PRÉFACE VII
ardre par Roger de PdrneSy on aura sous les yeux une histoire anecdotique de la Régence et une suite défaits chronologiquement exposés qui offrent une lecture mm moins attrayante qu'instructive.
Nous présentons aujourd'hui au lecteur ce livre, si bien préparé et si bien venuy et nous compléterons par quelques traits, autres que ceux qui sont ici mis en œuvre, les trois physionomies capitales de l'ouvrage, lesquelles résument et personnifient, ainsi que nous venons de le dire, l'histoire tout entière de la Régence.
Philippe d'Orléans avait été, dés sa première jeunesse^ un prince mal élevé; on lui avait ^ il est vrai, enseigné à la fois la musique et la peinture^ la poésie et les armes ^ même un peu les belles lettres, toutes choses d'ailleurs pour lesquelles il avait une grande aptitude et qu'il apprit comme en se jouant^ mais superficiellernent. Il eut, comme prince du sang, des gouverneurs de premier choix, dont deux maréchaux de France, mais surtout des sous-gouverneurs au soin desquels il était plus particulièrement abandonné. Il les perdit successivement avant d'avoir terminé entièrement son éducation et ses études^ et y pour finir y il tomba aux mains de ce misérable Dubois y homme d'un esprit non moins délié que pervers y qui poussa beaucoup plus son élève au plaisir qu'à l'étude.
Quand Louis XIV voulut marier Philippe d'Orléans à l'une de ses bâtardes, Mademoiselle de Blois^ la mère du futur régerU, cette allemande qui a laissé des lettres écrites avec une franchise si pittoresque et si brutahy et qui était la princesse la plus rigoureuse du monde au point de vu£ de sa dignité et des devoirs qu elle lui imposait, cette princesse fit au mariage projetéy l'opposition la plus vive. La bâtarde d'un roi, même du roi Louis XIV y n'était
toujours à ses yeux qu'une bâtarde et elle considérait son union avec son pait-fils à fégal d'une misallianu. Elle ne craignit pas de manifester tris hautement son dépit, lorsqu'elle eut connaissance des désirs du roi, gourmanda son fils, jura qu'elle ne le reverrait plus s'il se mariait contre son gré, m un mot ne négligea rien pour faire échouer le prcjet. Mais le rot tenait, au contraire, à ce qu'il aboutit. C'était, en effet, pour Mademoiselle de Blois, fille naturelle de la Montespan, mais légitimée par le Roi, une union inespérée qui la faisait entrer tout-à-fait dans la famille royale. Aussi Louis XIV, voyant qu'il ne pottvait réussir à enlever l'affaire de front, la fit traiter par dessous main, en la confiant à l'abbé Dubois. Ce fut là, m partie, l'origine de safortune, car Dubois parvint à persuader 'Philippe et à le faire consentir au maric^e désiré. Le Roi dut seulement augmenter la dot de Mademoiselle de Blois, Philippe ayant, ainsi que le raconte Madame de Caylus, déclaréqu'il lui fallait des compensations et que ce mariage était, avant tout, pour lui une affaire. H est vrai que, d'autre part. Mademoiselle de Blois ne le désirait pas à un autre point de vue. « Qu'il m'aime ou non, peu m'importe, disait-elle, pourvu qu'il m'épouse l a
C'était la plus indolente et la plus indifférente des princesses, et elle était bien peu faite pour maintenir dans le devoir un débauché tel que le Régent. « Elle n'aimait, nous dit Arsène Houssaye, dans son livre sur La Régence,* que son Ut et son miroir. Elle demeurait presque toujours couchée; c'était la plus alliére et la plus paresseuse des femmes. Elle se levait pour aller à la messe et pour se faire belle ; mais dès quelle avait prié Dieu, elle se parait comme une châsse et se couchait sur un sopha, d'où rien nepouvait l'arracher, si ce n'est l'heure de se remettre au
• NaavelU éâilim, cbei Dénia. Paris, 1S74.