THEATRES DU VAUDEVILLE
QUAND j'ai entrepris l'histoire du vau« deville par celle des théâtres qui ont constamment joué ce genre, je savais quelle était ma tâche, je crois Tavoir remplie autant que possible... En résumé, depuis la Comédie italienne et la foire Saint- Laurent en 1710, jusqu'à nos théâtres en 1837, le vaudeville a chanté selon les temps et les circonstances. Il a, comme on l'a vu, commencé par être niais, puis il s'est fait
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naïf, puis malîii; puis satirique et méchant, et enfin hypocondriaque. Après avoir été courtisan comme un ancien sénateur, il s*est fait indépendant comme un contrebandier. Il a donné successivement dans toutes les folies, il a brisé le lendemain ridole qu'il encensait la veille ; et puis, quand il a été las, il est retombé comme nous Tavons vu plusieurs fois, dans le marasme ou dans l'extravagance. Depuis six ans seulement, le vaudeville, c'est-àdire le couplet, s'est fait drame, moyen âge, pamphlet, fashion, gamin ; il a porté de la poudre, des cheveux plats ; il a mis des mouches, fumé le cigare; il a chanté vive Henri IV I la Carmagnole^ Charmante Gabrielle^ la Parisienne; il a été légitimiste, républicain, juste-milieu ; il a célébré Napoléon, il a crié vive la Li^ bertél et porté des fleurs au pied de la Colonne ; on Ta vu s'asseoir dans le fauteuil royal ; il a chanté dans les rues, il a couru aux Variétés, à la rue de Chartres, au Gymnase, au Palais-Royal, à la Porte- Saint-Martin, à l'Ambigu, à la Gaîté,
Conclusion des théâtres du Vaudeville, a85
chez Madame Saqui, chez Bobino, au Petit-Lazarl, dans les banlieues et dans les départements ; il a chanté sur la corde raide aux Funambules, et fait le saut du ruban chez Franconi ; il a été talon-rouge, bonnet-rouge, cordon-rouge; il a porté l'habit du soldat, la soutane du curé, la veste du prolétaire, le rochet d'un évêque ; il s'est ri de tout, moqué de tout, saturé de tout ; il est allé en enfer, en paradis ; il s'est raillé du ciel et de la terre, de Dieu, du Diable et des hommes.
L'époque où nous sommes surtout sera facile à retrouver par le vaudeville ; ce sera pour lui une espèce d'époque sans nom, comme Ta très bien caractérisée en littérature un spirituel écrivain *. On verra facilement qu'en iSSy on chantait partout, mais que le véritable vaudeville n'était nulle part. Hélas 1 et j'ai bien peur qu'en écrivant son histoire je n'aie fait que sa nécrologie...
^ M. Bazin.
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Quelques personnes pourront me répondre : Mais vous avez dit que l'on riait au Vaudeville, aux Variétés, au Palais- Royal... le vaudeville y est donc? — Non, je le répète, le vrai vaudeville est mort. On chante partout, mais des morceaux d'opéras, des airs de Rossini, de Meyerbeer. J'entends partout des roulades, des barcarolles, des rondeaux, des duos, des nocturnes, des romances, et j'attends H toujours des couplets... Le vaudeville est mort... quanta présent du moins... Je vote d'avance, et de bien bon cœur, une adresse de remercîments à celui qui le ressuscitera.
THÉÂTRES BOURGEOIS
THÉÂTRES BOURGEOIS
Nous sommes le peuple chez qui le goût du spectacle s'est développé le plus vite, nous nous sommes émancipes de bonne heure ; à peine avons-nous eu implanté le théâtre en France, que nous avons toujours été en progressant. En 1600, le théâtre était encore dans l'enfance, et en 1670 on jouait le Cid, Héraclius^ Tar^ tufe et le Misanthrope*.* C'est marcher à pas de géants, si Ton compare le théâtre étranger avec le nôtre.
IL i3
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Il faut que Fart du comédien soit bien puissant, bien attractif, puisqu'il a trouvé et qu'il trouve encore tant de gens pour s'y livrer. Cest une passion qui a gagné toutes les classes de la société, les rois, les princes, les grands seigneurs, les bourgeois, les marchands, les artisans et les ouvriers.
Louis XIV dansait dans les ballets, Madame de Maintenon faisait jouer la comédie à Sairit-Cyr, les grands seigneurs avaient, avant la Révolution, des salles de spectacle dans leurs châteaux; ils aimaient à jouer devant leurs vassaux, choisissant de préférence les rôles inférieurs à leur condition, tant Thomme aime à se déplacer.
Vous verrez souvent les grands seigneurs jouer les rôles de valets, de paysans, d'hommes du peuple, lorsque les artisans, au contraire, seront fiers de représenter des rois, des empereurs et des gens du monde.
Voilà ce que dit Mercier sur les théâtres bourgeois dans son Tableau de Paris.
Théâtres Bourgeois. 391
a Amusement fort répandu qui forme « la mémoire, développe le maintien, « apprend à parler, meuble la tête de « beaux vers, et qui suppose quelques a études. »
Je ne serai pas toujours de Tavis de Mercier. Continuons:
« Ce passe-temps vaut mieux que la « fréquentation des cafés, l'insipide jeu « de cartes et Toisiveté absolue.
m On pense bien que ces acteurs, qui « représentent pour leur propre divertis- « sèment, ne sont pas assez formés pour « satisfaire l'homme de goût; mais en « fait de plaisirs, qui rafBne a tort. Pour t moi, j'ai remarqué que la pièce que je a connaissais devenait toujours nouvelle a lorsque les acteurs m'étaient nouveaux. « Je ne sais rien de plus fastidieux que « d'assister à une troisième et quatrième « représentation par les mêmes comé- « diens.
a Je n'ignore pas qu'on y déchire sans « miséricorde les chefs-d'œuvre des au-* « teurs dramatiques, qu'on y estropie
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« les airs des meilleurs compositeurs, que « ces assemblées donnent lieu à des « scènes plus plaisantes que celles que « Ton représente. Et tant mieux I le « spectateur s'amuse à la fois de la pièce « et des personnages.
« On joue la comédie dans un certain « monde, non par amour pour elle, mais « en raison des rapports que les rôles « établissent. Quel amant a refusé 0 Orosmane ? et la beauté la plus « craintive s'enhardit par le rôle de « Nanine,
« J'ai vu jouer la comédie à Chantilly « par le prince de Condé et par Madame « la duchesse de Bourbon; je leur ai « trouvé une aisance, un goût, un naturel « qui m'ont fait grand plaisir ; vraiment, « ils auraient pu être comédiens, s'ils ne « fussent pas nés princes.
« Le duc d'Orléans, à Sainte-Assise, « s'acquitte aussi très bien de ses rôles « avec facilité et rondeur. La reine de « France, enfin, a joué la comédie à « Versailles, dans ses petits appartements.
Tliédtres Bourgeois, 293
c N'ayant pas eu l'honneur de la voir, je a n'en puis rien dire.
« Ce goût est répandu depuis les hautes « classes jusqu'aux dernières, il peut « contribuer quelquefois à perfectionner «r l'éducation ou à en réformer une mau- «c vaise, parce qu'il corrige tout à la fois « l'accent, le maintien et l'élocution.
« Mais cet amusement ne convient qu'aux « grandes villes, parce qu'il suppose dé)à « un certain luxe et des mœnrs peu rigi* « des. Gardez-vous toujours des repré- « sentations théâtrales, petites et sages « républiques, craignez les spectacles, « c'est un auteur dramatique qui vous le « dit. »
On me permettra de ne pas être en tout point de l'avis de Mercier, malgré l'autorité de J.-J. Rousseau qu'il avait pour lui, lorsqu'il signale le théâtre comme un amusement dangereux... Les mauvais spectacles... oui; les pièces immorales, d'accord ; mais de bons ouvrages et de bons acteurs n'offriront jamais de dangers pour le peuple. Je ne crois pas néan-
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moins que la comédie corrige les hommes mais si elle ne les rend pas meilleurs, elle ne les rendra pas plus mauvais. Je ne
parle ici que des représentations
C'est un auteur de vaudevilles qui le dit
Lorsque Mercier faisait ces réflexions, il n'avait vu que de bons spectacles bourgeois; s'il avait assisté aux saturnales dont nous avons été témoins plus tard, ' il aurait parlé autrement.
Encore une fois, je ne pense pas, comme le dit Mercier, que le goût de la comédie donnera des manières à ceux qui n'en ont pas, ou qu'il fera l'éducation de certaines gens ; il faut, selon moi, que les personnes qui s'y livrent aient reçu une certaine éducation, qu'elles aient des manières déjà faites ; autrement, elles auront beau se donner beaucoup de peine elles ne seront jamais que ridicules, si elles ne sont pires
Parmi les anecdotes qu'il cite comme étant arrivées dans les petits théâtres bourgeois, en voici une assez comi-
Théâtres Bourgeois. 295
que et qui rentre dans mes idées :
« Un cordonnier habile à chausser le pied mignon de toutes nos beautés, et renommé dans sa profession, chaussait le cothurne tous les dimanches. Il s'était brouillé avec le décorateur du théâtre.
Celui-ci devait pourvoir la scène, au cinquième acte, d'un poignard et le poser sur Tautel ; par une vengeance malicieuse, il y substitua un tranchet» Le cordon* nier-prince, dans la chaleur de la déclamation, ne s'en aperçut pas d'abord, et voulant se donner la mort à la fin de la pièce, il empoigna, aux yeux des spectateurs , le malheurex tranchet qui lui servait à gagner sa vie. Qu'on juge des éclats de rire qu'excita ce dénouement, qili ne parut pas tragique 1 Le cordonnier renonça à sa carrière d'acteur, et fit bien. >
« Sous le règne de Louis XV, dit Dulaure, la cour et Paris étaient possédés parla manie des spectacles. On ne donnait point de fêtes sans y faire intervenir des décorations, des scènes théâtrales ; la
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plupart des maisons royales étaient pourvues de théâtres où Ton appelait à volonté les comédiens de Paris. »
Les princes et les seigneurs imitèrent cet exemple ; ils en eurent dans leurs maisons de ville et de campagne. Le duc d'Orléans en avait un dans sa maison de Bagnolet, fameux par les pièces nouvelles et même licencieuses qu*on y donnait. En 1760, on y joua pour la première fois, la Partie de Chasse de Henri IV^ de Collé ; le duc d'Orléans y remplissait le rôle de Michaut, et Grand val, acteur des Français, celui d'Henri IV.
Le maréchal de Richelieu avait un théâtre dans son hôtel, où, en 1762, on joua pour la première fois Annette et Lubin.
La fameuse Clairon joua chez la duchesse de Villeroi plusieurs fois en 1767 ; et Tannée suivante, le drame de Fenouillot- Falbert, VHonnête Criminel^ qui n'avait pas encore reçu la permission de paraître en public, se montra à l'hôtel de Villeroi.
Théâtres Bourgeon. 997
En 1763, le roi de Daneinarck y assista et y vit la demoiselle Clairon et Le Kain.
Le baron d'Esclapon avait £ût bfttir une salle au faubourg Saint-Germain, où les comédiens venaient jouer souvent, et où fut donné en 1767 une grande représentation au bénéfice de Mole, qui était malade.
Alors on parlait beaucoup du théâtre de la Folie^Titoity sur lequel, en avril 1 762 fut donnée une représentation d'An^ nette et Lubin^ pièce jouée souvent dans des spectacles de société avant d'être représentée sur les théâtres publics.
La duchesse de Mazarin avait dans son hôtel un théâtre sur lequel, en septembre 1769, on représenta devant la princesse Madame la Partie de chasse d* Henri I V. Cette pièce fut jouée par des acteurs du Théâtre-Françaiç.
La fameuse Guimard, dknèeuse de rOpéra, célèbre pay son liixe, "sa maigreur, ses grâces, par quelques actes de
bienfaisance et par sesamants^tav^it dans IL i3.
agS Petits Théâtres de Paris,
sa maison de campagne, à Pantin, une salle de spectacle où fut jouée, en 1772, une parade intitulée Madame EngueuUe; elle avait aussi un théâtre à Paris dans son hôtel de la Chaussée-d'Antin *, dont l'ouverture se fît solennellement, au mois de décembre 1772, par /a Partie de chasse d* Henri IV^ qui était alors la pièce en vogue dans les théâtres de société. On devait jouer pour petite pièce la Vérité dans le Vin^ comédie un peu gaillarde.
Mais l'archevêque de Paris s'étant donné beaucoup de mouvement, en empêcha la représentation ; pour être en paix avec lui, on substitua à cette pièce une paotomime intitulée Pygmalion **.
C'est pour le théâtre de la Guimard
'* .Cet hôtel, situé à rentrée de la rue de la Chaussée -d*Antin, n" 9, et construit par l^architecte Ledoux , fut nommé le Temple de<Terp$ichore. Après la mort de la deJSi^iseiie Guimard, il eut successivemeat pour propriétaires MM. Ditmer, Perregaux, Lafïîte, etc: "'*' • •* Histoire de Paris, ^9S Dulaore.
Théâtres Bourgeois. 299
que CoUé composa les pièces codteaue3 dans son théâtre de Société. Laborde, premier valet de chambre du roi, se char-* geaît de diriger le spectacle.
Heux courtisanes célèbres appelées les demoiselles Verrière, avaient deux salles de ^ectacle, l'une à la ville, Tautre à la campagne» Colardeau et. La Harpe corn* posèrent exprès quelques pièces poui' ces théâtres, et tous les deux y jouèrent des
rôles*
Un- sieur de Magnanviile avait aussi, dans ^on château de Chevrette, un su*perbe. théâtre où jbuaient plusieurs dames de la cour» La comédie de Jean-Jacques Rousseau, l'Engagement téméraire^ y fut représentée en 1748.
Le prince de'Condé avait un- théâtre à Chantilly^ la dame Dupin à .Ghénont ceau.
Ces théâtres particuliers, dont Dubure nei £siit qu'indiquer les plus connus, et où jouaient les meilleurs comédiens des grands théâtres, occasionniaient souvent leur absence, et frustraieat le public
3oo Petits Théâtres de Paris.
d'un plaisir qu'il payait. Aussi, en 1768, défense fut faite aux comédiens français et italiens de jouer sans permission ailleurs que sur leurs théâtres.
Cette défense obligea les amateurs à jouer eux-mêmes.
Dès lors la manie du théâtre s'empara d'une multitude de jeunes gens de toutes les classes, chaque quartier, chaque faubourg de Paris eut sa société bourgeoise.
Après la Terreur, lorsque l'horizon se fut éclairci, une époque a été remarquable par le nombre des théâtres bourgeois qui s'étaient établis à Paris. Je veux par* 1er de la fin du Directoire et des premiers temps de l'Empire, c'est-à-dire de 1798 à
On comrptait plus de deux cents théâtres bourgeois elistant dans la capitale ; il y en avait dans tous les quartiers, dans toutes les rues, dans toutes les maisons; il y avait le théâtre de l'Estrapade, celui de la Montagne-Sainte-Geneviève, ceux de la Boule-Rouge, de la rue Montmartre, de la rue Saint^Sauveur, du cul-
Théâtres Bourgeois, Soi
de-sac des Peiatres^ de la rue Saint-Denis, du faubourg Saint-Martin, de la rue des Amandiers, de la rue du Grenier-Saint- Lazare^ etc. On jouait la comédie dans les boutiques des marchandes de vins, dans les cafés, dans les caves, dans les gre* niers, dans les écuries, sous des hangars« La fureur du théâtre s'était emparée de toutes les petites classes de la société, cela se gagnait, c'était épidé* inique, une influen^a^ une grippe, un choléra dramatique l
Toutes les petites boutiquîères aba ndonnaient leur comptoir pour jouer la comédie; les grisettes, les modistes, les cou* turières, les cuisinières même laissaient brûler le rôt pour aller à une répétition, toutes perdaient leur temps à apprendre des rôles qu'elles ne savaient jamais. J'ai connu des maris, des pères et mères bien malheureux de voir leurs femmes, leurs fils, leurs filles, négliger leur ménage ou leur commerce, pour courir, monter, ce qu'on appelle, en style de coulisses, des parties.
3o2 Petits Théâtres de Paris,
De la petite boùiig^oisie, ce goût était desc^idu ' jusqués <^z ies ouvriers»
Les coiBpagBons serruriers^ les étaliers bouchers, les ferblantiers, les boisseliers, quittaleni leurs forges, leurs boucheries, leurs marteaux^ pour courir, chez ie direo teur ou le costumier ; ils perdaient souvent un .ou de'ux'joiirs de la seÉuaine, sens compta Taisent Qu'ils dépensaient pdùr ayoir.' le. triste plaisir d'amuser à ^rs dépens. Que .j'ai vu de choses bouffonnes dans ces malheureux endroits L...
J-ai vu deâ A^amemnons aux 'mains cal- Uusesi des- Iphigéni^s avec des engelures aux doïgtSi des CéUmènes . en bas troues; i'ai vu jouer VAbhié 4fi VÉpéc par un jeune homnïe de quinze ans, et le Jeune Sourd-muet par uioe portière qui en avait au moins; cinquante; j'ai vu jouer le Séducteur par un homme qui avait deux pieds-bots *, le Glorieux par un malheu* reux dont la taille avait à peu p^ès qua->
Historique*
Théâtres Bourgeois, 3o3
tre pieds et demi, et le Babillard par un
bègue!...
Cette fièvre, qui dura plusieurs aaaées, était devenue inquiétante, et jeta au tbéâ* tre un grand nombre de comédiens détestables. Si l'art de la comédie est une belle et noble chose en soi, il £iut conv^ nir qu'il est bien triste de voir des gens sans éducation préalable, sans vocation, sans physique, sans extérieur, sans Toix« sans gestes, sans tenue, venir sur une scène réciter les vers de Corneille et de Molière, de subir des chanteurs à voix de rogomme, d'entendre à chaque mot la langue outragée ! Oui, ie le répète, la comédie est un art divin, sublime, entrai* nant; mais il faut que les geos qui s'y livrent aient, comme a dit le sieur Nicolas Boîleau, « Finfluence secrète. »
Autrement, ce n'est plus qu'une triste plaisanterie, utie dérision, une mascarade» et mieux vaudrait n'avoir jamais vu lever un rideau de sa vie, que d'assister U ces représentations qui deviennent scanda^ leuses.
3o4 Petits Théâtres de Paris,
A côté de ces choses ridicules, il y avait des théâtres bourgeois où l'on s'amusait beaucoup, et où le goût de l'art se développait souvent avec succès. Un théâtre de société qui a joui d'une grande vogue pendant près d'un demi-siècle fut celui qui avait été fondé par Doyen avant la Révolution.
Doyen avait été peintre]- décorateur et ne manquait point de talent, mais il portait le goût du théâtre jusqu'au fanatisme.
Doyen, a été un homme trop marquant dans l'histoire du théâtre pour que je n'en entretienne pas mes lecteurs.
Doyen quant au physique, était petit, trapu, avec d'énormes mollets ; des sourcils épais et noirs recouvraient ses paupières, son .œil brillait quand on parlait comédie. Sa mise est demeurée celle de l'ancien régime tant qu'il a pu la conserver ; il portait l'habit qoqpé ^ la mode dç 89, la culotte Courte, les bas de soie chifiésvl&gilet à eâilé$, là jabot, les souliers à boucles, et le chapeau à cornes, qu'il
Théâtres Bourgeois. 3o3
n'a quitté qu'en 1820, mais en désespoir de cause.... aussi, le iour où il se décida à prendre le chapeau rond, il disait avec ironie et en affectant de sourire :
— Vous voyez , je fais le jeune homme!
Doyen avait fait de sa femme et de ses enfants des comédiens bourgeois ; il ne voulait pas que personne dérogeât chez lui, tout ce qui était étranger à Tart dra* matique paraissait ne pas le regarder ; il avait étudié, approfondi le glossaire du théâtre ; les mots coulisses, châssis, por* tants, toile, décors, rampe, répétitions, répliques, entrées, sorties, etc., lui étaient familiers; quant aux autres termes de la langue française, il s'en embarrassait fort peu, et ne s'en servait que pour les besoins matériels, les choses absolument nécessaires à la vie ; il faut bien demander à manger, à boire, à dormir.... sans cela Doyen aurait méprisé ces mots comme il méprisait tout ce qui n'avait pas de rapport au théâtre.*. Il mettait Fleury bien au-dessus de
3o6 Petits Théâtres de Paris»
Louis XIV, et Talma lui semblait plus grand que Napoléon.
On a cité beaucoup d'anecdotes sur Doyen : une scène unique dans les annales des comédiens de société est arrivée chez lui, il y a de cela plus de trente ans. Une bouchère de la- rue du Temple et une charcutière de la rue Notre-Damede-Nazareth voulurent essayer de monter sur les planches. Elles apprennent chacune un rôle, je ne me rappelle pas la pièce dans laquelle elles devaient jouer ; tout ce que je sais, c'est qu'elles entraient toutes les deux à la première scène. C'était un dimanche, les voisins et les voisines du quartier avaient obtenu des billets gratis (dans ce temps-là on ne les vendait pas encore). Doyen frappe les trois coups d'usage, un silence profond règne dans la salle, la toile se lève; la bouchère et la charcutière entrent en scène ; l'une jouait l'amoureuse et l'autre la soubrette. A peine sur le théâtre, un embarras subit s'empare de nos deux marchandes, la panique les
Théâtres Bourgeois. Soy
gagne, elles restent plusieurs minutes sans parler : c'est en vain que le souffleur se démène dans son trou, nos deux comédiennes n'ouvrent point la bouche, un mutisme complet les avait saisies ; enfin, Tune prend la parole, je crois que ce fut la bouchère, et k colloque suivant s'établit devant le public :
— Voyons, parlez donc, madame Dumont 1 — Mais c'est à vous, Madame Du* puis!... — A moi!... vous voulez rire !...
— Je vous dis que c'est à vous!... — Comme vous voudrez, Madame Dupuis, mais je ne parlerai pas. (Ici le public commençait à rire,) — Mon Dieu 1 disait la bouchère, je vais me trouver mal !..,
— Je vais avoir un étourdisse ment, disait l'autre...
Et Fon entendait le bon Doyen, dans la coulisse, qui criait : « Allons donc !... parlez donc ! c'est indécent!... » Rien ne pouvait faire dire aux deux femmes un seul mot de leur rôle... Le public, qui avait ri jusque-là, se fâcha, et les sifflets se firent entendre. Alors les deux actrices
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se mirent à parler ensemble avec une telle volubilité que d*abord on n'entendait que des sons vagues : mais bientôt la colère s'emparant d'elles, les gros mots arrivèrent :
— Madame, c'est affreux ! — Madame c'est abominable ! — Madame, quand on est aussi bête que vous, on ne joue pas la comédie ! — Madame, vous êtes une impertinente 1 — Vous en êtes une autre! — Vous n'êtes qu'une poissarde I — Vous n'êtes qu'une harengère l
Ici la chose allait devenir sérieuse, lorsque Doyen vint séparer les deux championnes, qui se disputaient encore dans la coulisse. Doyen proposa de jouer à la place de l'ouvrage annoncé Dupuis et Desronais^ car c*était une de ses pièces de prédilection, toutefois, après le JPAiloctète de M. de La Harpe, qu'il affectionnait beaucoup, et dans lequel P/riloctète sa voix de tonnerre faisait vibrer la salle. Quand Pyrrhus lui disait :
Quelle soudaine atteinte,
Seigneur, de votre sein arrache cette plainte ?
Théâtres Bourgeois. 309
Viens... je te suis... Ah ! dieux !...
Que leur demandez-vous f...
De nous ouvrir la route et de veiller sur nous !•• Dieux!...
c'était effrayant.
Le nombre des jeunes acteurs qui se sont essayés chez lui est incalculable.
Doyen était la comédie vivante, le théâtre fait homme... Quand on lui citait un acteur qui avait réussi, soit à Paris, soit en province, il se haussait sur la pointe du pied, se dandinait avec un air de satisfaction, et disait en passant la main sur son front: < Je crois bien» c'est un de c mes enfants, c'est chez moi qu'il a «t commencé, il ne savait ni parler ni « marcher. 9
Du reste, beaucoup d'acteurs d'un grand talent ont joué chez Doyen: Huet, Ligier, Bocage, David, Féréol, Beauvallet, Allan, Auguste, Paul, et Amal, Tacteur du fou-rire ; mesdames Guérin, Gersay, etc., etc. Doyen a vu se renouveler chez lui deux ou trois générations de comédiens.
3 10 Petits Théâtres de Paris,
Son nom était répété partout où il était question de comédie. Il a été la providence du théâtre, sa mort a laissé un grande vide chez les amateurs de spectacles. Doyen aimait le théâtre par passion. On ne voit pas en un siècle deux hommes semblables. Voici une autre anecdocte dont je fus témoin.
En 1801, il existait rue Montmartre, vis-à-vis le passage du Saumon, un nourriceur qui possédait une grande quantité d'ânesses; on sait que ces excellentes bêtes portent matin et soir leur lait bienfaisant aux personnes attaquées de la poitrine.
Dans une espèce d'étable voisine de celles où logeaient les ânes, les vaches, les veaux, les moutons, on avait construit un petit spectacle bourgeois. Un soir que Ton donnait sur ce théâtre une représentation de VIphi génie de Racine, au moment où Agamemnon entrait en scène et disait :
Oui, c*est Agamemnon, c'est ton roi qui t'é-
[veille, Viens, reconnais la voix qui frappe ton oreille.
Théâtres Bourgeois, 3 1 1
un détachement d'ânesses qui partaient pour se rendre chez leur malade se mirent à braire, mais d'une façon si forte et si peu en mesure, que la salle de spectacle en trembla sur sa base. Les spectateurs ne purent s'empêcher de rire ; mais voilà qu'aussitôt, les veaux, les moutons, les vaches qui étaien( restés à Tétable, joignirent leurs voix discordantes à celles des ânesses qui étaient dans la cour, si bien que, pendant un quart d'heure, on fut obligé de suspendre le spectacle ; on pense que toute la tragédie se ressentit de l'événement, car de temps en temps on entendait le timide bêlement d'un mouton ou le mugissement triste et caverneux d'une vache ou d'un veau. Ces sortes d'accidents arrivaient souvent dans ce théâtre. Oublier les costumiers en faisant la chronique des théâtres, ce serait faire la carte de France en sautant par-dessus Paris. Il y en avait un bon nombre alors; les principaux étaient Babin, Lamant, Nadé, Mathieu, et plusieurs autres dont les noms m'échappent.
3 12 Petits Théâtres de Paris.
Babin eut une grande réputation pour les sociétés bourgeoises et les petites administrations pauvres en magasins... il a dans tous les temps été bien assorti, et ses costumes étaient riches et variés.
Babin ne fut pas que le costumier des gens de théâtre, il fut aussi celui des gens du monde. Plus d'un solliciteur de pré» fectures, plus d'un coureur de recettes générales est allé chez lui louer un habit de cour pour assister au bal des Tuileries et de l'Hôtel-de-Ville, habit qui la veille avait été sur le dos d'un acteur bourgeois.
Mais un costumier original, dont le nom est oublié depuis longtemps, a joui d'une grande célébrité sous le Directoire et le Consulat ; ce brave homme s'appelait 5arajfi«, et demeurait rue Saint-Martin ou Saint-Denis en 1800, la rue ne fait rien à l'affaire. On ne manquait jamais de saluer le père Sarazin avec ces vers de Scarron...
Sarazin, Mon voisin.
Théâtres Bourgeois. 3 1 3
Cher ami.
Qu'à demi Je ne voi.
Dont, ma foi, J^ai dépit^ etc.
C'était un brave homme, mais d'un comique achevé... Ses costumes n'étaient pas tous de la première fraîcheur^ mais il en avait en quantité. Il en avait tant, que deux immenses salles avaient peine à les contenir.
Jamais vous ne pouviei prendre ce brave homme au dépourvu, même aux jours du carnaval... Quand ses confrères manquaient de costumes, lui en avait encore à révendre, je veux dire à louer.
La bonne madame Saraxin avait toute la journée l'aiguille à la main, afin de métamorphoser les costumes ; cette bonne femme travaillait comme une fée, et faisait le contraire de Pénélope, elle défaisait le jour l'ouvrage de la nuit... car elle possédait le secret de faire et de défaire les costumes à volonté, selon les exigences ou les besoins des pratiques... Elle a II. 14
3 14 Petits Théâtres de Paris.
opéré des prodiges en ce genre... D'un manteau de Scapin, elle faisait un manteau court à l'espagnol en le bordant avec un petit galon d'or... D'un habit de Cassandre, elle en confectionnait un qu'elle donnait pour jouer Turcaret,., Elle louait un habit de décrotteur à paillettes pour représenter le comte Âlmaviva... La robe d'Iphigénie servait à jouer Euphémie des Visitandines ; elle y faisait un rempli, et donnait une guimpe pour compléter le costume*. • Quant au Père Sarazin, il avait réponse à tout ; lorsqu'on lui disait: « Voilà un habit qui est bien fripé, bien fané... 9 il répondait avec fierté : « Diable 1 vous êtes bien difficile! M. Baptiste aîné a joué le Glorieux avec au théâtre du Marais... », Ce qu'il y avait de comique dans ce magasin, c'est que tous les costumes y étaient jetés pêle-mêle.
C'était un effroyable caphamaum; il y avait des jours où les habits étaient tellement mêlés, que le père Sarazin était obligé de prendre une grande fourche en bois pour les remuer.
Théàtret Bourgeois. 3 1 5
Un soir, un jeune ouvrier qui devait jouer Tours dans les Chasseurs et la Laitièrey alla chez Sarazin pour louer un costume. A force de remuer des vestes d'Arlequins, des pantalons de Gilles, des manteaux de Crispins, etc., on finit par découvrit la peau de Tours entre la veste d'Ambroise et le manteau de Porsenna.
— « Tenez, dit Sarazin, prenez, jeune « homme, c'est cette peau d'ours qui a « servi au théâtre Italien quand on y a « remonté la pièce de feu Anseaume .. t Car ce costumier modèle avait toujours une heureuse citation à faire pour se dé« barrasser de ses costumes ; à Tentendre, ils avaient toujours appartenu à Brizard, à Préville, à Dugazon, à Mesdemoiselles Colombe, Carline... ou à d'autres comédiens célèbres...
Le jeune homme prend donc de con-* fiance la peau de Tours, la met sous son bras, mais voyant que la tête manquait, il la demande au costumier, on fait des recherches partout, et Ton trouve enfin une tête d'animal. Le jeune homme allait
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partir, lorsqu'il s'aperçoit qu'au lieu d'une tête d'ours on lui a donné une tête de loup ; il fait remarquer l'erreur, ajoutant qu'il est impossible qu'il joue ainsi le personnage dont il est chargé... Le père Sarazin ne se démonte pas, le rassure et lui dit : c Allez, jeune « homme, allez, n'ayez pas peur, rien ne c ressemble à un ours comme un loup... « et puis le soir, on n'y fera pas atten- « tion... d'ailleurs, on l'a joué vingt fois «c comme çà à TOpéra-Comique ; deman* « dez plutôt à M. Dozainville?... •
Jusqu'en 1 807, le goût de la comédie bourgeoise continua de posséder les classes les plus minimes ; mais à cette époque, le gouvernement s'étant aperçu du danger qu'il y avait de tolérer plus longtemps tous ces endroits où véritablement grand nombre d'honnêtes ouvriers allaient perdre leur temps et dépenser leur argent, ordonna que tous seraient fermés... Il y avait, il faut le dire, d'étranges abus alors; on ne saurait croire l'argent qui serépan* dait dans tous les petits spectacles bour-
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geois qui existaient à Paris. Dans de certains, on donnait quatre sous en entrant, c'était devenu une spéculation» et il £d«» lait voir quel public et quels acteurs!... Cela faisait trembler, c'est là qu'il y avait péril pour la société.. • Je ne verrais aucun inconvénient à ce que Ton tolérât quelques salles de spectacle où des jeunes gens auraient le loisir de jouer pour en faire un simple amusement : mais je ne voudrais point, dans aucun cas, qu'on fit payer personne... D'abord parce que les théâtres bourgeois où l'on paye nuisent à ceux qui sont obligés de payer des acteurs et de donner une partie de leurs recettes aux pauvres.
Lorsque Paris fut purgé de tous ces tristes endroits, les gens de qualité et les gens riches reprirent les habitudes de l'ancienne cour.
L'impératrice Joséphine voulut aussi jouer la comédie à Saint-Cloud, les princes et les maréchaux devaient avoir les rôles dans les grandes pièces, et le vaudeville y aurait été chanté par les dames d'hon-
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neur, les chambellans et les auditeurs au conseil d*État : le vaudeville était assez bon pour ces Messieurs et ces Dames.
Un soir que l'on donnait spectacle bourgeois au château, la salle était garnie de tout ce qu'il y avait de mieux à la cour. Joséphine, qui jouait un grand rôle, parut ; alors un silence approbateur remplaça les applaudissements que l'étiquette ne permettait pas de faire éclater dans un si haut lieu; Vers la fin de la pièce, au moment où Joséphine venait de déclamer une tirade qui avait produit beaucoup d'effet, un coup de sifflet se fît entendre, l'étonnement fut général. Mais quand Joséphine voulut continuer, un second coup de sifflet plus fort que le premier partit du fond de la salle. Plusieurs personnes se levèrent pour découvrir l'irrévérent qui osait siffler l'impératrice ; soudain Napoléon sortit brusquement d'une petite loge où il s'était placé pour n'être pas vu, et dit tout haut: « Il faut avouer que c'est impérialement mal joué! » Il se retira, et tout le monde garda le silence.
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Lorsque Napoléon se retrouva seul avec Joséphine, il la blâma de s'être ainsi montrée en public. Joséphine lui répon* dit : c La reine Marie-Antoinette a bien joué la comédie à Trianon devant toute sa cour. — Elle a peut-être eu tort, répondit Napoléon ; Louis XIV dansait luimême dans les ballets à Versailles, mais il cessa de le faire lorsque les beaux vers de Racine lui eurent montré combien un pareil passe temps était peu digne d'un roi. 9
Je crois avoir lu quelque part qu'une aventure semblable était arrivée à Trianon lorsque l'infortunée Marie-Antoinette voulut aussi jouer la comédie.
Un soir que la reine, le comte d'Artois, le prince de Bourbon et d'autres grands seigneurs étaient en scène, Louis XVI qui s'était caché dans un coin de la salle, se mit à siffler très fort et dit en riant : < Voilà de bien mauvais comédiens ! »
Mais ce n'était qu'une répétition générale à laquelle assistaient les intimes de
la cour.
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Lorsque Marie-Antoinette s'aperçut que son goût pour la comédie déplaisait à Louis XVI, elle renonça volontiers à ce plaisir, qui du reste était fort innocent. L'orage commençait à gronder...
Pauvre reine l
L'archi-chancelier de l'empire Camba* cèrès faisait jouer la comédie chez lui; le comte Regnault de Saint-Jean*Ki'Angely avait dans sa maison de campagne, située dans l'ancienne abbaye du Val, une salle de spectacle. Mais là, ce n'étaient pas les grands seigneurs qui remplaçaient les acteurs^ ils se Êedsaient jouer la comédie devant eux.
Ce fut pour une fête donnée au Val que Désaugiers composa avec feu Arnault, l'auteur de Marins à Minturnes^ son vaudeville intitulé: Cadet Roussel Estur-* geottf sujet tiré d'un chapitre de Lazarille de Tormès.
Arnault était un homme de beaucoup d'esprit, il se montrait grave ou gai selon la circonstance; ses fstbles, qui sont char* mantes, prouvent chez lui une grande
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flexibilité de talent. Désaugiers m'a dît souvent que l'auteur tragique, le conseiller de l'Université, avait fourni sa bonne part de collaboration dans Cadet Roussel Esturgeon *. Cette folie fut jouée au Val par Potier, Brunet, Lefèvre et l'excellente Élomîre, si bonne, si vraie dans le Départ pour Saint-Malô, La pièce amusa beaucoup les hauts personnages qui assistaient à la fête du Val. C'était dans cette parade que l'on prenait Cadet Roussel (Brunet) dans un filet, et que le bailli (Potier] l'interrogeant lui adressait gravement les questions suivantes :
— « Comment vous nomme-t-on ?
— « Cadet Roussel.
— « N'avez-vous pas été merlan ?
— « Oui, Monsieur le bailli, à la fon- « taine des Innocents **.
* HegnaultdeSaint-Jean-d'Angely n'a pas travaillé à cette pièce, ainsi qu'on l'a imprimé dans quelques journaux.
•♦ Cadet Roussel barbier à la fontaine des , Innocents^ par Aude.