‹ [Chroniques du XVIIIe siècle] (volume 2)Chapitre 1 sur 61 · EDOUARD ROUVEYRE · texte numérisé non relu

EDOUARD ROUVEYRE

1, rue des Saints-Peres, i

A courte période de notre histoire qu'on a nommée, et en quelque sorte flétrie du vont de « La R^ience, » est dominée par trois noms, trots fèysioomies principales et éminentts. Ces trois r, ces trois physionomies, celle du duc léans, celle du cardinal Dubois, celle financier Law, caractérisent et, mieux ■e, personnifient la société tout entière la Régence : elles évoquent immédiant la mémoire des filles d'opéra, des dames de mœurs faciles ou des rouis ants dont le Régent fut toujours en-

touri; elles évoquent aussi le souvenir de ce clergé d'alors dont les prélats y anciens abbés de cour ayant ramassé leur mitre dans les ruelles des maîtresses des princes ou des grands seigneurs ^ délaissaient presque constamment leur diocèse et continuaient à mener y à Versailles ou à Paris, une existence peu en rapport avec le caractère sacré de leur ministère ; elles évoquent enfin r éternelle mémoire des grands scandales financiers et des spéculations aventureuses qui ruinèrent tant defamilleSy élevèrent au pinacle, tant de personnages sans consistance et sans valeur y et finalement déshonorèrent à la fins le Régent et la Régence.

I^ livre nouveau que publie aujourd'hui Roger de Parnes, sous ce titre attrayant : La Régence, nous présente divers côtés de cette société si intéressante à étudier, dont le régent Philippe d'Orléans fut, en quelque sorte, le grand maître, le directeur — on dirait aujourd'hui l'inspirateur — de 171 s à 172^. Il a emprunté à divers recueils, plus ou moins connus, ou bien oubliés de nos jours, notamment aux piquants mémoires historiques de Bois- Jourdain, qu'on a tort de ne plus lire,* ses anecdotes et ses portraits les plus curieux ; il a aussi extrait des mémoires de Mathieu Marais, si heureusement édités par notre confrère de Lescure,** une série de nouvelles à la main qui retracent, pour ainsi dire, au jour le jour, l'histoire même du temps. Il est évident qu'à l'aide de ces divers documents si ingénieusement mis en

* Mélanges historiques, satiriques et anecdotiques de M. de B... Jourdain, icuyer de la grande écurie du Roi {Louis XV). Trois volumes in-8^, che\ Chèvre el CixinsoH Paris, iSoy.

** Journal et Mémoires de Mathieu Marais, avocat au parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV {iyiS'i7)S)*P^^^^ P^^^ la première fois, d'après le manuscrit de la bibliothèque impériale, avec une introduction et des notes par M. de Lescure, 4 volumes in-S^, Paris, F. Didot {186^-68). — On n'a rien écrit de plus curieux, de plus amusant, de mieux informé, ni déplus complet sur la Régence. Nous ne saurions asse^ engager nos lecteurs à se reporter à cette source si riche en renseigne^ ments anecdotiques et critiques sur Vépoqiie qui nous occupe ici.

Page 1