NOMS DES SEIGNEURS
MM. Le duc de Chartres. MM. De Brancas.
Le maréchal de Villeroy. De Maulevrier,
De Coigny. De Gondrin.
De Mirepoix. De Saint- Florentin.
De Cossé. Rupelmonde.
De Bezon. De la Suze.
De Croissy. De Villars.
De Revel. De Lorge.
De Langeron. Le prince de Turenne.
De Tonnerre. De Chambonas,
Le duc de la Trémouille. Duc de Montmorency.
Duc de Boufflers. Marquis d'Alincourt,
De Crussol. Francine.
De Ligny.
MM. de Langeron et le marquis de Villeroy ont dansé mieux que les autres. Les otficiers des gardes du corps placèrent, parce que le ballet était hors de l'appartement, sinon les premiers gentilshommes de la chambre auraient placé, parce que toutes les fêtes appartiennent à leurs charges.
On a imprimé les paroles du Prologue et Entrât qui ont paru mauvaises, sur le papier comme en chant.
— On a su de Marseille que la peste n'y est plus; que les médecins en sortent et font leur quarantaine, et qu'un grand embarras est venu dans la ville, par 7 ou 800 enfants,
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qui sont si jeunes, qu'ils n'ont pu dire leur père ni leui mère. La ville les a adoptés et déclarés enfants de la commune de Marseille, qui s'est chargée de leur nourriture et éducation. Le roi a confirmé cette délibération, et a accordé à la ville, par des lettres-patentes, toutes les déshérences qui se trouveront par la mort des pestiférés. Il est mort 80,000 hommes. La peste est toujours à Arles et à Salon, patrie de Nostradamus. M. Chicoineau, médecin de Montpellier, qui a été longtemps à Marseille, y communiait tous les matins, et cela a tellement édifié M. de Vemy son confirère, médecin protestant, qu'il a fait abjuration publique, et a communié de même jusqu'aujourd'hui qu'ils sont sortis.
— Le 9, on a joué devant le Roi la pièce de Domjaphety de Scarron, qui est fort plaisante, et qui l'a fait rire. Il y avait eu sur cela une querelle que le Roi a décidée comme un nouveau Salomon. Le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre, qui avait ordonné le ballet de CardeniOy prétendait que si on continuait de le jouer, il devait aussi continuer d'en ordonner, nonobstant Tannée finie. Le duc de Mortemart, qui est entré en 1721, disait au contraire qu'il était du devoir de sa charge d'avoir ce soin et qu'on ne pouvait usurper sur son temps. Il y a eu sur cela de grosses paroles entre eux. Le Régent leur a dit qu'ils s'accommodassent et qu'il avait bien d'autres aflFaires à régler que leur ballet. Ils ont été au Roi, qui a dit que pour les mettre d'accord, il ne voulait plus qu'on jouât CardeniOy qui l'avait trop ennuyé, et qu'il voulait qu'on
jouât Dom Japhet^ qui le fait rire. Ainsi la dispute, qui n'était pas trop sage, a été justement décidée par un enfant.
— Il y a de nouveaux changements dans les maîtresses. La duchesse de Fallari est tout à fait renvoyée; madame de Parabère ne veut plus avoir aflFaire au Régent, depuis qu'il voit des filles d'Opéra, que l'on croit gâtées, et il a été prêt à la battre, après un souper, parce qu'elle n'a pas voulu faire sa volonté. Il lui a écrit une lettre menaçante; elle lui a répondu fortement. Il cherche à placer son amour ailleurs, et il y a des dames de qualité assez indignes pour briguer cette place et se porter pour héritières des chassées. On les nommera bientôt.
— La jeune duchesse de Lu3mes, âgée de vingt-quatre ans, belle, bien faite, vertueuse, aimée partout pour son esprit et son mérite, est morte le lo, en trente heures de temps, d'une colique d'estomac; elle a été saignée deux fois en quatre heures. On l'a laissée reposer, elle s'est endormie; en se réveillant, elle a fait un cri horrible ; sa tête était attaquée, elle n'a plus eu de connaissance jusqu'à sa mort. Elle est fille du prince de Neufchâtel, autrement le chevalier de Soissons, héritière de madame la duchesse de Nemours, dont elle avait de grands biens, et elle laisse un fils et deux filles. On croit que, comme elle aimait fort à monter à cheval, elle se sera blessée sans le dire.
Le même jour, on a publié la liste des évêchés^ abbayes et pensions sur les bénéfices donnés par le roi. Il y a longtemps qu'on n'a vu une si grande nomination.
— On a su que le Régent est allé chez M°' de Parabère, dans le carrosse du marquis de Biron, avec un seul laquais, qu'il est entré par surprise dans sa maison; qu'il Ta trouvée
avec quatre jeunes gens, et entre autres le chevalier de Beringhem dont il est jaloux; qu'il a battu sa maîtresse et l'a jetée par terre, qu'elle s'est relevée et lui a chanté pouille, et qu'il est revenu au Palais-Royal, où il a voulu engager Noce à le raccommoder; mais il n'a pas voulu s'en charger. U l'aime à la rage.
— Le raccommodement est fait du Régent et de M"* de Parabère. U se porte mieux. Cet amour est nécessaire à sa santé et à son repos, et même aux affaires, qui en vont mieux quand il n'est pas brouillé. On lui a présenté M""" de Prammon, qui est Chabanes en son nom, sœur des marquis et chevalier de Chabanes, capitaine aux gardes, et fenmie d'un gentilhomme du Lyonnais, qui est riche, et qui est depuis un an mal avec elle. Elle est venue à Paris et aurait bien voulu desservir ce bénéfice, mais quoiqu'elle soit belle, elle n'a pas plu au Régent qui l'a, une seule fois, menée dans sa petite loge à l'Opéra; et elle a toute la honte sans en avoir le plaisir. Ma}mon, conseiller au Parlement, fils de Maynon, fermier général, lui avait fait une promesse de mariage pendant qu'elle était fille. Il ne la voulut pas tenir; cela fit un procès, et par arrêt, rendu en 17 12, il fut condamné en 60,000 livres de dommages et intérêts, qui ont servi à la marier, car elle est de grande maison, mais elle n'est pas riche.
— n V a bien des mécontents sur les bénéfices. On a fait une nouvelle histoire de l'abbé de Broglie. H avait loué au Régent un vin qu'il avait bu, le Régent en voulut boire. II lui en envoya 300 bouteilles, que le Régent prit, mais il dit à l'abbé qu'il les voulait payer. L'abbé lui envoya un mémoire par articles : le vin, les bouteilles, les bouchons, la cire d'Espagne, les paniers, le port, et à la fin il mit : Total :
L'abbaye du Mont Saint-Michel; et c'est l'abbaye qu'il a eue. Les mécontents disent que les bénéfices n'appartiennent qu'aux diseurs de bons mots et aux faiseurs de bons tours.
— Le duc de Fallari, ayant appris la faveur de sa femme auprès du Régent, est revenu en France, s'est mis à jouer à Bordeaux, à emprunter et même, dit-on, à voler ceux qui lui gagnaient son argent. Il venait à Paris avec le comte et la comtesse de Valançay (mademoiselle Amelot de Chaillou) pour jouir de sa nouvelle fortune, quand il a été arrêté à Chartres par ordre du Roi. L'hôtellerie a été investie : on l'a enlevé et conduit à la Bastille, d'où on le doit transférer, pour le reste de ses jours, dans une autre prison. On ne doute pas que sa famille n'ait fait faire le coup : elle craignait les folies de cet homme-là, qui en a fait toute sa vie, et qui en aurait peut-être fait d'autres plus importantes. La bonne fortune de sa femme, qui n'a guère duré, lui avait du moins servi à la délivrer d'un tel mari, et ce n'est pas peu. 11 a pour frère M. Gorge de ÎReyre, conseiller au Parlement, qui est un très honnête homme, et pour sœur madame d'Âncenis, belle-fille du duc de Obarost, aussi sage que son frère l'est peu.
— Le Roi a eu un mal fort plaisant et qu'il n'avait point encore senti : il s'est trouvé homme. Il a cru être bien malade et en a fait confidence à un de ses valets de chambre, qui lui a dit que cette maladie-là était un signe de santé. Il en a voulu parler à Maréchal, son premier chirurgien, qui lui a répondu que ce mal-là n'affligerait personne, et qu'à son âge il ne s'en plaindrait pas. On appelle cela
en plaisantant le tnal du Rai, comme on disait de la fistule du feu Roi, qui ne s'appelle point autrement et à la Cour et à la ville que le mal du Roi, encore aujourd'hui.
— Les Jésuites de Caenayant joué une pièce de théâtre où ils ont représenté les docteurs de lUniversiié, sous diverses formes, jusqu'à leur mettre des mitres de travers et à dire qu'ils feraient des docteurs aussi bien que d'autres et à demander un cierge pour l'excommunication^ l'Université a donné un décret, du 16 janvier 1721, par lequel elle a déclaré les Jésuites déchus et privés du privilège d'agrégation à l'Université de Gien, séparés et étrangers pour toujours du corps de ladite Université, eux, leurs collège et écoliers, et tous ceux qui, dans la suite, pourront y professer el étudier. Défenses de recevoir aux degrés ceux qui étudieront dans le collège, et privés les Jésuites de tous les droits d'agrégation accordés par l'acte du 25 octobre 1608, et défenses de se dire : Celeberrinue Academia Cademensis, L'insulte était graves publique, et mérite bien cette exclusion.