LOUIS XV
LOUIS XV était, comme on sait, troisième fils du duc de Bourgogne ci de Marie -Adélaïde de Savoie ; il naquit à Versailles en 17 lo, et fut d'abord nommé duc d'Anjou. Devenu dauphin le 8 mars 171 2, par la mort de son illustre père^ il succéda à Louis XIV, son bisaïeul, le I*' septembre 171 5. Il avait cinq ans et demi lorsqu'il monta sur le trône; il montra dans son enfance un esprit assez juste et solide.
Philippe, duc d'Orléans, le plus proche parent du roi, fit casser le testament de Louis XIV, et la régence lui fut donnée le 2 septembre 1715, c'est-à-dire le lendemain même de la mort de Louis XIV.
Les premiers soins du régent furent de s'occuper des finances, qui étaient dans le plus grand désordre ; on créa une chambre de justice contre ceux qui s'étaient enrichis sous le règne précédent; on rechercha les fortunes de quatre mille cinq cents personnes, mais les taxes auxquelles on les soumit, et auxquelles beaucoup trouvèrent moyen de se soustraire, ne produisirent qu'une ressource insuffisante.
On créa une banque dont un Écossais nommé Law fut le provocateur et le directeur ; tant que cet établissement fut renfermé dans de justes bornes, il en résulta des avantages réels; mais lorsqu'on lia d'autres entreprises financières à cet établissement, quand on eut porté les billets de banque à des quantités énormes, que la folie de l'agiotage se fut emparée de toutes les tètes, alors le plus grand désordre s'établit dans les finances, et en 1720 il fallut soumettre à un recensement général plus de cinq mille personnes ruinées par les opérations de Law.
Le roi ayant été couronné à Reims en 1722, et déclaré majeur l'année suivante, le duc d'Orléans lui remit les rênes de l'État, dont il avait eu la conduite pendant sa minorité. Le cardinal Dubois, alors secrétaire d'État, fut chargé pendant quelque temps de la direction générale des affaires; mais ce ministre étant mort au mois d'août 172;, le duc d'Orléans accepta le titre de premier ministre. Ce prince, mort le 2 décembre de la même année, eut pour successeur dans le ministère le duc de Bourbon.
Louis XV, lorsqu'il entreprit de se soustraire à la tutelle de M. le Duc, entrait dans l'âge de l'adolescence; il avait seize à dix-sept ans. Les contemporains nous le représentent beau, d'une taille avantageuse, ayant la jambe parfaitement bien faite, l'air noble, les yeux grands, le regard plus doux que fier, les sourcils bruns, annonçant encore à l'extérieur ce tempérament délicat qu'il fortifia depuis par l'exercice, au point de soutenir les plus grandes fatigues. C'est à cette nature tardive chez lui qu'il faut attribuer le silence des passions si actives à cet âge, dans la plupart des individus bien constitués, et surtout chez les princes, en qui tout contribue à les éveiller de bonne heure. Il se montrait alors
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kâiflèi^eot pour les faomes, pour le jeu tt potr k tabk, qu'il aima beaucoup dans la suite. La chasse était wa ^ûique plaisir, soit qu'un instifict secret le portât à cet eseicice salutaire, soit par désoeuvremmit, par crainte de cet ennui qui commençait dé}à à empoisonner se$ jours les phB brillants, car, soa instruction ayant été «sccrèmement négligée de peur de fadgver les organes de son en(ânce, il avait Fesprit peu orné, €t n'avait point acquis ce goût de Tétude, d'une si grande ressource en tout temps et dans tous les rangs. Il avait un ékiignemem invincible pour les affiûres, dont il répi:^[nait même à entendis parler. Sans aucun amour de la gloire, il manquait de cette énergie qui chez son aïeul avait réparé le vice de son éducation et suppléé à son ignorance. En un mot, d'un caractère facile, indolent et timide, il était fait pour être gouverné par le premier qui s'emparerait de lui.
Le roi épousa Marie Leczinska^ fille du roi détrôné de Pologne, Stanirias; k mariage ait célébré i Fontainebleau, le 5 septembre 1725^ Une heureuse fécondité fiit le fruit de cette union.
Le nouveau ministère ayant eâarouché k Pariement, la nohksse et k peuple, par des édits bursaux, k duc de Bourbon (at disgracié. Le cardinal de Fkury, qui prit sa place, substitua l'économie aux profusions dont on se plaignait. Sans avoir le titre de premkr ministre, il eut toute la confiance du roi; il tâcha de réparer les désordres des fina^ices et d'entretenir la paix au dehors.
La double ékaion d'un roi de Pologne, en I7$3> attoma k guerre -en Europe. Louis XV, gendre de Stanislas, qui venait d'être éki pour la seconde fois roi de Pologne, k soutint contre Tëkcteur de Saxe, forteinent appuyé par
rmïperetif Châties Vt. Ce dernier sotrvenun n^ît si effica^ cernent pour le prince qu'il protégeait^ que Stasiisks fut obligé d'abandonner la couronne qui lai avait été décernée» et de prendre la fuite. Louis XV. roulant se venger de cette disgrâce sur l'êmpareur, s'unit avec l'Espisgne et k Savoie contre l'Âiïtriche. La guert^ se fit en Italie, et eUe fut heureuse. Le maréchal de Villars, en finissant sa longue carrière» prit Milan, Tottone et Novare. Le marédial de Coigny gagna les batailles de Parme et de Guastalla ; exAn^ vu 1714» l'empereur avait perdu presque tous ses États en Italie : la paix lui devenait nécessaire ; il la fit ; mais elle ne fut avon'^ tageuse qu'à ses ennemis. Par le traité définitif »gûé te 18 novembre 1738^ le loi Stanislas, qui avait abdiqué le trône de Pologne, devait en conserver les titres et les honneurs, et être mis en possession des duchés de Lorraine ec de Bar, pour être réunis après sa mort à la courootie de France. Il n'en coûta, pour avoir cette belle provinoe» qu'une pension de trois à quatre millions payée au duc de Lorratm, jusqu'à ce que la Toscane, qu'txi hii donnait en échange^ lui fÙtédiue.
La mort de Charles VI, arrivée en 1740^ ouvrit une ikni^ velle scène, et fut un nouveau sujet de malheurs pour les peuples^ car, ne pouvant se passer de rcûs, les intérêts^ les folies> l'inconduite de ceux-ci, deviennmt pour ceiK4à des occasions de s'entr'égorger, brûla:, violer, pour «{u'un prince ou une princesse soit pourvu phis richement et ddnne phs à son aise»
La succession de la maison d'Autriche fut disputée par quaixe puissances ; la France se déclara contre la fille de Châties VI^ q«ioique sans doute ce f&t elfe dont ks droite étaîe&t fe plus respectables. Gâte {[uerre a paru infuste à
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tontes les personnes raisonnables. En effet, après avoir solennellement garanti l'héritage de la maison d'Autriche à son héritière légitime Marie-Thérèse, après avoir en la Lorraine pour prix de cette garantie , c'était une injustice méprisable à la France de manquer à ses engagements et de déclarer la guerre à une princesse que Ton aurait dû pro* t^er.
Louis XV fut entraîné par des courtisans ambitieux^ notamment par les deux Belle-Isle, le comte et le maréchal, qui, pour se donner de l'importance, et Êdre les entendus, embrouillèrent si bien les choses qu'ils forcèrent le cardinal de Heuiy à prêter les mains à une guerre injuste, et qui ne fut pas aussi malheureuse que nous le méritions.
On est étonné de voir Voltaire, qui sait si bien démasquer la sottise et le charlatanisme, faire l'éloge des deux Belle-Isle, et peindre leur conduite comme celle d'hommes qui auraient rendu des services à leur pays. C'étaient des importants, surtout le maréchal; ils voulaient faire parler d'eux et aller à la fortune. Ils ont fait parler d'eux et obtenu des faveurs qu'ils ne méritaient pas, sans doute ; mais ils sont restés méprisés.
La* France s'unit aux rois de Prusse et de Pologne pour faire élire empereur Charles -Albert, électeur de Bavière; nos succès furent rapides et brillants contre une reine qui ne s'attendait pas à ce manque de foi de notre part; l'électeur de Bavière, après bien des avantages considérables, alla se faire couronner empereur à Francfort, sous le nom de Charles VH.
Mais nos premiers succès turent suivis de pertes rapides. Prague fut reprise par les troupes de Marie-Thérèse en 1742, et la bataille de Doettingen, perdue l'année suivante.
détmisit presque toutes les espérances de l'empereur, protégé par la France. Il fut bientôt chassé de ses Ëtats héréditaires, et erra dans rAllemagne, juste punition de son manque de justice, qu'aucun prince ne doit jamais sacrifier à la politique, sous peine d'en recevoir le châtiment tôt ou tard, et d'une manière on d'autre.
Le cardinal de Fleury avait terminé sa longue carrière en 1743, le 29 janvier. Louis XV, gouvernant par lui-même, voulut se montrer à la tête de ses armées; il devait cette noble émulation aux suggestions de M""' de Cliâteauroux, sa maîtresse, qui crut qu'un jeune roi ne devait pas s'endor^ mir dans les bras d'une femme, pendant que de braves gens se battaient pour ses intérêts.
Ce fut dans cette campagne qu'il tomba malade à Metz, et que l'on vit cette comédie larmoyante de tout un peuple fatiguant le ciel de prières et de gémissements pour en obtenir la guérison de son prince chéri. La nouvelle de sa convalescence fiit reçue à Paris avec des transports d'extravagance et de singeries sentimentales dont les Français seuls fournissent des modèles à l'Europe. Louis XV, faisant semblant de prendre ces démonstrations pour quelque chose de raisonnable, dit d'un air sérieux : « Âh ! qu'il est doux d'être aimé ainsi, et qu'ai-je fait pour le mériter? »
Mais ce même peuple, qui s'agitait d'une manière si burlesquement passionnée à l'occasion de la maladie et de la convalescence-de son roi, couvrait d'outrages et d'infamies cette M"*^ de Châteauroux qui avait cherché à inspirer à Louis XV des sentiments de grandeur et de courage; comme si cette femme, dont on ne prétend pas faire un exemple de vertu cependant, ne devait pas être, aux yeux du public, au moins aussi estimable que les insolents
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ministre qui entouraient le roi, et que 9es c.ourtis:in$ phis insolents encore.
Les avantages des Français se soutinrent en Flandre, et se temûnèrmt par la £an^eus^ bataille de Fontenoi. On ne peut refuser au roi d'avoir, après la victoire sanglante que nous y remportâmes, donné une preuve de sensibilité rare panai ses semblables. Frappé du spectacle des morts et des mourants, il dit à un de ses officiers : « Qji'on ait soin des Français blessés comme de mes enfants. » On lui demanda comment il voulait qu'on traitât les blessés du pftrtt anglais. « Comme les nôtres, répondit-il ; ils ne sont plus nos ennemis. »
La bataille de Plaisance, perdue en 1746 par le maréchal d^ Maillebois, avait forcé les Français à repasser les Alpes. Les troupes de Savoie et de la reine de Hongrie ravageaient kl Provence. Les Anglais, aussi heureux sur mer que les Autrichiens Tétaient en Italie, ruinaient notre commerce, et s'emparaient de Louisbourg et du cap Breton; ils faisaient ^mom des prises immenses. Louis XV, à chaque victoire qu'il remportait, offirait la paix; oa la refusait toujours : esy&n.elle fut signée à Aix4ârChapelle le 18 octobre 1748.
Après cette paix l'on s'occupa intérieurement d'établissements utiles : on fit des grandes routes, on éleva l'École utilitaire eja 1751 ;: ks sciences et les arts furent encouragés et honoré^; jamais peut-être en France les gens de lettres ne jouirent det plus de considération et de crédit; ils parti- <;ipaie9t à tous les agréments de la société, on les recherchait dans le mopde; les grands, les financiers, se faisaient un mérite d'avoir dans leur intimité quelque écrivain connu pgr de bons ouvrages. Ce &t aus^ abrs que s'opéra dans l'esprit public ijine altération sensible; il se fit remarquer
PORTSàrSS ANECDOnOiaES }I,
par une pence vers Pîndèpecidance des principes^ vers k douiie, et ce q^i'on appelle aujourd'hui l'esprit philosophique du xvni^ sièck. Des noms célèbres illostraient les lettres: : Mably, Rousseau, (TAlembert, Freret, Diderot, Mamaonfiel, Voltaire, etc.
Les économistes commencèrent dès lors à «nbrouiller Tadministration , et tandis que les sciences et les arts se perfectionnaient, l'économie politique s'obscurcissait» et jetait de l'incertitude dans les opérations du gouvernement. Mais cette tranquillité intérieure fut bientôt troublée par une nouvelle guerre allumée de Lisbonne à. Pétersbourg, pour quelques terrains incultes dans l'Âcadie. Les A^lais^ qui p^aissaient désirçr une rupture, afin de nous déclarer la guerre, disputaient ces terrains. Le roi de Prusse, auparavant allié des Français, se ligue avec les Anglais. Louis XV est forcé de prendre les armes; les Anglais fureni battus d'abord dan&le Canada; mais ensuite, par les avantages qjOi'ûs eurent sur mer, en Amérique et dians l'Inde, ils balancèrent ceux que nous, avions sur terre. Ils perdirent, le Port-Mahon, que le duc de Richelieu prit d'assaut au priti^ temps de 1756, après une victoire navale du marquis de la Galissonnière. Les Anglais furent obligés de capituler en Allemagne, à Closter-Seven. L'électorat de Hanovre fut conquis par les Français; une armée française réunie à celle des Cercles marcha la même année 1757 contre le roi de Prusse en Saxe, et fut battue à la bataille de Rosbach. Cette victoire du roi de Prusse fut décisive, l'électorat de Hanovre fut repris; l'armée française lut encore battue par le duc de Brunswick en 1758, à Crevelt, mais le duc de Broglie la vçnçea. çn. reoiportant i^ie victoire complèt;e près de Francfort,^ ejx I7S9- Enfin* apr^s diflférents combats, où chaque?
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parti était tantôt vainqueur et tantôt vaincu, tous les princes pensèrent sérieusement à la paix. Parle traité de paix signé à Paris, les Anglais rendirent presque toutes leurs conquêtes, à l'exception de Louisbourg, du Canada et des possessions françaises à la gauche du Mississipi, que la France leur céda; on leur abandonna encore le Sénégal en Afrique, et quelques autres possessions qu'ils perdirent dans la guerre de 1778, sous le règne suivant.
Les années qui suivirent la paix de 1763 furent tranquilles, si l'on excepte l'affaire du duc de Parme avec le pape Qément XIII, qui obligea le roi de se rendre maître du Comtat-Venaissin, en 1768; la conquête de la Corse, et les changements arrivés en 1779 et 1771. Les jésuites, que quelques parlements avaient déjà chassés de leur ressort, furent abolis dans toute la France par un édit donné au mois de novembre 1764.
Au commencement de mai 1774, Louis XV fiit atteint pour la seconde fois de la petite vérole, dont il mourut dans sa soixante-cinquième année, après avoir occupé le trône pendant cinquante-huit ans huit mois et quelques jours.