qwttfe pettea une espèce de mélodraihe qui JofiéfM guère plus mauvais que beaiH cQiup d'autres* que j'ai vus^kpuie.

UniQ jieun^ princesse russe étah retenue captive dai^is un château fort sous la garde d'un lyraa, âon amantivoulaitîladéliirrer^ ç^ qui nécessitait l'attaque du château.

Il n'y avait riett de drôle comme* de voir riat^HgenOe de ^s boto chiens. On

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apercevait d'abord la princesse russe qui se promenait sur la tour comme Madame Marlborough ; c'était une jolie chienne épagneule à longues soies. Paraissait ensuite lei princô son amant au pied de la tour, qui rôdait langoureusement, c'était un beau chien caniche, emblème vivant de la fidélité. Il allait et venait aboyant soaamour. Le tyran était un boule -dogue qui avait le nez écrasé, vraie figure de Kalmouck. Alors, à ua signal donné, Tarmée du malheureux > amant venait se ranger sur le théâtre. C'étaient 'des barbets, des caniches, des léyriei^s, des bas« sets; celui qtii ^ait centé: donner du cor avait la queue en trompette.

Les soldats du camp ennemi étaient des danois, des chiens anglais, des gfiff^dAs^ des carlins, des roquets;- on voyait de temps' en temps passer des éclaireurs, de petits chiens q(ui tenaient à la gueule un bâton ayant une lanterne à chaque bout. Au moment où les troupes se mettaient en mouvement, les assaillants escaladaient les murailles,' les assiégés les repoussaient,

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la mêlée devenait générale, mais bientôt les troxtpes de Tamant malheureux montaient à l'assaut, le fort était emporté, la princesse délivrée, et le tyran emmené prisonnier, avec tous les honneurs dûs à son rang.

Beaucoup de particuliers conduisaient leurs chiens à ce théâtre, comme maintenant à la barrière du Combat, pour ser~ vir de comparses et de figurants. On ne saurait imi^iner combieil ce spectacle était drôle; on entendait de toutes parts, des baignoires au paradis : « Tiens, voilà Médor !... tiens, voilà Turc l... Ah l c'est Azor qui commande la patrouille l t» Un soir, un caniche était de faction au pied de la tour; lorsque son maître entra à l'orchestre, le pauvre chien le reconnut, quitta son poste et déserta dans la salle avec armes et bagages... peu s'en fallut qu'il n'entraînât une désertion générale.

Le spectacle terminé, on donnait un os à ronger au général en chef, une pâtée à l'amoureuse, et des boulettes à tous les artistes.

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Ce spectacle amusa tout Paris pendant quelque temps, mais bientôt la troupe canine fut aux. abois^ Du reste, ces chiens ont eu rhonneur, d'être ctiatidonnés par les notabiHtés du flQn«^flcHU Déaaugiers disait, avec sa grosse gaîté, que pour atfir' rer le monde, il aurait fallu que le directeur du théâtre des chiens mit, comme faisait' Nicole:!, ua aboyeur à la porte de son spectacle. Anti^nac, en passant en reVuelea noms d&tous les ckiieiis célèbres, disait.:

Du nom* d*Cés^r ofi nomme Un tftÂtln> qqand y s'èat bt^, Ce qui pcouv* que* c« grand ^o^me Devait être un fameux chien.

.Après le départ des chiens savants^ qui s'en allèrent donner des représentations à l'étranger, la salle Montan^ier fut métamorphosée en caféy les banquettes du parterre furent eni^ées et remplacées par des tables et de» taboi^ets, la scène fermée par un rideau à demeure, et dé-

Théâtre du Palaiê^Royai* aSS

fense fut £ûte d'y* jouer aucune pièce. Peu à peu, oependent, l'autorité fit de$ concessions, elle permit d'abord de lever la toile et de chanter des ariettes de quavt d'heure en quart d'heure, puis elle toléra quelques scènes détachées, et enfin: elle accorda de petits vaudevillea-à deoj^ et trois acteurs. Tel était l'état des ehoses quand vint la première Restaucatieii. Lecafé Mootansier obtint bientôt une câké*r brîté orageuse; pendant les cent: jours et après, les tètes folles des partis d'alors le prirent plus d'une fois pour leur chaamp de bataille. « Enfin, dit l'auteur dé l'ar* c ticle des Cent et un *, il fut formé à. la' « suite d'une équipée fort ridicule, où <r quelques jeunes gens, animés par la fis*^ ff mée du punch, allèrent venger sur ka « glaces jnofienslves du ioffer les sottises é qu'on avaitvobiiérées Crois mois dans la « salle. » ' >

L'établissement fut de nouveau ouvert

* M. Merle.

quelque temps après par un nommé Valin, qui continua tranquillement d'y faire représenter de petites pièces à couplets, mais à deux personnages seulement.

C'était une chose assez originale que ce spectacle- qui durait depuis six heures jusqu^à minuit sans désemparer. Les aoGeuis jouaient trois ou quatre fois les mJmes scènes dans la même soirée devaA:t un* public toujours nombreux.

On y retrouvait parfois de vieux comédiens qui avaient joui en province de quelque réputation, mais que le besoin forcent de jouer au café Montansier.., cela était tnste.

L'année i83o devait faire subir à cette salle des Beaujolais une dernière transformation.

MM. Dormeuil et Charles Poirson * sollicitèrent et obtinrent la permission de rendre à cet établissement sa première

• Frère de M. Poirson, directeur du Gymnase.

Théâtre du Palais^Royal. iSy

destination. Un privilège leur fut accordé sous le ministère de M .de Montait vet; cent vingt actions de trois mille francs chacune formèrent le capital, elles ont rapporté déjà d'énormes bénéfices.

La salle fut reconstruite entièrement sur les plans de l'architecte Guerchy^ une troupe formée à l'impromptu. M. Cou« part, homme de lettres et vaudevilliste lui-même, M. Coupart, qui a rempli fort longtemps la place de chef du bureau des théâtres au ministère de l'Intérieur, et dans laquelle il rendit souvent des services à ses confrères, fut choisi par M. Dormeuil comme régis* seur-général. La nouvelle administration ne pouvait faire un choix qui fiHt plus agréable aux auteurs.

Le 6 juin i83i, la salle s'ouvrit par un prologue intitulé: 7/5 réouvriront pas^ de MM. Mélesville, Bayard, et de l'auteur de ces Chroniques.

L'ombre de la Montansierdut tressaillir de joie, car dans cette salle bâtie par elle, exploitée par elle, la Montansier avait

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reçu presque tous les personnages historiques de la Révolution.

Ce fut peut-être dans sa loge, entre deux calembourgs de Brunet, que fut convenu le i8 brumaire.

La nouvelle troupe était composée de Lepeintre aîné, Philippe, Paul, Derval, Mesdames Dormeuil, Zélie Paul, Toby, Éléonore, etc., etc. Puis sont venus, à la file, Alcide*Tousez, TOdry II, acteur indéchiffrable, logogriphe vivant qu'il ne faut pas chercher à expliquer, mais qui ferait rire un quaker ; Levasspr, qui se fait remarquer par un jeu correct et plaisant, et joue les imbéciles en petitmaître; Leménil, comédien doué de beaucoup de naturel et de comique; Sainville, qui fait des progrès sensiblesy et montre de la rondeur et du naturel ; Boutin, Germain et Lhéritier, complètent l'ensemble. Plusieurs actrices piquantes s'y font remarquer agréablement : Mesdames Leménil, qui a rapporté au Palais-Royal la gentillesse qu'elle montrait à la Gaîté ; Pernon, ac-

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trice douée d'uae grande intelligence. Dupuis, pleine de gentillesse, mais un peu maniérée, Emma, ornée d'une jolie figure ; mais tout cela bien placé, bien encadré, fait du théâtre du Palais-Royal un de ceux où Ton distingue le plus d'ensemble; aussi jouit-il depuis son ouverture d'une vogue incessante. Une grande activité règne au théâtre du Palais-Royal, c'est ce qui assure sa prospérité : on y répète depuis dix heures du matin jusqu'à trois, on y joue depuis six heures du soir jus* qu'à onze. Il faut bien qu'un zèle pareil fructifie : aussi les actionnaires se frottent les mains quand ils entrent dans la salle, qui est toujours pleine.

Continuez votre œuvre, M, Dormeuil, continuez de nous faire rire; ce n'est pas chose facile par le temps qui court.

On va peut-être croire que j'ai oublié Virginie Déjazet ? Point, mais je vous avoue qu'ayant épuisé pour elle toutes les phrases laudatives, je me vois presque forcé de dire à cette charmante

Petits Théâtres de Paris.

comédienne ce que Boileau disait au roi Louis XIV:

Grand roi, cesse de vaincre, ou Je cesse d*é-

[crirc! •

* Parmi le grand nombre d*ouyrages qui ent obtenu beaucoup de succès à ce théâtre, citons la Ferme de Bondy, Frétillon, le Philtre champenois, la Fille de Dominique^ Vert^Vert, les Baigneuses^ la Fille du Co^ cher, les Chansons de Béranger, celles de DésaugierSf la Cheminée de 1748, Sophie Arnoidt, la Danseuse de Venise, le Conseil de Révision, le Triolet bleu. Madame Fa^ var/^etc, etc.

THÉÂTRE DES NOUVEAUTÉS

THEATRE DES NOUVEAUTES

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