LH
c’étoit pour le bien et utilité de lui , de sa génération , et pour le bien public de tout son royaume , et aussi à la conservation de sa domination et seigneurie. Et entre-temps, le duc de Bourgogne, voyant icelle armée et assemblée en l’hôtel du roi , descendit devers eux , et leur pria très acertes qu’ils s’en allassent de là, en eux demandant qu’ils vouloient, et à quoi ils étoient là venus ainsi armés ; car il n’étoit pas bon ni expédient que le roi, lequel n’avoit guère qu’il étoit retourné de sa maladie, les vit ainsi assemblés et mis en armes.
Lesquels répondirent qu’ils n’étoient pas assemblés pour mal, mais pour le bien du roi et du dit royaume, en lui baillant un rôle, et disant qu’ils ne se partiroient de là pour quelque chose jusqu’adonc qu’on leur eût rendu et baillé ceux qui étoient écrits au dit rôle ; c’est à savoir Louis de Bavière , frère de la reine, et les chevaliers qui s’ensuivent : Charles de Vil- 1ers, Conrard Bayer, Jean de Nesle, le seigneur d’Olhaing , l’archevêque de Bourges, c’est à savoir maître Guillaume Bouratier, confesseur de la reine, .Tcan Vincent, Coline de Picul , Jeannet de Coustcvillct , Mainfroy, trésorier du duc d’Aquitaine, et un chevaucheur du duc d’Orléans, qui étoit là adonc venu à cette heure, et avoit apporté lettres au roi de parson maître; dame Bonne d’Armagnac, dame de Montauban , la dame du Quesnoy, la dame d’Avelin, la dame de Noyon, la dame du Châtel et quatre damoiselles. Et quand le dit duc de Bourgogne vit que rien ne profitoit chose qu’il dît, s’en retourna devers la reine, cl lui dit ce qu’ils demandoient, en lui montrant le dit rôle. Laquelle, moult troublée , appela son fds d’Aquitaine , et lui commanda et dit qu’il allât , avec le dit duc de Bourgogne, devers iceux, et de par elle leur priassent tous deux affectueusement que jusqu’à huit jours tant seulement se voulsissent déporter de la prise de son frère, et au huitième jour, sans nulle faute , elle leur baillera à faire leur volonté ; ou sinon au moins souffrent qu’elle puisse le faire mener après eux là où ils le voudront avoir prisonnier, soit au Louvre , au palais ou ailleurs. Laquelle chose ouïe de sa mère , si retourna le dit d’Aquitaine un petit arrière en une chambre de secret, cl là commença à pleurer; lequel , par renhorlemenl du duc de Bourgogne, s’abstint
de pleurer ce qu’il put en torchant ses larmes ; puis issit et vint à eux , et là le dit duc de Bourgogne leur exposa la requête de la reine en bref. Lesquels , du tout refusant , dirent et affirmèrent qu’ils monteroient en la chambre de la reine, et, en la présence du roi, les prendroient et les emmèneroient prisonniers si on ne les leur bailloit promptement.
Et quand les dits ducs ouïrent celle réponse, ils retournèrent devers la reine ; et présent son dit frère , qui étoit venu devers le roi et elle , parlèrent ensemble, et ce qu’ils avoient trouvé ils lui dirent. Adonc le frère de la reine, voyant qu’il ne pouvoit échapper de leurs mains , il , plein d’arncrlume et de détresse , descendit à eux , et leur pria et dit qu’il fût tout seul mis en garde ; et que, s’il étoit trouvé coupable , il fût puni sans miséricorde , et si non que sans longue demeure il fût délivré, et qu’il s’en pût retourner en Bavière sans plus retourner en France. Et les autres après descendirent ; et aussi firent les dames et les damoiselles 5 mais ce ne fut pas sans grands pleurs et à grand’ effusion de larmes.
Lesquels tantôt furent pris et mis sur chevaux deux à deux , en telle manière que derrière les deux avoit quatre hommes d’armes , et ainsi des autres ; et furent menés les uns au Louvre et les autres au palais. Et en ce faisant étoient ceux de Paris à grand’ compagnie de gens d’armes , qui devant et derrière les dits prisonniers alloient. Et ce fait, le roi s’en alla seoir au dîner; et la reine avec son fils entra en sa chambre moult fort pleurant. Et un peu d’espace après, le dit chevalier fut délivré , et aussi fut le sire d’Olhaing, lequel fut fait chancelier d’Aquitaine, dont il avoit été ôté. Et le duc de Bourgogne, qui avoit la garde du duc de Bar, son cousin-germain, et de Pierre des Essaies , et aussi de Antoine des Essarts et d’autres plusieurs prisonniers qui étoient au Louvre, et lesquels il faisoit administrer par ses gens, et s’en étoit fait pleige , de laquelle pleigerie il s’en déporta du tout , et les restitua et rendit à ceux de Paris. Desquels furent plusieurs translatés du Louvre au palais par ceux de Paris et de par le roi. El de par le roi et par lui furent commis douze, commissaires chevaliers et six examinateurs pour connoître et juger, scion l’exigence, des crimes des dits pri-
sonniers. Et après fut baillé par écrit à ceux de Paris , qui avoient fait les besognes dessus dites, de par le duc de Berri , oncle du duc de Bar, et aussi au pourclias de la comtesse de Sainl-Pol et de ses autres amis, un certain traité, lequel ils envoyèrent devers l’université de Paris, pour avoir leur avis et consentement sur les choses dessus dites. Lesquels répondirent que de ce en rien ne vouloient entremettre ni empêcher. Et dirent outre, en plein conseil du roi, que par eux ni de leur conseil n’avoient pas été pris les dessus dits duc de Bar et autres prisonniers, mais leur en déplaisoit.
Et adonc iceux Parisiens, voyant la dite université être déjointe d’eux , doutant aucunement que des besognes dessus dites ne fussent au temps à venir demandés, impétrérent devers le roi et son grand-conseil un mandement royal pour leur décharge et excusance, duquel la teneur s’ensuit :
« Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront , salut.
» De ta partie de nos très chers et bien amés les prévôts , échevins , bourgeois et habitants de cette bonne ville de Paris , savoir faisons nous avoir été exposé que, pour l’urgent et évident profit et utilité de nous et de notre très cher et très amé premier fils Louis duc d’Aquitaine, dauphin de Vienne , pour le bien aussi de notre domination et bien public de notre royaume , pour le salut et sûreté de notre dite ville de Paris , et pour obvier aux grands inconvénients qui, par le fait de plusieurs nos officiers et autres , tant par défaut de bonne justice comme autrement , qui adviennent de jour en jour, et éloient en aventure et voie d’ensuivir plus grands à nous et à notre domination et à la chose publique de notre royaume , et aussi à notre dite ville de Paris , ont été par les dits exposants ou plusieurs d’eux cordialement naguère faites certaines prises en notre dite ville sur aucunes personnes , hommes et femmes , tant de notre sang et des hôtels de nous et de notre très chère et très amée compagne la reine, et de notre dit fils, et de très amées et très chères filles la duchesse d’Aquitaine et la comtesse de Charolois, comme autres gens et officiers de nous, et notre dite compagne, et de nos
dites filles et fils. Pour lesquelles prises faites , considéré la grandeur et qualité des personnes de ceux ainsi pris ou la plus grand’ partie, par grand’ congrégation de gens d’armes et autrement leur convint faire ; lesquelles personnes furent et sont prisonniers en notre châlel du Louvre et en notre palais royal à Paris, et ailleurs ès prisons de nous en notre dite ville de Paris, tant pour certains cas, machinations , conspirations et autres crimes , qui par les dites personnes ou aucunes d’icelles on dit avoir fait et être commis et perpétrés contre nous et notre dit fils et le bien public de notre royaume et de notre dite ville de Paris et des dits exposants ou de ce sachants et consentants et participants, en favorisant et soutenant les dits cas , conspirations , machinations , crimes et leurs faveurs et autrement en moult de manières délinquants, comme pour certaines autres causes touchants le gouvernement de notre personne , de notre dit fils et de la police de notre dite ville de Paris et de tout notre royaume; afin que par nous et nos gens et officiers de notre royaume à ce commis et ordonnés de par nous, soit fait et ordonné ainsi qu’il appartenoit ; et que aussi par icelles personnes bonnes et nécessaires pour le bon gouvernement , tuition et défense de notre dit royaume , du bien public et de noire dite ville de Paris , qui est le chef et principale ville de tout notre royaume, ne soient aucunement empêchés comme ont été au temps passé par leur coulpe aucuns d’eux et de leurs complices, qui de ce doutants être punis s’en sont fuis de la ville de Paris.
» Et pour ce les dits exposants nous ont requis et supplié que, comme, pour les causes et motifs devant dits, la grand’ révérence aussi et l’amour naturelle qu’ils ont à nous qui sommes leur souverain seigneur et naturel , et à notre dit premier fils, afin que bonne provision et ordonnance soit mise au gouvernement, tuition et défense de notre royaume et de la chose publique d’icelui pour la salvation et sûreté de nous et de notre dite seigneurie et aussi de notre dite ville de Paris ; et à ôter et faire cesser tous les empêchements qui pourroient venir pour le fait des dites personnes et d’autres leurs complices , les dites prises et emprisonnements soient; et comme ils sont par eux faits par vraie et pure intention, ayants
le regard au bien , honneur il profit de nous et de noire royaume et de la chose publique de notre dil royaume : nous voulons les dites prises et Pinprisonnemenls qui ont été faits pour l’honneur et utilité et profit de nous , de notre seigneurie et de notre dit fils, pour le bien et la police de la chose publique de notre royaume, et pour la salvalion et sûreté de notre dite ville de Paris, comme dil est, et pour plusieurs autres causes et considérations justes, qui à ce nous meuvent. Les dites prises et emprisonnements sont faits de droit ; et aussi les dits exposants et tout ce qui pour ce s’en est ensuivi, ainsi et par la manière que par eux a été fait et les choses par eux faites, dont nous sommes acertené être fait pour le bien, honneur, profit et utilité de nous et de notre royaume, comme dit est ; tant au regard d’eux comme au regard de tous ceux qui à faire les dites prises ont été en leurs compagnies et qui en ce leur ont baillé aide, conseil et confort par quelque manière que ce soit ou puissent être , soient nobles ou autres. Et par la délibération et avisement de plusieurs tant de notre sang et lignage comme de nol re grand-conseil, les avons alloués , approuvés et avoués. Et par la teneur d’icelles, de notre science pleines et certaines les avouons , louons et approuvons et avons pour agréable ; et ne voulons que eux ou aucuns d’eux, pour cette cause ou aucunes des dépendances d’icelles, soit pour le présent ni en temps à venir, puissent être travaillés, molestés ou empêchés en corps ou on bien , ni aussi traits, ni convenus, ni mis en cause, ni en cour, ni en jugement par quelque manière que ce soit, ni aussi pour quelconque couleur, cause ou action que ce soit ou puisse être ; mais de ce soient tous et chacun d’eux tenus quittes et paisibles perpétuellement.
» Si donnons en mandement à tous nos amés et féaux conseillers les gens tenants et qui tiendront notre parlement présent et à venir à Paris, aux maîtres des requêtes de notre hôtel, les gens tenants les requêtes en notre palais royal à Paris , aux gens de nos comptes et aux commissaires naguère par nous mis et ordonnés à connoîlre et enquérir et savoir des causes et cas des dits prisonniers en notre chûteldu Louvre, et ailleurs en nos prisons en notre dite ville de Paris , au prévôt de Paris et à
tous nos sénéchaux, baillis , prévôts, juges et autres justiciers et otRciers de nous présents et à venir ou à leurs lieutenants et à chacun d’eux, si comme à lui appartiendra, que ces présentes et le contenu d’icelles ils fassent solennellement publier, chacun ès mettes de leur juridiction et puissance , ès places et lieux èsquels publications et proclamations ont accoutumé être faites, cl icelles tiennent, servent et accomplissent ; et avec ce fassent tenir, garder et accomplir de point en point selon leur forme et teneur, en faisant, souffrant et promettant les dits exposants et chacun d’eux et autres , d’en ouïr et user pleinement et paisiblement. Et pource que les dits exposants pourroient au temps à venir avoir à faire de ces présentes lettres en plusieurs et divers lieux , nous voulons qu’à nos dites lettres on ajoute aux copies ou aux vidimus d’icelles faites sous le scel du Châtelet ou autres sceaux royaux ou authentiques , pleine et et vraie foi comme on feroit à l’original, et qu’elles soient de tel effet et valeur comme les dites lettres et originaux, auxquels, en témoin de ce , nous avons fait mettre notre scel.
» Donné à Paris le vingt-quatrième jour de mai de l’an de grâce mil quatre cent et treize , et de notre règne le trente-troisième.
» Signé par le roi en son grand-conseil , auquel étoienl les ducs de Berri et de Bourgogne, le connétable de France, l’archevêque de Bourges, l’évêque d’Evreux et l’évêque de Tournai, le grand-maître-d’hôtel , le seigneur de LaTrimouille, gouverneur du dauphin, messire Antoine de Craon, Philippe de Poitiers, le chancelier de Bourgogne, l’abbé de Suint-Jean, maître Eusfache de La Chère, les .seigneurs de yiefville, de Mont-Béron cl de La Boche-Foucault *, le prévôt de Paris, messire Charles do Savoisy , l’hermite de Paie et Jean de Courcel-
• Guy VIII, seigneur de La Rochefoucault, fut un des premiers nobles de Guicniie <|ui fit hommage à la couronne de France, après la |)ai\ de r.religin. Froissait fait mention d’un duel qui eut lieu, en |:1S0, entre Guy de La Rochefoucault et (iuillaiime de .Vlontferrand. La Rochefoucault y fut accompagné par deux cents gentilshommes de sa famille. Il épousa Marguerite Je Graon, fille du sire de .Xeuville et de Monthazon, dont il eut dcu\ fils. Foucault 111, sire de La Rochefoucaull, mentionné ici, et Aunar, sire de Monlbazon et de Sainte-Maure.
CHKOrSlQUES Ü’ENGÜERRÆND DE MONSTRELET. [1413]
les, le seiiîncur d’Allègres, maître Mille d’Orgernonl, Raoul Le Sage, Mille d’Angcul , Jean *Üe Longueux, el plusieurs autres.
» P. N-VVARON. »