CHAPITRE eXXX
Comment ceux de la ville d’Arras sc foriifièrenl à grand’ puis- «ancc, et ardirent et démolirent plusieurs notables édifices autour de leur ville.
Ceux de la ville d’Arras, qui de jour en jour étoient attendants d’être assiégés par toute la puissance du roi de France , faisaient grands préparations pour résister et eux défendre contre tous leurs adversaires, c’est à savoir de faire bouleverts au dehors de toutes leurs lentes et grosses chaînes plantées par grand’ maîtrise, et aussi de barrières et fossés en plusieurs lieux, afin qu’on ne les pût approcher. Dedans lesquels bouleverts et sur les tours et murailles constituèrent et assirent tout autour de leur dite ville, et pareillement de la cité, plusieurs gros canons, vcuglaires et autres habillements de guerre à grever leurs ennemis. Dedans la¬
quelle ville étoit, comme dit est dessus , messirc Jean de Luxembourg, capitaine-général, accompagné de plusieurs capitaines et autres notables et vaillants hommes de guerre dont dessus est faite mention , lesquels furent toujours assez unis et bien d’accord les uns avec les autres. Si se conclurent tous ensemble d’att{’ndre cl résister contre toute la puissance du roi et des princes étants avecque lui.
El pour tant, après icelles conclusions, le dit de Luxembourg fit publier au son de la trompette que tous bourgeois et habitants de la ville et autres, de quelque état qu’ils fussent, qui avoient leurs femmes, enfants, filles et fils, avec aucuns de leurs biens et meubles, réservé vivres, les menassent et conduisissent partout oû il leur plairoit ès pays, villes et forteresses du duc de Bourgogne. Et avec ce, que tous les habitants et gens de guerre se pourvussent chacun de vivres pour quatre mois , ou qu’ils vidassent la ville.
Après lesquelles publications plusieurs des dits bourgeois et habitants d’icelle menèrent leurs femmes, enfants et aucuns de leurs biens és villes de Douai, Lille, Béthune, Aire et autres lieux où bon leur sembla.
En outre, les dits capitaines firent abattre et démolir plusieurs notables églises, maisons et édifices tout autour de la ville, c’est à savoir l’abbaye de laTieuloie, l’église des cordeliers, celle des jacobins et aucunes autres. Et pareillement à l’autre côté vers la cité furent ars et et démolis tous les faubourgs de Vaudemont , où il y avoit très grand circuit et habitations de très notables édifices, tant hôtelleries comme autres lieux, qui tous furent ars et détruits à la confusion des habitants d’iceux faubourgs.