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CHAPITRE CXXIX

Comment le duc de Bourgogne assit ses garnisons en i)lu-

sieurs lieux, el le roi , parlant de Péronne avec son exor-

cite^ alla assiéger Bapaume.

Or est ainsi que, devant le parlement dudit duc de Bourgogne de la ville de Douai , le dit duc assit ses garnisons en plusieurs villes et forteresses en la comté d’Artois , et furent mis dedans la dite ville de Douai grand’ partie de Bourguignons du pays de Bourgogne , sous la conduite de messire Gautier de Rupes et autres capitaines ; et en la ville d’Arras fut commis capitaine-général messire Jean de Luxembourg, qui étoit lors jeune chevalier, avec lequel pour le conduire étoient le seigneur de Rouq, messireGuillaume Bouvier, gouverneur d’Arras , le seigneur de Noyelle , nommé le Blanc Chevalier, Alain de Vendôme et plusieurs autres vaillants hommes de guerre, jusqu’au nombre de six cents hommes d’armes et autant d’archers. Et si y étoient de Bourgogne en chef le seigneur de Montagu, messire .lean do Vienne, Le Borgne de Thoulongeon , chevalier, messire Guillaume de Champ-Divers, le bâtard de Grantson et autres , jusqu’à six

cents hommes d’armes. Et de la communauté étoit capitaine le seigneur de Beaufort à la Barbe. Et ès autres villes étoient commis autres notables hommes selon la disposition du dit duc. Lesquelles gens de guerre firent plusieurs courses sur aucunes des terres et seigneuries de ceux qui tenoient la partie d’Orléans ; et même messire Jean de Luxembourg, un certain jour, atout grand nombre de combattants, vint à la ville de Ham-sur-Somme, laquelle étoit au duc d’Orléans, et tantôt par iceux fut toute robee et devôtue de tous biens par les dessus dits ; et avec ce furent fustés aucuns villages à l’environ pour et à la cause devant dite; pareillement Hector de Saveuse, Philippe de Saveuse, son frère, Louis deWargnies et plusieurs autres capitaines passèrent l’eau de Somme par Hangest , emprès Péquigny, et de là s’en allèrent en la ville de Blangy, emprès IMonceaux , appartenant au comte d’Eu , laquelle étoit fournie et pleine de tous biens ; mais tantôt fut toute robèe par iceux, prenants hommes et tous autres biens qu’ils pouvoient atteindre , atout lesquels s’en rctournoient au pajs d’Artois. El ainsi souventes fois les gens du duc de Bourgogne faisoient telles courses dont le pauvre peuple étoit moult travaillé.

Et le neuvième jour de juillet issit le roi avec scs princes de la ville doPéronne, et s’en alla faire son pèlerinage à Notre-Damc-de- Cuerlu, et de là alla loger sur une petite rivière assez près dcMiraumont. Et le jeudi ensuivant s’en alla devant la ville de Bapaume , appartenant au duc de Bourgogne; devant laquelle fut fait chevalier le comte d’Auxerre par ]a main du duc de Bourbon, qui menoit l’avanlÿarde, et y étoit venu dès le point du jour. Auquel heu le roi fit chevalier de sa propre main le comte d’Alençon et plusieurs autres; et là étoient les seigneurs de Bossay et de Gaucourt, qui cxcrçoicnl les ofiiees des deux maréchaux de France, c’est à savoir de Boucicaut et du seigneur de Longny.

Et adonc le roi, venu devant icelle ville en moult belle ordonnance, se logea premièrement dedans une abbaye de nonnains au dehors d’icelle, cl tous ses gens se logèrent autour de la ville, cl fut en bref terme du tout , environnée très puissamment. Laquelle ville 1

est en haut lieu sans y avoir fontaine ni missel courant; et si étoit la saison de l’été moult sèche, pour quoi il fallut qu’iceux par pure nécessité fussent contraints d’aller querre de l’eau en une rivière qui court auprès du dit Miraumont, en bouteilles, tonneaux et semblables vaisseaux portants à leur ost à chars , charrettes et autrement, le mieux qu’ils pouvoient. Et ainsi , par la grand’ multitude de gens et chevaux qui étoient en l’ost , furent plus contraints de soif que de famine ; pour quoi ils s’avisèrent, aucuns en y eut, de commencer à enfouir nouveaux puits ; et tant en l’œuvre continuèrent qu’en bref eurent plus de cinquante puits où ils liroient eau claire en si grand’ abondance qu’en tout l’ost on avoit un cheval abreuvé pour quatre deniers.

Or, advint qu’un certain jour le duc d’A quitaine manda les capitaines élanis en la dite ville et chàlel de Bapaume , c’est à savoir Fersy de Hangest, messire Jean de Jumont et Adam d’Anclus , lesquels venus devers le dit duc d’Aquitaine, leur demanda pour quoi ils ne faisoient ouverture au roi, leur souverain seigneur, de la dite ville et chàtel de Bapaume. Lesquels lui repondirent très humblement qu’ils le gardoient pour le roi et pour lui qui étoit fils aîné du roi par le commandement du duc de Bourgogne; et requirent au duc d’A quitaine qu’on leur donnât trêves jusqu’au mardi prochain ensuivant, afin qu’enlre-temps ils pussent envoyer devers le dit duc de Bourgogne pour savoir quelle chose il vouloit faire et ordonner de la dite ville et chàlel ; lesquelles trêves tantôt leur furent octroyées et confirmées parle roi. En dedans lequel jour envoyèrent devers le dit duc remontrer la grand’ puissance qui étoit devant eux, et aussi la petite provision qu’ils avoient de vivres pour gens et chevaux; laquelle ouïe du dit duc, conclut avec iceux, et fut content qu’ils rendissent la ville et chàlel au roi cl à son fils d’Aquitaine, saufs leurs corps et leurs biens. Pourquoi, eux retournés au dit lieu de Bapaume, rendirent la dite ville et chàtel au roi et à son fils le due d’Aquitaine , et de là se partirent avec tous leurs biens, et étoient environ cinq cents bassinets et trois cents archers. Lesquels tous ensemble s’en ail rent à Lille devers leur maître le duc de Bourgogne ; mais à leur départie fu-

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rcnt détenus le varlct Caboche, qui portoit son étendard, cl deux marchands de Paris ; desquels l’un éloit nommé Martin de Coulominiers, et furent i\ tous trois les cols coupés. Et aussi Martelet du Mesnil cl Galilïrc de Jumelles furent arrêtés , pour tant qu’ils avoient été dedans Compiègne , mais depuis furent délivrés.

En ces propres jours fut publié , au son de la trompette, que tout homme, de quelque état qu'il fût, marchand ou autre , repairanl en l’ost du roi , portût la droite croix ou la bande, sur peine de confisquer corps et biens.

Esquels jours aussi furent envoyés de parle Toi et son conseil aucuns ambassadeurs en la \ille de Cambrai , devers le duc de lîrabant et la dame de Hainaut. Desquels ambassadeurs furent les principaux ; le seigneur d’Ivry, natif de Normandie , le seigneur de Ligny, natif de Hainaut , pour lors garde du scel du secret du roi, et plusieurs chevaliers et autres, jusqu’au nombre de deux cents bassinets. Lesquels venus à Cambrai eurent parlement avec iceux duc de Brabant et dame de, Hainaut ; mais nullement ne purent être d’accord ni condescendre au traité de paix. Et pour tant les dits chevaliers retournèrent à leur ost devers le roi , et le duc de Brabant et la dame de Ilainaut r’allèrcnl à Lille devers le duc de Bourgogne, leur frère, lui signifier qu’ils n’a voient pu besogner devers le roi de France.

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