‹ [Chroniques du XVIIIe siècle]Chapitre 16 sur 47 · LE P. LE TELLIER · texte numérisé non relu

LE P. LE TELLIER

LE Père Le Tellier, confesseur du roi Louis XIV, est mort à la Flèche le 2 septembre 1719* n avait succédé au Père La Chaise, qui était un homme sage, doux, paisible, et qui ne suivait point les impres-

34 ftfOODI LOUIS XY

sions des jésiiites par rapport aux jansénistes, contre lesquels ils voulaient qu'on agit avec la dernière rigueur.

Ce Père, qui pensait tout difFéremment, et qui croyait qu'on ne devait y employer que les voies de la douceur et de l'excitation, avait tous les jours de nouveaux assauts à essuyer de la part de la Société. Les Pères Doussaint, Sicault et Le Tellier ne le laissaient point en repos, et le fatiguaient si fort, qu'il prit la résolution de quitter sa place.

C'était M. l'archevêque de Lyon, Camille de Villeroi, qui l'avait proposé au feu roi, et il était en ce temps recteur à Lyon.

n parla à Sa Majesté, et lui dit que ses infirmités et son lige ne lui permettaient pas de rester auprès d'elle; sur quoi le roi lui demanda s'il n'était pas content de sa conduite, et lui ayant répondu qu'oui, il lui dit : « Il ne faut nous séparer qu'à la mort. »

Celle du Père La Chaise arriva trois ans après; et comme il se sentit affaibli, et qu'il dépérissait tous les jours, il supplia le roi de vouloir bien lui permettre de se retirer; et sur la demande que Sa Majesté lui fit d'un confesseur pour le remplacer, il lui dit que par rapport à lui et à sa conscience, il lui proposait le Père Veuilliart, qui était en ce temps recteur du noviciat des jésuites d'Avignon, homme doux et paisible; que s'il suivait les impressions de la Société, il proposerait le Père Le Tellier, et que , par rapport à la cour, ce serait le Père de La Rue.

Le roi se détermina sur-le-champ, et choisit le Père Veuilliart; il chargea le Père La Chaise de lui écrire et de le faire venir à Versailles, sans cependant qu'il dît pourquoi c'était.

On savait bien que le Père La Chaise voulait se retirer; mais on ne savait pas sur qui le choix du roi tomberait : il ne fut pas bien difficile de l'apprendre ; car ceux à qui le secret était confié le divulguèrent eux-mêmes.

La Société, qui ne voulait point du Père Veuilliart, fit meure dans le gazetm qui court à Paris et qui est envoyé dans toutes les provinces, le choix de Sa Majesté.

M""* de Maintenon, à qui le roi n'en avait pas fait part, et auprès de laquelle le Père Le Tellier s'était ménagé un appui par le moyen de M"* de Caylus, dit au roi qu'elle avait appris son choix par les nouvelles publiques, ce qui le fâcha si fort qu'il fit donner ordre au Père Veuilliart de rester à Châlons, où il était, quand le courrier qui alla à sa rencontre le trouva.

On agit ensuite auprès du roi pour le Père Le Tcllicr, duquel on lui dit beaucoup de bien, et il fijt choisi.

Ce Père avait fait un livre dont les jansénistes avaient extrait plusieurs propositions qu'ils envoyèrent à Rome, ce qui fut cause qu'il fut mis à l'index. Pour se venger avec éclat, il fit extraire du livre du Père Qjiesnel difiérentes propositions par les Pères Doussaint, Sicault et Desmottes, qu'il fit envoyer à Rome, et il porta le roi à demander la condiamnation de toutes ces propositions, qui étaient au nombre de cent une. C'est sur quoi a été rendue la constitution Unigenitus.

Lorsque le Père Le Tellier fut confesseur du roi, avec la feuille des bénéfices, comme l'avait le Père La Chaise, M. l'archevêque de Reims (Le Tellier), quoique brouillé avec les jésuites de son diocèse, vint le voir, et lui dit qu'il était son cousin. Le Père Le Tellier lui répondit qu'il ne croyait pas que cela pût être, puisqu'il était originaire de

)é ÉPOQUE LOUIS XV

Champagne, et que, pour lui, il était fils d*un vigneron de Normandie. Il était réellemment fils d'un petit paysan d*un village près de Coutances, et le grand-père du chancelier Le Tellier était marchand de vin, demeurant à Aï, en Champagne. On peut par là connaître qu'il y avait beaucoup de malignité dans sa réponse.

Page 1