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CHAPITRE CTI

Comment le roi de France fit grand’ assemblée en la ville de Paris, sur intention d’avoir conseil pour réformer ses officiers, et autres besognes.

Or est ainsi que le roi de France, par l’enhort et sollicitude du duc de Bourgogne, manda lors à venir à Paris la plus grand’ partie des princes de son royaume, avec les prélats, universités, chapitres et plusieurs autres, et ceux des bonnes villes, afin d’avoir conseil et délibération sur plusieurs grands affaires qui étoienl en son royaume ; et par spécial sur la réformation de tous sesofiieiers généralement, desquels , par très long temps la plus grand’ partie, s’étoient très mal gouvernés envers lui. Et pour ce, quand les seigneurs dessus dits et autres furent venus au dit lieu do Paris, et qu’ils eurent eu plusieurs grands conseils, l’un avec l'autre, sur les matières pour quoi on les avoit mandés, conclurent ensemble que, pour tous les autres, l’université répondroit et aussi remontreroit au roi et à son conseil ce qui leur éloi't d’avis de faire , et ainsi en fut fait à un certain jour qu’il eurent audience en l’hôlel de Sainl-Pol , par la forme et manière qui s’ensuit :

« A notre très haut et très excellent prince, notre souverain seigneur et père : s’ensuivent les points et les articles lesquels votre très humble et très dévote fille runiversité de Paris, vos très humbles et obéissants sujets le prévôt des marchands , les échevins et bourgeois de votre bonne ville de Paris , ont fait à vous bailler avis, confort et aide, comme vous le requérez, pour le profit, honneur et bien de vous , et pour la chose publique de votre royaume.

» Premièrement , sur le premier point touchant l’entrelènement de la paix entre aucuns seigneurs de votre sang , laquelle chose de votre majesté royale a été exposée, disent les devant dits que ceux des bonnes villes et les autro ’M à présent sont venus à votre man¬

dement ont ce bénignement juré et promis, et tousdis jusqu’à maintenant entretenu , et, si Dieu plaît, entretiendront. IMais il semble que vous devez autres seigneurs de voire sang et leurs principaux serviteurs mander pour semblablement en votre main jurer et promettre l’entretènement delà dite paix, pour plusieurs causes. Premièrement , pource qu’ils ne la promirent oneques en votre main. Secondement, pource qu’il en y a qui ne l’entretiennent pas.

» Item, et qu’il soit vrai , il est notoire que les Anglois sont en votre royaume, et plusieurs autres gens, tant du royaume comme d’autres pays, et sont ensemble , par manière de compagnie, détruisants votre pays et vos sujets; dont plusieurs plaintes et clameurs sont venues, et de jour en jour viennent en plusieurs parties de. votre dit royaume. Auxquelles choses on met trop petit remède , et la cause sera déclarée ci-après.

» Item, et aussi le comte d’Armagnac, qui est votre sujet, n’a eu cure de la paix , et ne l’a pas entretenue, mais a toujours maintenu guerre en votre royaume.

» Item, et afin que la paix soit mieux entretenue, il semble que vous devez vos lett resroyaux ordonner, èsquelles soit la cédule de la dite paix incorporée , adressant à vos officiers, et autres à qui bon vous semblera à promulguer, et les transgresseurs punir comme il appartiendra.

» Item , et quant est au second point , où vous, notre souverain seigneur, demandez avis, confort et aide, votre très humble fille et vos loyaux sujets , de toute leur affection , et considérant votre bien et l’utilité et honneur de votre royaume , et aussi la continuation et conservation de votre seigneurie et domination , plusieurs fois ont été sur ce assemblés ; et voyant qu’il est très grand’ nécessité de vous exposer les défauts qui sont en votre royaume, commencent à parler de vos finances, dont vous devez soutenir et maintenir votre fait cl votre royaume.

» Et premier, sur le fait des finances de votre domaine , qui se doivent distribuer en quatre manières ; premièrement, en payer les aumônes ; secondement , en la dépense de vous , de la reine et du duc d’Aquitaine votre aîné tils;

troisièmement, en le salaire de vos serviteurs, clés réparations des ponts, moulins, fours, chaussées, ports, passages, châteaux et autres édifices ; et le remanant mis en l’épargne du roi, comme on faisoit anciennement.

>. Item , il appert clairement comment les dites finances ne sont point employées ès choses dessus dites; laquelle chose est à la charge de vos trésorier?, par lesquels vos finances dessus dites sont distribuées ; et voit-on souvent les pauvres religieux et religieuses, tant des abbayes comme des hôpitaux, dépendre le leur en poursuites, sans avoir due expédition, dont leurs églises chéent en ruines , et est délaissé le service divin à être fait, au préjudice des âmes de vos prédécesseurs et en la charge de votre conscience.

» Et premièrement, quant aux aumônes , vrai est que de ce peu ou néant est payé.

» hem . et quant est à la dépense de vous, de la reine et du duc d’Aquitaine, (jui est gouvernée par messirc Pierre de Pontenay et est payée par les maîtres des chambres aux deniers, appelés llaimond l’aguierel Jean Pied, il est trouvé que, par la dépense de vous et du duc d'Aquitaine, on lève, tant sur le domaine comme sur les aides, 400,000 fr. ; et pour icelle n’étüil levé au temps passé que 91,000 fr.; et adonevos prédécesseurs menoienl un bel état, et les marchands et les autres gens éloienl payés de leurs denrées; mais mainUmanl , nonobstant la dite somme, les marchands dessus dits ne sont point pavés de leurs denrées, et souvent advient (lue vos hôtels, les hôtels de la reine et du duc d’Aquitaine chéent en ruines; et jeudi dernier passé, cheyl un grand pan du mur de l’hôlel de la reine, dont il appert que la dite somme n’est pas toute employée en votre dépense, comme il fut montré en temps et lieu, mais elle est au profil de vos gouverneurs ou de ceux que bon leur semble.

» Kl pareillement en l’hôtel de la reme, pour la dépense de laquelle on no souloil lever que 36,000 fr., et maintenant on lève sur les dites aides 104,000 fr., nonobstant ses domaines et scs aides ; et procède celte dépense du défaut des ülliciers qui sont commis au gouvernement do la dite dépense ; desquelles finances de la reine Raimond Raguier est principal gouver¬

neur et trésorier, qui s’est au dit olfice tellement gouverné, que de l’argent de la reine il a grands acquêts et édifices , comme il appert aux champs et a la ville.

» hem. et il faut savoir où est celte finance, car outre et sur la somme on prend certaine quantité de finances par forme et mandement extraordinaire.

» hem , et pareillement y a une grande défaute des offices de l’argentier et delà chambre des deniers , car par les olficiers qui tiennent les dits offices plusieurs grands sommes d’argent sont levées et mises en autre usage qu’en votre profil, et moult de vos dettes et de vos olTn iers les salaires sont retardés à être payés; et plusieurs de qui on prend les vins et autres denrées pour vous ne sont pas payés. El est très vrai qu'ils appliquent à leur profil toutes les choses dessus dites, comme il appert par les grands étals qu’ils mènent, par les chevaux qu'ils ont, par les excès et inconvcnables édifices qu'ils font de jour en jour, et qu’ils ont fait par ci-devant ; prouvé par Raimond Raguier, qui a édifié châteaux et grandes maisons, où il a dépendu , comme on dit, plus de 30,000 francs. El aussi Cha lot Poupart, argentier, et maître Guillaume Budé, maître des garnisons , ont édifié grands renies et possessions, et ont acquis grosses et larges substances cl dépens ; lesquelles choses ils ne pourroient faire des salaires de leurs offices, ni aussi de la richesse qu’ils avoient quand ils entrèrent és dits offices. El aussi v a-l il deffaulc en votre écurie , qui est ofiiee de très grand’ recolle, et y sont faites plusieurs grandes dépenses qui peu tournent à votre honneur cl profil.

» hem, et quant est aux salaires des serviteurs de votre hôtel , ils sont très mauvaisement contentés en !a chambre des deniers, ni les serviteurs n’en peuvent avoir nouvelles , pourquoi ils ont grands pauvretés cl soufl'relés, cl ne peuvent être entour vous si honnêtement qu’il appartient ; nonobstant qu’il en y a aucuns qui ont port, lesquels sont très bien payés des dits salaires.

» Quant à la réparation de vos dits fours, et moulins cl châteaux , tout va à ruine et perdition. El quant à réi)argne du dit domaine , il n’y a pas un denier au temps présent, jà soit

CHIIOMQI KS DENGLERRÂM) DE MüPsSTRELET. [l-il'2]

CO qu'au (omps passé il y eût une grand’ som- 1110. cl s[u''oialoinonl au lenqis du roi Philippe, du roi Joan ol du roi Charles , auquel temps éloit gouverné bien aulrement que maintenant.

» Itvm. et (piant au fait des finances, il faut dire nécessairement que le gouvernement de préseii! a eu cours depuis trente ans en ça, et par avant a été dévoré par plusieurs ofiieiers (pii n’ont point eu regard au bien de vous et de voire royaume, mais seulement à leur singulier profil. Et à déclarer les oiriciers de voire royaume ésqucls il \ a grand excès, votre fille devant dite et vos dits sujets vous exposent les choses qui s’ensuivent:

« Premièrement , vous avez très grand et excessif nombre de trésoriers, qui toujours ont été puis le temps dessus dit ; et, par la grand’ pratique qui est au dit olficc , plusieurs hommes se sont efforcés d’y entrer, et tant qu’il n’est guère année qu’ils ne soient mués , remués et déposés à la requête des autres qui ont eu la voix en votre royaume. Et Pieu sait pourquoi ils y entrent si volontiers, sinon pour les lopins et larcins qu’ils font et trouvent és dits offices; car si un trésorier n’amende de vous chacun an de 4 ou 5,000 francs, ce ne leur semble rien, et jà soit ce qu’au temps passé n'en y eut que deux , toutefois y en a maintenant quatre ou cinq pour la pratique qu’ils y trouvent, et a été telles fois qu’il en y avoitsix ou sept; et ainsi appert plus clair que le jour que vous avez dommage chacun an au dit office de 16 ou 20,000 francs, par le particulier défaut des dits trésoriers.

» El quant est après des finances du dit trésor, ils n’ont eu nul regard à payer les choses nécessaires, ni de tenir les serments qu’ils font à l’entrée des dites offices, mais ils ont entendu à payer les grands et excessifs dons à ceux qui les ont soutenus, par plusieurs voies, lesquels s’y lèvent tant sur le fait des coffres comme sur le fait sus nommé.

» Et quant est aux auires offices , c’est à savoir au gouvernement des finances et au clerc , il est à savoir que toutes les finances sont passées par leurs mains, tant qu’ils en ont acquis innuinérables et hautes possessions, comme il appert. Et sont les trésoriers pour le présent Audrieu Guiffart, Burel de Dammartin, Ré¬

gnier de Rouligni , Jean Guérin et le gouverneur Nicole Bonnet, qui fut clerc de Jean Chau, son prédécesseur, et le clerc maître Gui Brocher, qui sont inu iles, et coupables du mal régime devant dit , excepté Jean Guérin , qui est nouvel et ne s’est pas encore méfait.

» Ilcm . et spécialement en est coupable Andrieu Guiffart, lequel , jà soit ce qu’il eût gâté tout ce que son père lui avoit acquis , néanmoins, parla procuration du prévôt de Paris, duquel il est cousin à cause de sa femme , il a élé fait trésorier, où il a été tellement rempli de deniers qu’il est maintenant plein de rubis et de diamanis , de saphirs et d’autres pierres précieuses , et de vêiurcs et de chevaux; et tient un excessif état rempli de vaisselle, c’est à savoir de plats, d’écuelles, de pots, de lasses et de hanaps.

» Item, et jà soit ce qu’il ne soit point nécessaire d’avoir trésorier sur le fait de la justice du dit trésor, mais il soit de coutume d’y tenir un clerc conseiller, toutefois il y a quatre conseillers qui emportent grands finances, au préjudice de votre trésor.

» Quant au régime des aides, il y a officiers ordonnés qui s’appellent généraux , par l’ordonnance desquels passent toutes les finances des aides, ordonnées pour la guerre, qui montent à douze mille francs par les communs ans. El si est tiuc les devant dits trésoriers se sont mauvaisernenl gouvernés et font encore, encore se gouvernent si les dits généraux , car ils sont premièrement mis au dit office par force d’amis, à qui les dits généraux font excessifs dons en votre préjudice

» Item, et le profit que les dits généraux prennent quand ils entrent ès dits offices montent pour chacun d’eux, par chacun an, à deux ou à quatre mille francs; et si un général est deux ans au dit office, sans faute, il acquêfera 9 ou 10,000 francs , ou autre grand’ somme , par dons couverts, dont aucunes fois les dons sont levés au nom des seigneurs, sans leur su ; et les particularités des défauts seront trouvées ès extraits qui furent faits pour la réformation dernièrement faite.

» Item, et après le dit office, est venu un autre office qu’on appelle l’épargne, mal nommée, laquelle tient Antoine des Essarls, à cause de laquelle on lève des dites aides la somme de

120,000 francs ou environ. Jà soit ce que la dite finance fût gardée et mise en l’épargne sous deux clefs, dont vous devez porter l’une, pour secourir à votre nécessité et votre royaume , néanmoins ceux qui l’ont en gouvernement l’ont tellement disposée qu’il n’en y a croix ; et ne sait-on qu’il en soit mieux à homme du monde, sinon à aucuns qui l’ont soustrait de votre main par le consentement de ceux qui ont trouvé le dit ofiice , dont ils mènent excessifs états en votre préjudice.

1) Item, et avec ce le dit Antoine a en garde vos livrées et vos joyaux ; et dit-on qu’en ce a très pauvre gouvernement; et en ce qui est de jour en jour acheté pour votre corps; et ce parla coulpe du dit Antoine.

» Item, et après cet ofiice est venu autre office, qui est nommé la garde des coffres, lequel tient Maurice de Ruilly, pour lequel il reçoit chacun jour, pour l’ordinaire, dix écus d’or en monnoie, qui se doit bailler en votre main pour faire ce que bon vous semble. Mais il n’y a croix, car il la distribue à son plaisir ; et sous ombre de cet ofiice, sont dissipées plusieurs sommes de monnoies, desquelles on parlera en temps et en lii-u.

» Item, est à démontrer comment vous, la reine et le duc d’Aquitaine êtes mangés et dérobés, c’est à savoir que, quand vous avez affaire de promptes finances pour la cause de votre guerre ou pour autres grandes vos besognes, il faut aller à certaines personnes, marchandes d’argent, qui, par usures et rapines illicites, trouvent et font finance de monnoie, moyennant ce qu’ils ont en gage de votre vaisselle et de vos joyaux d’or et d’argent, à grandes et claires pertes -, et tant que ce qui ne vaut que dix mille francs vous coûte quinze ou seize mille, et tant faut que vous en perdez par an en telles usures qui se font par les changes feints ; et par cette manière peut-on juger clairement qu’il y en a aucuns de vos serviteurs et officiers qui sont participants et compagnons des dessus dits frais et usures illicites; et par ainsi n’avez-vous croix, et sont les serviteurs de vos officiers, pauvres, et obligés et tempetés; et pareillement sont gouvernés les autres seigneurs de votre lignée sans nul excepter.

« Item, il est à savoir comment subtilement

Toi

et malicieusement les généraux officiers, eux entremettant de vos recettes, vous gouvernent ; car puisqu’un receveur vous aura prêté pardessus ta recette de 5 ou 6, 000 écus ou autre somme, ils sont démis de leurs offices, afin qu’ils ne s’en puissent rembourser sur leur recette, et en son lieu met-on un autre receveur, qui recevra presque toute la recette 5 et quand il aura peu ou néant à recevoir, adonc sera remis le premier receveur en son office, moyennant ce que le dit receveur s’obligera en une grand’ somme d’argent, c’est à savoir aux dessus dits officiers. Et par ce ne peut le devant dit receveur être payé ni payer ce qu’il doit. Et ainsi font chevaucher an sur autre ; en quoi votre finance est dégâtée devant que le terme soit venu ; et par ainsi buvez vos vins en verjus.

» Item, et quand il y a une ambassade à faire ou quand il faut envoyer un simple chanoine dehors, il faut emprunter l’argent aux usures, et souvent en advient que le dit ambassadeur ne peut être expédié par défaut d’argent, dont aucunes fois advient que vos ambassadeurs sont inutiles; et pour ce advient aucunes fois que vous en avez excessifs dommages.

» Item, il est nécessaire que vous sachiez oû est l’argent de votre royaume de deux ou trois ans en çà dessus, et outre le domaine et les aides; auquel temps ont été levées plusieurs tailles, dixièmes, demi-dixiémes, impositions, maltôtes, réformations et autres plusieurs manières d’avoir finance ; desquelles choses le prévôt de Paris s’est entremis, comme il est notoire, et s’est fait appeler souverain maître des finances et gouverneur-général.

» Item, n’est pas à oublier comment aucuns grands officiers, comme le prévôt de Paris et autres, qui ensemble ont tenu grand nombre d’offices et vendu et reçu les deniers, ont mis iceux en leur sac en votre préjudice, et contre vos ordonnances royaux, et aussi de la chose publique, dont il s’ensuit mainte fois que gens inutiles et non sachant, et de mauvais gouvernement, sont mis ès dits offices.

» Item, et naguère le dit prévôt de Paris, qui depuis un peu de temps lenoit l’office de général, maître et gouverneur des eaux et des forêts, a résigné ledit office en la main du seigneur d’Ivry, et à la cause d’icelles sont le-

258 CIIKOMQUES ITENGUEKRAIND DE MONSTRELET. [1412]

\èes cliargcs de G, 000 fr. au nom du roi, si comme on dil, mais (oulcfois le dit argent est le\é au i)ront du dit prévôt ; et avec, le dit pré- \ôt de Paris lient les capitaineries de Cherbourg, dont il a par an 6, 000 fr. , et de Nemours, dont il a par an 2,000 fr.

» Item, voire dite finance est gâtée et perdue par une autre manière ; car un grand nom- Dre de receveurs, grénetiers, quatrièmiers, et leurs clercs, et aussi certains poursuivants généraux, et avec ce leurs clercs et serviteurs ont obtenu chacun an, comme si ce fût leur rente, lettres et grands dons, outre les dons lesquels ont les autres ofliciers ; et est trouvé que par ce moyen du dit prévôt et des autres gouverneurs des dites finances, ils ont été de ce très bien payés, au grand préjudice de vos besognes et à la retardation du paiement de plusieurs prud’hommes, tant chevaliers, conseillers, comme autres ofiieiers. Et voit-on communément que quand un jeune homme vient au service d’un général, receveur ou grénetier, jà soit ce qu’il fût de petit état et de peu de science, en peu de temps il est fait riche, et mène un grand et excessifétat, et achète grands ofiiees et héritages à vos dépens. Et par les trésoriers de vos guerres ont été commises plusieurs grandes fraudes au fait de vos finances, et ont une manière de prendre de vos écuyers et chevaliers blancs-scellés, desquels ils ont très mauvaisementusé,si comme savent lesdits chevaliers, et de ce vous sauront mieux informer que nous. Et est grand’ pitié d’ouïr les complaintes des dits chevaliers et écuyers sur le fait de leurs paiements , qui ont été toujours petits , vo re envers la plus grand’ partie ; car maintenant c’est une règle générale aux gens d’armes, qui vivent sur le pays sans être payés, de dire qu’il ne sont pas payés de leurs gages et qu’il faut qu’ils vivent en leur service.

» Item, et pource que les dits généraux et le souverain maître des finances , prestement qu’il vous plaira à les reprendre , ils diront , pour éviter et passer les temps , qu’ils sont près de montrer leur état , comme si ce fût réponse profitante ou sufiisabio, etjà sont venus en requérant qu’on leur baille commissaires qui visitent leur état ; mais , sous correction , quand ce vient au fait , telle réponse est inutile; mais qui voudroit savoir qui mangea le lard ,

il faudroit enquerre quelle substance ils pouvoient avoir quand ils entrèrent ès dites ofiiees , et quels gages ils avoient en leurs ofiiees , et combien ils peuvent dépendre raisonnablement, et quelles substances ils ont de présent, et les grands rentes et possessions qu’ils ont acquises , et les grands édifices qu’ils font faire.

» Item . soit notoire au régime de généraux qu’ils sont riches et larges , et quand ils entrèrent ès dits ofiiees ils étoient pauvres. Mais ils ont maintenant acheté maisons de grands seigneuries ; si comme maître Jean Châtenier, Guillaume Luce et Nicaise Buges. Et, pour vérité dire , chacun votre loyal sujet se doit bien émerveiller de tel gouvernement , et bien leur doit douloir le cœur , quand vous , qui ôtes notre souverain seigneur et prince, êtes ainsi dérobé de votre finance , et que toutes les finances chéent en une bourse trouée à votre égard ; et les devant dits, tant passés comme présents , sont riches , pleins et garnis , et vous mettent et laissent en cette nécessité et n’ont nulle pitié de vous ni du bien commun.

» Item . et pource que ici dessus est faite mention des états , il semble à votre fille que généralement en ce dit royaume, au regard de toutes les gens , les états sont trop excessifs ; et est fort à douter que, pour les inconvénients qui viennent chacun jour, Dieu ne se courrouce à son peuple.

» hem, et quant au grand-conseil , on n’y lient pas telle ordonnance qu’il appartiendroit bien ; car chacun y est à peu reçu ; et toutefois n’y doivent être reçus que prud’hommes et sages , tant clercs comme chevaliers , en nombre compétent, prenant pension et gages de vous , et non de quelque autre seigneur , ayant l’œil à votre profit et à votre honneur et de votre royaume , et à la confirmation de votre couronne et seigneurie ; et advient maintes foi» que, pour la grand’ multitude qui y est , les requêtes qui vous sont faites et vos besognes en sont délaissées. Et quand une bonne conclusion y est prise , comme il advient aucunes fois , elle demeure à être exécutée et sans être mise à fin , combien que souverainement vous louche ; et aussi devroient les ambassadeurs , tant étrangers comme autres , être expédiés ; et quand une conclusion est prise par mûre délibération , elle ne devroitpas être rompue par

un peu de gens, comme il advient souvent.

» Item, et est grand inconvénient d’ouïr les complaintes pour longue expédition en vos besognes, regardant la débilité de votre royaume; et mêmement on voit le seigneur Momberon , le vicomte de Murat et ceux de la Rochelle , eux complaignant sur ce que votre conseil ne leur fait pas bonne expédition , et ce qu'ils poursuivent est pour le bien de votre royaume. Et disent les aucuns que si autre provision n’y est mise , faudra nécessairement qu’ils fassent paix avecque vos ennemis ; et par ainsi êtesvous en voie de perdre plusieurs de vos bons vassaux.

« Item, quant est au fait de ta justice de votre royaume et premièrement au regard de votre cour de parlement , qui est souveraine cour de votre royaume, n’est pas ainsi gouvernée comme elle souloit ; car on y souloit mettre hauts et excellents clercs et notables prud’hommes de mûr âge, mûrs et experts en droit et en justice. Et pour le grand nom du droit qui étoit gardé en icelle cour, sans faveur d’aucune personne, non pas seulement les chrétiens , mais les Sarrasins y sont venus recevoir jugement aucunes fois. Et depuis un peu de temps , par la faveur d’amis, de parens et de prières , aucuns jeunes hommes, ignorant le faitde justice , et indignes de si haut et si excellent office , y ont été mis , dont le nom , autorité et bonne renommée de la dite cour est amoindri. Et aussi il y a autres inconvénients ; c’est à savoir qu’en icelle cour sont plusieurs fils, frères germains, neveux et affins ensemble ; et tel y a qui ainsi est du lignage , comme le premier président ; et par telle affinité SC peuvent ensuivre plusieurs périlleux inconvénients eu la dite cour.

» Item, en la cour sont plusieurs causes de pauvres gens comme mortes ; et n’en font point ceux de parlement telle expédition comme ils devroient par raison.

» Item, quant est de la chambre des comptes, là sont trouvés tous mauvais accidents ; car ils sont tous ensevelis. Et combien que depuis un peu de temps y eussent été mis aucuns nouveaux , toutefois ne s’aperçoit-on point que aucune réparation y ait été faite ; entre lesquels nouveaux y a été mis Alexandre Roursier , qui par plusieurs fois a été receveur-gé-

néral des aides , et n’a pas encore clos ses comptes, comme on dit ; et là pouvez-vous être grandement fraudé , car celui qui devroit être réformé est mis à réformer les autres.

» Item, et à mieux faire la besogne, le dit Alexandre a tant pratiqué que Jean Vautier, qui étoit son clerc, a été mis au dit office de la recette générale.

» Item, et jà soit ce que par les ordinations royales et par les serments que font les receveurs, vicomtes, trésoriers et autres officiers du domaine , néanmoins par eux doivent être payées les aumônes; mais par les dissimulations et tolérations des dites offices des comptes, la dite ordination est souvent enfreinte, comme on dit.

» Item , et quant est au fait de l’état des généraux de justice, il semble et appert que telle multiplication d’officiers pour le fait des aides est inutile en la grand’ dissipation de la substance de votre royaume ; et finalement le grand nombre des élus et sergents qui sont dessous les dits officiers, qui reçoivent grands dons et grands gages , sont cause pour quoi toute votre substance est dissipée et amoindrie.

« Item , et pareillement est des autres officiers qui sans nombre sont mis en plusieurs offices, par force d’amis. Et semblablement faut parler des généraux de justice ; car au temps du roi Charles, n’en y avoit qu’un ou deux au plus , et maintenant il y en a sept , dont chacun a cent livres de gages , sans les greffiers.

» hem, et qui voudrait parler des maîtres des requêtes de l’hôtel du roi et, des autres officiers, Dieu sait s’il y auroit à dire; car au temps passé on y mettoit anciens hommes et experts , connoissants les coutumes de ce royaume ; et si avoient à répondre à toutes les supplications et requêtes , et signer celles qui se faisaient à signer , i)our quoi elles étoient expédiées à la chancellerie ; et maintenant on n’y met que jeunes gens non sachants et non experts , qui n’expédient rien , si ce n’est par la voie du chancelier ; et à cette cause advient qu’on met plusieurs autres officiers extraordinaires pour suppléer leurs défauts ; lesquels ont grands gages en votre préjudice.

» Item , et quant est au fait de votre chan-

CHKOr^IQUËS D'E^GUËKRAÎSD DE MONSTRELET. [1412]

ccllerie , il est bien su que votre chancelier de Fratico a soutenu maintes grands peines, et est bien digne d’avoir grands profits, voire sans préjudice du bien commun ; mais combien que pour ses gages il ne doive avoir que 2,000 livres parisis , neanmoins depuis vingt ans en ça il en a pris, outre les dits deux mille , autres 2,000 livres parisis , et outre le don de 2,000 francs sur les émoluments du scel.

» Jtem , et outre ce , il a pris le registre des privilèges et rémissions , qui monte sur chacune 20 sous parisis , et peuvent monter par an en une grande somme d’argent.

» Item , et avec ce il a pris autres 2,000 francs sur les aides ayants cours pour le fait de la guerre.

« Jtem , et avec ce il prend chacun an 200 francs pour ses vêtements.

» Item , il a pris et prend chacun an sur le trésor , pour sa chancellerie , de 5 à 600 livres parisis.

» Item, et outre les choses dessusdites, il a eu sur les tailles et impositions plusieurs grands dons qui se peuvent estimer à une grande somme d’argent.

» Item , il a légèrement passé et scellé lettres de dons excessifs, sans faire quelque résistance ; et les particularités seront trouvées par les comptes de Michel , de Sabulon, d’Alexandre Boursier et de plusieurs autres , qui ne se sont pas feints d’y mouiller leurs soupes.

» //cm, et à plus à plein déclarer le précédent article , on trouveroit plus de 6,000 fr. de dons particuliers , qui voudroit visiter les comptes des dessus dits et des autres receveurs-généraux, desquels dons le dit chancelier a scellé lettres, nonobstant qu’il sût bien que la dite finance étoit ordonnée pour le fait de la guerre.

» Jtem, en la dite chancellerie est venu un grand émolument d’argent , lequel émolument est à grand’ somme de deniers ; et sont gouvernées les finances du dit scel par maître Henry Malachienne et par maître Jean Bude , contrôleur du dit scel de la dite chancellerie, et sur le droit du roi prennent doubles gages, c’est à savoir du notaire et du secrétaire sans leurs bourses ; et en prennent aussi dons et pensions excessives ; et ainsi est la chancelletâe tellement gouvernée qu’il n’en vient pas

grand profit à vous , jà soit chose que l’émolument du dit scel soit bien grand. Et quant est du droit des notaires, jà soit ce qu’ils prennent aucuns avecque eux tels que bon leur semble, comment ils se gouvernent il sera plus à plein déclaré au long quand besoin sera.

» Jtem , et aussi on trouve plusieurs officiers de votre royaume qui tiennent plusieurs offices incompatibles , lesquels ils font servir par procureur, qui par diverses manières extraient les finances de vos sujets. Et n’est pas à oublier comment , depuis un peu de temps en ça, votre monnoie est grandement diminuée en poids et en valeur , en tant qu’un écu est de moindre valeur qu’il ne souloit , de deux sous ; et les blancs de deux blancs , chacun de trois mailles, laquelle chose est au préjudice de vous et de votre royaume ; et par ainsi est la bonne monnoie expurgée, car les changes et les lombards cueillent tout le bon or, et font tous leurs paiements de nouvelle monnoie. Et faut savoir par laquelle procuration cette monnoie est ainsi diminuée. Et est la commune renommée que c’est par le prévôt de Paris , par le prévôt des marchands, et par Michel Laillier , qui ont attroit à eux la connoissance des monnoies.

» Item , et supposé que les devant dits vous fassent aucun profit à l’occasion de ladite diminution , toutefois ce n’est pas comparaison à la perte que vous et la reine y avez , comme ce sera plus à plein déclaré par gens qui à ce se connoissent.

» Jtem, et jà soit ce que votre fille et vos dits sujets vous aient en bref exposé les défauts et coulpes des devant dits, toutefois il ne suffit pas ; car plusieurs jours ne sulfiroientpasà vous exposer le mauvais régime des dessus dits et de leurs semblables. Et pour ce que plusieurs autres personnes en sont coupables, desquelles personnes et de plusieurs autres choses votre dite fille et vos dits sujets s’en passent pour le présent , en espérance de le vous déclarer autre fois plus clairement pour le bien de vous et de votre royaume.

» Et pour venir, notre très souverain seigneur, aux dessusdits aide, confort et conseil que vous avez requis de vos dessus dits nobles et bourgeois , que vous pour le présent avez mandé, votre fille et vos sujets devant dits vou-

r.lM'a: PI'.l’.Mü.R,

rni-2]

droient bien qu’il plût à Dieu de eux donner grâce de vous bien conseiller et conforter ; car à ce faire sont prôts de , pour vous , exposer leur corps et leur avoir de bon et loyal cœur ; et ils y sont tenus. Et ainsi ont-ils dernièrement conclu solennellement en la dernière congrégation , car ils se répulent être grandement obligés à votre royale majesté, tant de naturelle et légale obligation , comme pour les innumérables biens que vous leur avez faits.

» Premièrement, pour vous aviser, et afin qu’il vous plaise à remédier aux choses dessus dites , il nous semble que pour avoir une bonne et juste finance, le plus tôt que faire se pourra, il est expédient que vous cloyez la main aux dits gouverneurs , sans nul excepter , et qu’ils soient démis de leurs otRces; et avecque ce tous leurs biens , meubles et non meubles pris et mis en votre main ; et que vous soyez sûr des personnes jusqu’à ce qu’ils vous aient rendu compte de leur régime.

» Item , et il est nécessaire que vous anichilliez tous dons assignés et pensions extraordinaires , et incontinent vous mandiez tous vos receveurs et vicomtes, tant du domaine comme des aides , et aussi des grénetiers , et que vous leur défendiez que dorénavant, sur peine de confiscation de corps et de biens , ils vous apportent tout l’argent qu’ils pourront avoir , et que par quelconque assignation ils ne baillent à homme, de quelque état qu’il soit, fors à ceux tant seulement que vous ordonnerez de nouvel ; et aussi qu’ils apportent leurs états et toutes choses dont ils se voudroient aider; et quand ils seront venus , qu’ils ne parlent à nuis des gouverneurs dessus dits sur la peine dessusdite.

» Item , et pour avoir autre et prompte finance, il est expédient et nécessaire, vu que les aides ont été ordonnées pour le fait de la guerre et défension de votre royaume , et non pour autre usage, que vous les retrayiez par devers vous dorénavant , et mettiez en votre main toutes aides de votre royaume ; ce que vous pouvez et devez faire, attendu qu’elles sontvôlreset qu’elles ne doivent tant seulement fors être employées en vos défensions quand le cas le requiert. Et considéré que vous en avez grand’ nécessité , comme il appert , quelconque personne n’en devroit être mal content. Et sur ce veuillez avoir en mémoire le

bon gouvernement de votre père le roi Charles, à qui Dieu fasse merci! qui noblement employa les dites aides, en tant qu’il chassa les Anglois, ses adversaires, de son royaume, et recouvra les forteresses qui étoient hors de son gouvernement. Et étoient ses ofiieiers bien payés ; et si lui demeuroient grandes finances , dont il a laissé plusieurs beaux joyaux.

» Item , et si ces choses devant dites ne suffisent à vous aider , il nous semble que , considéré que vous avez vos finances en plusieurs lieux , vous pouvez prendre icelles finances , car elles viennent de vous , si comme on dit , sur plusieurs personnes qui vous seront dénommées, jusqu’au nombre de mille et six cents , qui sont riches et puissants , et qui doivent supporter les pauvres; desquels il n’en y a nul qui ne puisse bien , sans lui grever, l’un par l’autre payer 100 francs ; auxquels restitution sera faite par certaine manière qui bien peut être avisée.

» Item , que à recevoir vos finances , tant du domaine que des aides , fussent ordonnés notables personnes , prud’hommes , craignant Dieu, sans avarice, qui ne se fussent oneques mais entremis des dits offices , qui eussent gages licites sans dons extraordinaires, et par lesquels les dites finances fussent distribuées selon ce qui est nécessaire , et l’autre mis en épargne.

» Item , qu’aux dites personnes ainsi élues seront contraints les dits receveurs et vicomtes de montrer leurs états , comme dit est.

» Item, il soit requis que toutes les cédules de la dépense ordinaire de vous , de la reine et du duc d’Aquitaine soient diligemment visitées : et par ce pourra-t-on savoir à combien montent les dites dépenses pour an , qui ne montent pas à 200,000 fr. , autant que les gouverneurs en lèvent, tant sur le domaine comme sur les aides.

» Item , quant au regard de la cour de parlement , il est nécessaire que ceux qui seront trouvés non suffisants soient déposés , et en leurs lieux mises certaines personnes notables, et qu’on y garde les conditions anciennes.

>' Quant aux généraux des finances , à la justice , trésoriers, greffiers , leurs clercs , y soit notablement pourvu et réduit selon le nombre et usage anciens.

« I(cm , en la chambre des comptes pareillement , combien qu’en icelle soient aucuns bons prud’liommes anciens, qui vous dussent avertir de ce.

» Item , quant aux élus de votre royaume , et aussi aux receveurs des aides , il nous semble que , pour le bien de vous et de votre peuple , et afin que vous ayez plus de finances , si les juges eussent eu la charge des dites finances , vous eussiez gagné une grand’ somme de deniers , lesquels emportent les dessus dits élus.

» Item, il nous semble qu’on devroit élire par bonne et vraie élection certains sages hommes , afin qu’ils soient seuls et pour le tout à votre conseil avec ceux de votre lignage , afin de vous loyaument conseiller et avertir de vos besognes et de votre royaume , non ayant l’œil à quelconque chose fors tant seulement au bien de vous et de votre royaume , et qu’en ce faisant fussent gardés et substantés de vous et de votre justice , en telle manière que tout ce qu’ils aviseroient pour le bien dessus dit fût mis à exécution , sans contradiction nulle , et qu’ils fissent à vous les serments qui ont été faits , avec encore autres serments solennels , comme il est dessus dit.

» Item , et nous semble qu’on devroit pourvoir aux frontières de Picardie et d’Aquitaine et des autres pays , en donnant à chacune partie raisonnablement somme d’argent pour la défension des dites frontières , pour contester à la malicieuse occursion de ce royaume, tellement et si convenablement que nuis inconvénients ne s’en puissent ensuivir.

» Item , et à pourvoir aux inconvénients qui viennent chacun jour par les prévôts, fermiers, et spécialement sur les pauvres et simples gens , il est expédient d’aviser bonnes et suflîsantes personnes, ajant gages raisonnables, pour , de votre partie , avoir regard sur les prévôts et fermiers, sans grever les pauvres gens en demandant amendes irraisonnables.

» Item , et poureeque les dits inconvénients sont moult grands, et qu’il y a plusieurs autres inconvénients et larcins qui ont jà grand temps duré , auxquels ne pourroit être si tôt pourvu, votre fille et vos sujets devant dits comprennent et promettent d’eux y employer à leur pouvoir.

» Item , votre fille et vos sujets devant dits vous supplient , tant humblement que faire le peuvent , que vous veuillez remédier aux choses devant dites , c’est à savoir à ceux qui ont eu excessivement vos trésors sans cause raisonnable , et que vous veuillez ordonner aucunes personnes de votre sang , avec autres bonnes personnes qui ne soient point de l’appartenance des devant dits , qui puissent réformer tous ceux qui ont délinqué, de quelconque état qu’ils soient.

» hem , et qu’il vous plaise commander aux prélats et bourgeois des provinces ci étant qu’ils nomment tous ceux de leurs provinces qui ont commis aucune défautc ès choses devant dites.

» Ijcsquelles choses, notre très souverain seigneur , votre fille devant dite et vos dits sujets exposent très humblement , comme ceux qui entre toutes les choses désirent votre bien et honneur, à la conservation de votre couronne et domination. El ne l’a pas dit votre dite fille pour en amender temporeilemenl , mais pour faire son devoir ; car chacun sait bien qu’elle n’a pas accoutumé d’avoir les offices ni le'S profits , ni de soi entremettre sinon de son étude , et vous remontrer ce qui est à votre profil et à votre honneur , quand les cas le requièrent. Et jà soit ce qu’elle soit par plusieurs fois venue devers vous pour vous remontrer plusieurs des dessus dites choses , toutefois provision n’y a pas été mise, dont votre royaume est en si grand danger que plus ne peut. Et faut cette fois que vos bons et loyaux sujets s’acquittent devers vous. Et à démener ladite besogne , votre fille et sujets dessus dits requièrent l’aide de votre fils aîné le duc d’Aquitaine et le duc de Bourgogne , qui piéça a encommencé la dite besogne et proséculion, sans épargner cœur ni chevance ; avec lesquels s’est ajoutée votre dite fille , considérant les choses être raisonnables; mais tant par de grands empêchements qui par diverses manières y ont été naguère mis par aucuns des gouverneurs dessus dits , doutant être repris, la dite proséculion a été délaissée , car ils se sont enforcés de l’empêcher de tout leur pouvoir, comme font ceux qui présentement sont.

» Requièrent aussi les dessus dits à nos très redoutés seigneurs, c’est à savoir de Ncveis,

de Vertus, de Charolois, de Bar et de Lorraine , aux connétable et maréchal deFrance, au grandmaître de Rhodes , à l’amiral , au maître des arbalétriers, et généralement à toute la chevalerie et écuyerie de votre royaume , qui est ordonnée pour la conservation de votre couronne , aussi à vos conseillers et à tous vos autres sujets, que, pareillement, chacun selon son état se veuille acquitter devers votre majesté. Et pource qu’aucuns des dessus dits ont dit publiquement que ce que votre fille dessus dite vous expose, c’est par haine et par relation de peu de gens , c’est à savoir de cinq ou six, plaise vous savoir qu’elle n’a pas accoutumé de soi informer par celle manière ; mais elle a été informée parce que la chose est toute claire et notoire, et cuide qu’il n’y ait ci homme de si petit entendement qui ne connoisse bien la défaule des dessus dits. Et aussi en a été avertie par plusieurs personnes aimant votre bien. IMais par telles paroles n’ont-ils pas gagné leur cause ; car pour quelconque leur volonté , elle ne se taira pas , sauve votre volontaire audience.

» El conclut votre dite fille que vous poursuiviez diligemment les choses devant dites, sans quelque dilation : et à ce poursuivre se veut-elle employer sans faire quelque faute envers vous ; car autrement votre dite fille ne s’acquilteroil pas envers votre dite majesté royale L »

Après laquelle conclusion faite par l’université de Paris , et qu’ils eurent requis aux princes et seigneurs , et aussi aux prélats là étant, d’être avoués de ce qu’ils avoient dit et proposé pour le bien du roi , de son royaume et de la chose publique , et que les dessus dits les burent avoués en leur disant qu’ils étoient prêts de les assister du tout , en mettant et faisant mettre toutes les besognes dessus dites à pleine exécution , les gouverneurs du roi , c’est à savoir de ceux qui avoient eu la gouverne des finances , furent fort émerveillés, et eurent grand doute qu’ils ne fussent arrêtés personnellement. Et entre les autres , maître Henri de Maries , chancelier de France , voyant qu'il

* Conformément à cette requête, le roi fit paraître l’ordonnance générale pour la police du royaume, qui fut publiée le 26 mai 1419. Voyez le tome 10 des Ordonnances.

étoit accusé comme les autres , par certains moyens qu’il trouva se trahit devers le roi , et fit tant par ses belles paroles qu’il fut bien content de lui , moyennant qu’il lui promit à payer une grosse somme d’argent en dedans brefs jours ensuivant.

Le samedi ensuivant, second jour de mars , Andrieu Guiffart , un des trésoriers , fut pris et mis en Châtelet, et son compagnon, Jean Guérin , s’enfuit en une église, et là se tint.

Messire Pierre des Essarts , prévôt de Paris, qui naguère avoit eu grand gouvernement au voyage de Bourges , lequel le duc de Bourgogne avoit toujours soutenu , mais l’amour étoit refroidi , parce qu’il s’étoit depuis peu montré trop affecté à la partie d’Orléans, se partit de la ville de Paris . et envoya à Charenton, pour prendre le pont pour avoir passage, Thomelin de Brie et autres hommes d’armes ; lesquels furent pris par ceux de la dite ville de Charenlon, qui en étoient avertis, et furent emmenés prisonniers en la tour du Louvre. Et le dit prévôt , prenant un autre chemin , échappa et s’en alla à Cherbourg, dont il étoit capitaine, et là se tint aucune espace de temps. Et bref ensuivant, Le Baudrin de La Heuse ^ fut constitué prévôt de Paris ; et lors le roi fut malade de sa maladie accoutumée. Et pour tant toutes les besognes du royaume étoient conduites par le duc d’Aquitaine. Et adonc fut ordonné que plusieurs officiers royaux , et par spécial ceux qui avoient en main les finances du roi, seroient arrêtés jusqu’à tant qu’ils auroient rendu compte de toutes leurs recettes.

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