LE VAUDEVILLE
(rue de CHARTRES.)
CE chapitre débute de la manière suivante dans la deuxième édition :
« Avant que ce théâtre fût établi, le genre du Vaudeville n'en avait pas eu de permanent ni de spécial à Paris. L'Opéra-Comique de la foire Saint-Laurent, où l'on avait joué les premiers vaudevilles de Panard, de Piron, de Favart, de Vadé, de Le Sage, de Dorneval^ de Fuzelier, d'Anseaume, et de
Notes et Variante. 461
tant d'autres^ ayant été réuni aux Italiens^ le Vaudeville y fut successivement subordonné aux pièces italiennes, aux pièces à ariettes, et aux comédies ou drames, qui finirent par le persifler.
« Un couplet de Sedaine que i*ai rapporté dans la chronique de la Comédie-Italienne fut, ainsi que je l'ai dit, la cause de l*é* tablissement du théâtre de la rue de Chartres.
« Piis et Barré avaient donné, dans l'espace de dix ans, seize vaudevilles, dont trois surtout : la Veillée villageoise^ les Amottrs d'été et les Vendangeurs, avaient valu plus de cent mille écus au théâtre de la rue Mau<* conseil et n'avaient rapporté à leurs auteurs qu'environ douze cents francs.
« Piis ayant sollicité de la Comédie-ltalienne une pension modique, qui lui fiit refusée, conçut, en 1790, Tidée de transporter son répertoire sur un autre théâtre; il communiqua son plan à un riche négociant, M. Delporte, et ensuite à Rozières, acteur de la Comédie-Italienne. M. Delporte s'étant retiré, un commissaire-priseur nommé Monnier lui fut substitué, s
Brazier a ajouté les détails complémen-
462 Peiits Théâtres de Paris.
taîres suivants dans sa deuxième édition : « L'association primitive existait ainsi composée : Banéy Monnier et Chambon, qui s'adjoignirent Rosières et Pîis. Ces deux derniers avant des affaires embarrassées, ne figurèrent pas en nom. Monnier mit dans l'entreprise So^ooo francs, Chambon, 3o,ooo firancs ; on emprunta 60,000 francs (le tout en assignats). Les associés se partagèrent les diflerentes branches de l^dmînistration et s*allouèrent des appointements. Barré eut le titre de directeur, Monnier celui d'inspecteur géuéral et de directeur^adjoint ; à Chambon échut la caisse ; à Rosières, la place d*instituteur-réçisseiar ; Pîis devint secrétaire. Trois ans après (l'an III), la société se mit en commandite. Les actions, au nombre de cent vingt-six, se vendirent 5,ooo francs (assignats) ; plus tard, on les régla à i ,000 francs (en argent).
« Les fondateurs et Temprunt furent remboursés à la création des actions ; on joua donc le premier jour, les deux Panthéons, on ne donna que cette pièce ; toute la troupe parut dans l'ouvrage, qui fut très mal joué et sifflé, comme jamais on ne siffla de mémoire théâtrale, l^s machines manquèrent.
Note$ et Variante». 4b3
Les acteurs qui, pour la plupart, n*avaient
encore paru que sur des théâtres de société,
ne purent soutenir cette longue et méchante
production, qui n*était cependant pas dépour*
vue d^esprit, mais qui avait le malheur
d'être d^une longueur et d^un ennui mortels.
Mon nier perdit la tête. Barré se sauva,
Chambon demeura anéanti. Rosières seul
conserva quelque espoir et beaucoup de
présence d*esprit, ranima le courage de ses
associés, composa le spectacle pour le lende*
main^ et le Vaudeville compte quarante-six
années de prospérité.
c Piis, Barré, Radet, Desfontaines, les deux Ségur, Prévost dlray, Desprez, Demeaufort, Davrigny, Bourgueil,etc.;
« Arlequin afficheur, la Revanche forcée, Piron avec ses amis, la Matrone d'Ephèse, Colombine mannequin ^ le petit Sacristain, les Solitaires de Normandie, la Négresse, Nice, imitée de Stratonice, Arlequin Cruello, parodie d'Othello, etc., etc., composèrent le répertoire de la première année.
«Desfontaines, Deschamps et Desprez ont beaucoup travaillé pour ce théâtre^ ce qui fit dire aux faiseurs de calembourgs que le Vaudeville était une charmante maison de
464 Petits Théâtres de Paris.
campagne^ où Ton trouvait des champs, des prés, des fontaines.
« L'histoire de ce spectacle est Tune des plus curieuses, car elle embrasse à elle seule quatre époques bien distinctes : 1793, Tempire, la restauration et la révolution de i83o.
c La troupe qui s'était montrée très faible d'abord, ne tarda pas à devenir excellente. Le talent y était, Tensemble seul manquait aux artistes. »
A propos de la pièce V Auteur d*un moment et de Léger qui Pavait composée et qui en représentait le principal rôle, Brazier cite le fait suivant dans sa deuxième édition :
« Chénier a gardé rancune au vaudevilliste; dans sa satire du docteur Pancrasse, il dit:
f Je ne te cite point, Langlois, ni Baralère, « Ni Léger le niais, ni l'obscur Souri-
[guière, etc. »
Dans son discours en vers sur la calomnie,
on trouve encore :
« Le stupide Léger veut remplacer Fréron. »
Noies et Variantes. 465
La deuxième édition est augmentée du passage qui suit sur madame Desmares :
« N'oublions pas une autre charmante actrice, madame Desmares. Son jeu plein de décence» ses manières toutes gracieuses, en ont fait longtemps Tun des sujets les plus précieux du théâtre de la rue de Chartres. Elle jouait les amoureuses et les rôles travestis. Madame Desmares joignait à beaucoup de talent des qualités personnelles qui la faisaient estimer dans le monde. Elle a laissé deux fils qui cultivent avec succès les arts et les lettres. Sa fille a épousé M. Théaulon, auteur d'une foule de jolis ouvrages. »
Brazier cite dans sa seconde édition le quatrain suivant qu'il composa en Thonneur de Laujon :
«Et moi, je composai le quatrain suivant pour le vieux chansonnier qui fut mon maître et mon ami :
Laujon n'est plus, jugez de notre temps, S*ii mérite les fleurs que l'amitié lui donne Il fut auteur près de cent ans...
Et n'a dit du mai de personne.
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466 Petits Théâtres de Paris.
Bnizier a augmenté sa seconde édition des détails suivants sur l'incendie du théâtre du Vaudeville en i838 :
« Lorsque j'écrivais ces choses en i836, le théâtre du Vaudeville était, en e£Fet, menacé de démolition ; il était même question de ne lui accorder que six mois pour se pouvoir. Historien des théâtres, ma mission est de les défendre. Je ne trouvais pas mauvais que Ton pensât â transporter ailleurs un établissement dont le voisinage pouvait devenir dangereux pour le quartier ; mais je voulais que Ton donnât aux actionnaires et auxdirecteurs le temps de déménager. On ne quitte pasune entreprise théâtrale comme un appartement de garçon.
« Si un gouvernement trouve qu'une exploitation est depuis longtemps à craindre, il peut, il doit la supprimer, mais en donnant aux propriétaires de longs délais et des dédommagements en raison des sacrifices qu*ils sont obligés de faire.
« Le funeste événement qui vient d'arriver prouve qu'il faut plus que jamais que les salles de spectacle soient isolées, mais il faut aussi que la mesure soit générale.
« Puisque tous les gouvernements qui se
Nùtes et Variantes. 467
sont succédé avaient cru devoir laisser subsister la salle du Vaudeville pendant quarante-cinq ans, on avait Heu d*espérer qu'elle pouvait vivre encore quelques années. Le destin en a décidé autrement* Le mardi 18 juillet, la salle de la rue de Chartres a été incendiée ; le feu s^est déclaré dans les combles entre trois et quatre heuresdu matin.
f Voici comment un très spirituel journal rend compte de cet événement :
« La jolie petite salle du Vaudeville,où Ton tivait vu passer tant de charmantes pièces, où Ton avait ri de si bon coeur, n'est plus qu'un monceau de décombres.
« Où retrouver maintenant Tendroit où les jeunes et jolies actrices posaient leurs pas?... Comment saisir dans cette atmosphèrechar* gée d'asphyxie, le dernier écho des couplets d*Arnal, et le petit bruit des phrasescoqueties de Madame Ancelot, si bien dites par Madame Albert ^..
« On ne sait pas encore à quel endroit le feu a commencé. Et qu'importe rendroit ?... Que ce soit l'atelier des peintres, ou toute autre localité, qui ait servi de foyerà Tincendie, le fait est que le feu s'est manifesté, qu'il a envahi toute la salle ; pauvre édifice en
468 Petits Théâtres de Paris.
bois qui servait autrefois à des réunions dansantes, avant que Musard existât, monument fragile comme la contexture d'un vaudeville, et qu*aujourd*hui il n*y a sur celte scène, hier encore si riante, si prospère et si heureuse, que delà fumée et des tronçons de bois noircis...
a Le feu a pris à quatre heures du matin, d*autres disent à trois heures et demie.Aussitôt les provinciaux qui se logent dans les boyaux qui s^appellent rues de Chartres, Saint*Thomas>du-Louvre et autres, sous prétexte d*étre plus près du centre de Paris, du Palais-Royal, qui n'est au centre de rien du tout ; ces provinciaux, disonfr-nous, ont pris Talarme, et l'on ne rencontrait dans les rues que des gens en chemise, portant leurs dieux pénates sous le bras^ un sac de cuit et une valise.
« Le duc d'Orléans, le préfet de police, les colonels des pompiers et de la garde municipale, M. Fontaine, architecte du roi, se sont rendus sur les lieux; mais il était impossible de se rendre maître du feu : il a fallu employer le procédé de Samson, et écraser, les Philistins sous les colonnes du Temple.
Notes et Variantes, 469
« Le courroux du ciel s'est attaqué au Vaudeville ; les auteurs dramatiques devront faire une neuvaine. Cette calamité est, du reste, une calamité nationale. Le rire s'en va comme les dieux, comme les rots ; que va*til nous rester, hélas ? si le rire, chassé des salons, des familles, des promenades est en* core réduit en cendres dans la personne du Vaudeville i
« Toutes les forêts sont brûlées, il ne reste pas un seul arpent de forêts à ce grand propriétaire qui s*appelait le Vaudeville, tous ses pans ont été détruits ; la flamme consume encore les toits de ses maisons de campagne ; il ne lui reste pas le plus petit salon doré, pas la plus petite mansarde pour recevoir les comtesses de la régence et les grisettes de i838«
a Parmi les gens qui se sont dévoués, personne n'a péri ; c'estencore une consolation: tout le monde a déploré ce fatal événement, tout le monde, excepté la province, qui jouira pendant quelques mois, et d'une ma* niére inespérée, des talents de cette troupe, qui ira attendre à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, qu'on lui ait bâti un nouveau théâtre, pour régner encore et se faire applaudir. »
470 Petits Théâtres de Paris.
c Tout le monde a parfaitement rempli son devoir ; l'autorité a promis de venir en aide aux incendiés, il faut qu'elle se hâte, il 7 a urgence.
« Deux intérêts se trouvent en présence^ celui de la propriété et celui de Texploitation : espérons que les deux parties s'entendront dans un malheur commun.
a Les directeurs du Vaudeville ont été reçus, le jour même du désastre, par M. le ministre de Pintérieur, qui les a fort bien accueillis.
« MM. Dormeuil et Harel ont offert leurs salies aux comédiens pour y donner des représentations trois fois la semaine. Cette proposition n*a pu être acceptée.
c Des pertes plus ou moins considérables ont été faites par les comédiens, notamment par Emile Taigny, Hippolyte, Lepeintre aînéy Fontenay, et Mesdames Albert, GuiU lemin, Fargueil, Balthasar, Mayer, etc., etc.
« Le limonadier, M. Malbret, a beaucoup souffert ; cependant les glaces de son établissement, son argenterie et quelques effets ont été retirés intacts.
« Le caissier a mis sa caisse et ses registres à couvert.
Notes et Variantes, 471
« Monsieur Doche, dont le père t tant fait chanter à la me de Chartres et qui continue avec succès la réputation paternelle, a sauvé son violon de Tincendie... : c*est d'un bon augure... ; le violon du Vaudepille, c*est le drapeau du régiment...
« Le théâtre du Vaudeville, depuis 1793 « lusqu'en i838, a passé successivement en- « treles mains de Barré, de Désaugiers, puis « de Messieurs Bérard, Bohain, de Guerchy, ff Bernard Léon ; les actionnaires gouvernéff rent eux-mêmes pendant quelque temps, « mais sans succès. Enfin la direction échut « à M. Etienne Arago, qui s*est, à plusieurs « reprises, donné des associés : on a cité « MM. Bouffé, Caussade, Lauray, Dulac, « Villevielle et Dutacq. Au moment de Tin- « cendie, ces deux derniers étaient les seuls Cl associés de M. Etienne Arago. Celui-ci te- « nait la salle à loyer tout simplement.
« On rapporte que la salle du Vaudeville « soumise, il y a quelques mois^ à Tinspec* « tion de trois commissions, avait été conce damnée. M. le ministre était sur le point ce de signer un arrêté ordonnant la suspen« «r sion des représentations du Vaudeville dans « remplacement rue de Chartres ; mais
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« comme cette décision froissait des intérêts « multipliés et pouvait faire surgir des pro- « ces interminables, à force de démarches a et d'objections on avait fini par Tact jonrner et Ton demeurait dans le provi- « soire. >»
(Courrier des Théâtres, ig juillet.)
On a raconté l'anecdote suivante au sujet de rincendie :
Les événements importants n'ont jamais lieu sans que plusieurs personnes les pressentent longtemps à l'avance. Ainsi Tincen* die du Vaudeville n'a surpris personne. Une vague idée de destruction prochaine occupait la pensée publique au sujet du Vaudeville, et il n'y a pas longtemps, ce pressentiment semanifestadans des circonstances que nous allons vous conter.
On donnait, ce soir là, Renaudin de Caen et le Mari de la dame de chœurs. Dans une loge, un étranger se prélassait, tout seul, et assistant systématiquement, sans y rien comprendre, aux élans de la gaîté française. La vétusté de la salle paraissait le préoccuper beaucoup plus que tout le reste : curieux apparamment de savoir jusqu'à quel point sa vie était compromise par le plaisir dan-
Notes et VartMttes. 473
gereuz quMI goûtait dans un édifice aussi déiabréj Tétranger leva doucement sa canne Ters le plafond de sa loge et y frappa deux ou trois petits toups. Ce fut assez pour 7 causer un grand dégât et pour donner Tessor à des nuages de poussière qui s'envolèrent lente* ment vers le lustre. A Tinstant même deux ou trois cris de femmes se firent entendre, suivisdubruitdes banquettes qu*on renversait des portes de loges qu'on ouvrait précipitamment, des couloirs qui gémissaient sous les pas des fuyards.Tout le monde avait pris ces trois petits coups pour le bruit d'un écrou* lement, et la poussière sortie de la loge pour les premières fumées de T incendie. Uétran* ger, cependant ne bougeait pas, et regardait émerveillé le tumulte soudain dont il était la cause involontaire.
Arnal était en scène en ce moment : stupéfait de cette inattention, de ce bruit, de cette fuite soudaine^ il contemplait les loges avec la physionomie effarée que nous lui con* naissons tous, et ce regard si parfaitement inintelligible dont la nature Ta doué. La méprise générale ne lui avait pas échappé. Il se risqua donc à venir modestement au bord de la rampe demander pourquoi on s*en allait.
47 Petits Théâtres de Paris.
— C'est le feu ; le théâtre brûle^ lui criaiton de toutes parts. Et quelques spectateurs, déjà debout sur les banquettes, ajoutaient avec la plus amusante fureur: *
-^ Comment ne rassure-t-on pas le public ! C'est indigne! — Qu*on rassure le public !
Alors Arnal eut une belle inspiration : boutonnant son habit bleu avec un mouvement de généreuse colère, et passant noblement la main dans ses cheveux :
— Ah ça! s'écria-t-il! croyez-vous donc que s*il y avait le moindre danger je m'amuserais à rester là, moi ?
Nous n'avons pas besoin d'ajouter , pour ceux qui connaissent Arnal, que la frayeur générale se perdit dans un éclat de rire, dont trembla la salle, et qui fit courir au public un danger très réel cette fois.
On ignore le parti que les anciens actionnaires vont prendre,.; on pense généralement qu'ils rebâtiront une salle, mais le tempsde trouver un terrain,., de s'entendre... et de réédifier, tout cela sera Taffaire d'une année au moins... Que deviendront les artistes en attendant ?..
Quant à moi, pauvre chansonnier.., j*étais loin de m'attendre, quand je donnais dans la
Notes et Variantes, 475
première édition de cet ouvrage, l'acte de naissance de ce théâtre, si couru.., si fêté pendant quarante-sept ans, que, dans la seconde édition, je serais obligé d'enregistrer son extrait mortuaire.
Ombres de Favart, de Laujon, de Barré, de Piis, de Radet, de Ségur, de Désaugiers, consolez-vous dans vos tombeaux.. ; le Vaudeville n^est pas mort.., le Vaudeville ne peut jamais mourir en France ., il renaîtra de ses cendres.
O mon petit Vaudeville..., toi que j'ai tant aimé.*., toi, mon enfant chéri..., te voilà donc sans asile? quel sera ton refuge?... où iras-tu ?... que deviendras-tu ?•• je l'ignore...
Mais, sois-en sûr, où tu planteras ta tente, où tu feras élection de domicile, mes vœux te suivront toujours.
La CHANSON, c'est la vie pour moi.., vétéran du couplet ; c'est Tair, c'est la santé, c'est la joie, c'est tout!...
Riez de moi si vous le voulez, riez de moi tant que vous voudrez;- mais j'ai bien peur de mourir dans la peau d'un vaudevilliste.
476 PeiUs Tkédires ée Paris.
THËATRE DES VARIETES
LKft deux Grammont, le père et le fils^ se nommaient en réalité Nourrj. Le père»
Gaillaume Antoine, était né en lySo. Il arait débaté an Théâtre-Français en 1779. C'était un homme bizarre et dont le cenreau était éridemment dérangé. A la Révolution, il adopta avec fureur les idées nouvelles, et il devînt la victime de ses propres excentricités. Il fut un moment général a Parmée de la Vendée, puis, compromis dans le complot des Hébertistes, il fut guillotiné avec eux en i794« Son fils, qui n'avait que dix*neuf ans, partagea son sort.
G. ft'H.
^MMWWMtMMAMM»
Voici de nouveaux détails biographiques et nécrologiques donnés par Brazier, sur l'illustre comédien Potier, dans la seconde édition de> son livre :
« Potier naquit à Paris, en 1775 ; sa famille s*était distinguée dans la magistrature. Les Potier de Gèvres siégeaient au parlement de Paris.
a Qui croirait que Potier, cet homme si
Notes et Variantes, ^tj
délicat, si frêle, cette espèce de roseau, était destiné au métier des armes ?... Elève de TEcole militaire, il en sortit, comme tant d*autres ieunes français, au moment où le sol fut menacé. Il partit comme volontaire, le sac sur le dos, le mousquet sur Tépaule, et les champs de Jemmapes et de Valmy le virent un des premiers sous les drapeaux. Bien qu'il eût, comme a dit Louis XVili, le bâton de maréchal dans sa giberne, il ne jugea pas à propos d*attendre que cet honneur lui arrivât. Il sollicita son congé après les premières victoires de nos armées, auxquelles il assista^ et, de retour à Paris, ses idées se dirigèrent vers le théâtre, qu'il aimait déjà avec passion.
c 11 débuta, comme on l'a vu, au boulevard du Temple, sur la scène des 'Délassements comiques, et fut le camarade de ioanny qui s'était fait aussi comédien après avoir payé sa dette au pays, et reçu une honorable blessure!
« Des Délassements, Potier passa au théâtre de la pûe du Bac ; ce fut là qu*il connut le bon et spirituel Désaugiers et se lia d'amitié avec lui. Bientôt, ayant quitté Paris, la Bretagne et la Normandie l'applaudirent; Nantes
478 Petits Théâtres de Paris
et Brest furent longtemps témoins de ses succès.
« Ensuite la ville de Bordeaux le reçutavec acclamation. C'est à partir de cette époque que son talent marqua sa place à Paris. Les administrateurs des Variétés l'engagèrent, et Potier vint se placer à côtédeBrunet et de Tiercelin, deux réputations européennes, comme on sait. Potier ne tarda pas à électriser les Parisiens, et dès lors sa réputation grandit de jour en jour. En 1818, par suite de petites discussions, Potier quitta les Variétés pour aller au théâtre de la Porte- Saint-Martin, où il débuta, le 7 mai, dans un vaudeville de MM. Merle et Brazier, Le Café des Originaux ; puis il créa le Bourgs mestre de Saardam, le Tailleur de Jean- Jacques, les Frères féroceSyle Ci-devant jeune homme marié, la Cloyère d'huîtres, le beau Narcisse de MM. Scribe, Courcy et Saintine, et le fameux Fère sournois, des petites Danaîdes, Plustard,il rentra aux Variétés pour y briller de nouveau. Enfin sa réputation devint si grande, que toutes les administrations théâtrales se ledisputèrent.Il joua successivement à la Gaité, aux Nouveautés, au PalaiS'-Rcyal, et partout la foule suivait son acteur chéri.
Notes et Variantes» 479
o A la suite d'un voyage en Hollande qu'il fit en i835, ce comédien célèbre commença à éprouver les symptômes d'une maladie organique ; alors il comprit que l'heure du repos avait sonné pour lui^ et quitta tout à fait le théâtre pour se retirer dans une maison de campagne qu'il avait achetée à Fontenaysous-Bois: c'est là qu'il s'est éteint tout doucement à Tâge de 64 ans, le 19 mai i838^ vers trois heures de l'après-midi.
« Le 28 du même mois, ses restes mortels ont été transportés, de Fontenay-sous-Bois, à son ancien domicile rue de Lancry, et de là à réglise Saint-Laurent^ où fut célébré un service funèbre, modeste, mais honorable.
« Parmi les hommes de lettres qui suivaient le cortège, on remarquait MM. Merle, Antony Béraud, Cogniard, Desnoyers, Alboize, Amédée Thouret, Henri Simon, sans oublier Tauteur de ces chroniques, qui lui doit une partie de ses succès. La plupart des auteurs et des directeurs de Paris se sont fait un devoir de grossir le cortège.
a Brunet, malgré son âge et une pluie incessante,- est venu faire un dernier adieu au comédien distingué qui fut son camarade, mais jamais son rival.
478 Petits Théâtres de Paris.
et Brest furent longtemps témoins de ses succès.
a Ensuite la ville de Bordeaux le reçut avec acclamation. C'est à partir de cette époque que son talent marqua sa place à Paris. Les administrateurs des Variétés l'engagèrent, et Potier vint se placer à côté de Brunet et de Tiercelin, deux réputations européennes, comme on sait. Potier ne tarda pas à électriser les Parisiens, et dès lors sa réputation grandit de jour en jour. En x8x8, par suite de petites discussions, Potier quitta les Variétés pour aller au théâtre de la Porte- Saint-Martin, où il débuta, le 7 mai, dans un vaudeville de MM. Merle et Brazier, Le Café des Originaux ; puis il créa le Bourg' mestre de Saardam, le Tailleur de Jean» Jacques, les Frères féroces, le Ci-devant jeune homme marié, la Cloyère d*huitres,le beau Narcisse de MM. Scribe, Courcy et Saintine, et le fameux Père sournois^ des petites Danaîdes, Plustardjil rentra aux Variétés pour y briller de nouveau. Enfin sa réputation devint si grande, que toutes les administrations théâtrales se ledisputèrent.Il joua successivement à la Gaité, aux Nouveautés, au Palais-Royal, et partout la foule suivait son acteur chéri.
Notea et Variantes, 479
« A la suite d^un voyage en Hollande qu'il fit en i835, ce comédien célèbre commença à éprouver les symptômes d'une maladie organique ; alors il comprit que l'heure du repos avait sonné pour lui^ et quitta tout à fait le théâtre pour se retirer dans une maison de campagne qu'il avait achetée à Fontenaysous-Bois: c'est là qu'il s'est éteint tout doucement à l'âge de 64 ans, le 19 mai i838^ vers trois heures de l'après-midi.
« Le 28 du même mois, ses restes mortels ont été transportés, de Fontenay-sou8*Bois^ à son ancien domicile rue de Lancry, et de là à l'église Saint-Laurent^ où fut célébré un service funèbre, modeste^ mais honorable.
« Parmi les hommes de lettres qui suivaient le cortège^ on remarquait MM. Merle^ Ântony Béraud, Cogniard, Desnoyers^ Alboize, Amédée Thouret, Henri Simon^ sans oublier Fauteur de ces chroniques, qui lui doit une partie de ses succès. La plupart des auteurs et des directeurs de Paris se sont fait un devoir de grossir le cortège.
« Brunet, malgré son âge et une pluie incessante,- est venu faire un dernier adieu au comédien distingué qui fut son camarade^ mais jamais son rival.
480 Petits Théâtres de Paris.
« Lorsque le corbillard fut arrivé dans le cimetière du Père-LachaisCy Vernet, Bouffé, Cazot, Sainville, Guyon, Serres et beaucoup d'autres artistes, se disputèrent l'honneur de porter le corps.
Cette scène était vraiment touchante, et tous les spectateurs en furent émus.
« MNL Bouffé et Antony Béraud. prononcèrent quelques paroles, qui ont trouvé de récho dans le cœur des assistants.
c Un monument doit être élevé à Potier, par sa famille. MM. les hommes de lettres et MM. les comédiens, voulant donner aussi un témoignage public de leur admiration pour ce beau talent, ont ouvert une souscription.
« La commission nommée à cet effet est composée de MM. Merle, Antony Béraud, Cogniard, Bouffé, Emile Taigny, Bressant.
« C'est, dit-on, le buste en marbre du célèbre comédien qui sera placé sur son tombeau.
« Potier a laissé, en mourant, deux réputations bien établies et bien méritées, celle d'homme de talent et celle d'honnête homme.
Notes et Variantes. 481
C'est le i3 avril 1 833 que Bressant débuta aux Variétés dans les Amours de Paris, vaudeville de Dumersan. L'affiche orthographiait alors son nom Bressan ; ce n'est qu'en i836 que le t final y fut ajouté. C'est aussi pendant qu'il était aux Variétés que Dressant épousa sa première femme, ingénue de ce théâtre^ Augustine Dupont, qui est morte le ler juillet 1869, et-de laquelle il eut une fille Alix Bressant, mariée depuis au prince russe Michel Kotchubey.
Voyez pour tous les détails^ de la vie et de la carrière de cet éminent comédien, la notice que j'ai publiée sur lui à la librairie Tresse, en 1877, au moment de sa retraite définitive du théâtre (un volume in-i8 avec portrait}.
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Dans la seconde édition, le chapitre des Variétés se termine de la manière sui* ▼ante :
« M. Bayard, homme de lettres avaitsuccédé à M. Dartois dans la direction du théâtre des Variétés. Comme auteur dramatique, les talents de M. Bayard sont connus; son intelligence et sa moralité offrent encore
4S3 PetiU Théâtres de Paris.
toutes les autres garanties que demande ce genre d'administration.
c M. Bayard vient de céder sa place à M. Dumanoir^ auteur de beaucoup de jolis vaudevilles. Les Variétés paraissent vouloir rentrer dans leur genre primitif; j'en félicite l'administration, je crois que la seul est la fortune de ce théâtre.
« Le Père de la débutante^ Su:[ette, Madame et Monsieur Pinckon, les Saltimbanques et Matktas rinvalide prouvent que le sol et les comédiens sont essentiellement grivois, et qu'au théâtre fondé par Bru net et fécondé par Désaugiers^
Il faut rire^
Rire et toujours rire.