‹ ChroniquesChapitre 132 sur 562 · I.IVUK l’RlüiiKP · texte numérisé non relu

I.IVUK l’RlüiiKP

et messire Gastelin Du Dos, avec une suffisante garnison sous lui. Auquel messire Gastelin, capitaine d’icelle ville par le roi , firent serment solennel le mayer et échevins de Bapaume avec toute la commune, de tenir loyauté au roi et à son commis.

En après, de Waucourl le roi alla loger, passant par devant Arras, en la ville de Vailly ; auquel lieu et devant les portes d’Arras eut très grandes escarmouches de gens du roi contre ceux de la ville; lesquels en grand nombre saillirent hors de la dite ville, tous à cheval, à l’encontre de leurs ennemis, desquels ils prirent prisonniers ce jour par plusieurs fois bien soixante ou au-dessus, lesquels emmenèrent dedans leur ville avec grand’ quantité d’autres bagages. Avec le roi éloient , comme dit est, son premier fils , Louis, duc d’Aquitaine , les ducs d’Orléans , de Bourbon , de Bar et de Bavière ; le comte des Vertus, le comte d’Alençon , le comte de Bichemont , le comte de Vendôme, le comte d’Auxerre, le comte de La Marche , le comte de Marie , le comte d’Eu, le comte de Roussy, l’archevêque de Sens , l’évêque de Laon , le comte d’Armagnac ; et si y étoit Charles d’Albrct, connétable de France , et aucuns autres chevaliers et écuyers menant l’avant-garde, en laquelle y avoit bien trois mille hommes d’armes sans les gens de trait ; et tant qu’en l’ost du roi étoient bien, comme on pouvoit estimer, deux cent mille personnes. Toutefois le roi alla de Vailly loger à la maison du Temple , vers le chemin de Bapaume, environ un jet de canon près de la ville, cl son fils le duc d’Aquitaine assez près de lui.

En après , le duc de Bourbon et ceux qui conduisoienl l’avant-garde entrèrent par un matin dedans les faubourgs de Vaudemont, et là se logèrent, nonobstant la résistance de ceux de ladite ville ; mais ce ne fut pas qu’il n’y eut de grands estours entre les deux parties.

Un autre jour, le duc de Bar, le comte de Marie, le comte d’Armagnac et ceux qui conduisoient l’arrière-garde se logèrent à l’autre côté ès faubourgs vers Bellemote, et par ainsi la dite ville d’Arras et cité furent tellement environnées qu’à grand’ peine en pouvoit-il saillir personne que tôt ne fût prise, combien que de jour en jour, durant le dit siège, iceux assiégés

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firent plusieurs saillies, une fois de pied, l’autre de cheval. Et souvent advenoit qu’ils sailloient dehors par deux portes ou par trois , tout en une heure. Auxquelles saillies souventes fois gagnoient plus qu’ils ne perdoient, comme il fut su certainement ; car devant le dit siège, à plusieurs saillies qu’ils firent de premier jusqu’en fin , emmenèrent dedans la ville bien douze vingts prisonniers, sans ceux qui demeuroient morts sur les places, dont ii y eut foison. El parspécial à une escarmouche qui fut sur l’eau entre Bellemote et la poterne d’Arras, y eut grand’ perte du côté des assiégeants, pourtant que ceux de l’avant-garde étoient passés à pied par dessus une petite planche, un au coup, jusqu’à six ou sept vingts, pour venir devers la petite poterne. Mais incontinent les assiégés partirent à l’encontre d’iceux pour les combattre , et de fait les rechassérent jusqu’à la dite planche. El iceux voyants qu’ils ne pouvoient passer sinon à danger, rechargèrent sur ceux de la ville , et les remirent jusque assez près de la dite poterne.

Finalement , par la vaillance et entreprise d’un homme d’armes nommé Perceval Le Grand, lequel conduisoit ceux delà dite ville, furent iceux assiégeants repoussés jusqu’à l’eau; et là furent très fort combattus, tant qu’il en demeura sur la place , pris et morts , bien cinquante, sans ceux qui se noyèrent en la dite rivière à saillir l’un sur l’autre pour passer outre, desquels on (ira le lendemain de quinze à vingt tout armés. Et des dits assiégés furent pris ou morts à icelles saillies durant le dit siège environ vingt hommes, entre lesquels furent pris gens de nom, Bcaugeois de La Beuvrière, le bâtard de Bellay, le bâtard d’Ambrine et aucuns gentilshommes de Bourgogne , mais grand’ partie de leurs meilleurs chevaux furent tués en faisant les dites saillies sur leurs ennemis.

En outre, le châlel de Bellemote, séant assez près d’Arras, durant le dit siège, se tint assez toujours de la partie du dit duc de Bourgogne. Auquel châlel fut commis pour le gardej* messire Fleurant d’Ancre et messire Simon de Behaignon , avecque lescpiels étoit un homme d’armes nommé .lean llose, lecpiel fut soupçonné de vouloir vendre le dit châlel , et pour

CHRONIQUES D’ENGUERRAND DE MONSTRELET. [I4l4]

celle cause fui dolenu prisonnier et ses biens confisqués. Toutefois le dit siège durant , fut la dite forteresse gardée par les devant dits chevaliers toujours en l’obéissance du duc de Bourgogne, nonobstant que les assiégeants missent grand’ peine d’icelle conquéler. Et tant qu’est à parler des courses et chevauchées que firent les gens du roi au pays d’Artois , de Ternois et à l’environ , le dit siège durant , il seroit long à réciter chacun à part soi. Mais entre les autres, un des bûlards de Bourbon et aucuns autres capitaines, accompagnés de mille combattants ou environ, allèrent fourrager la comté de Saint-Pol , en laquelle prirent et ravirent biens sans nombre : c’est à savoir paysans , chevaux , juments , vaches , brebis et plusieurs autres choses. Et mémement furent autour de la ville de Saint-Pol, en laquelle étoient le comte Waleran , soi disant encore connétable de France, et sa femme la comtesse, sœur du duc de Bar. Auquel Waleran iceux appelèrent i)ar plusieurs fois de moult de reproches, disants qu’il feignoit être malade, afin qu’il n’allât servir le roi son souverain seigneur, et en lui remontrant qu’il avoit grand’ affection au duc de Bourgogne, attendu que pour le servir il avoit envoyé messire Jean de Luxembourg, son neveu, et la plus grand’ partie de ses gens. Néanmoins le dit comte Waleran, oyant ces paroles et plusieurs autres, ne voulut oneques souffrir que ses gens saillissent à l’encontre d’iceux , pour la doute que le roi et son conseil n’en fussent mat contents. Et pour tant ne laissèrent pas qu’ils ne boutassent le feu et ardissent grand’ partie des faubourgs de la dite ville de Saint-Pol , et après s’en retournèrent à toutes leurs proies en l’ost du roi devant Arras. Et puis un autre jour s’assemblèrent bien douze cents combattants, lesquels chevauchèrent par-devant Lucheu , tout fuslant jusque devant la ville de Hesdin , où ils lirent moult de dommages. Mais ceux de la ville de Hesdin et d’autres places tenants le parti du duc de Bourgogne les poursuivirent bien et roidement, et rescouyrent aucuns prisonniers et aussi prirent aucuns d’iceux.

Ainsi et par plusieurs fois firent les gens du roi xdusieurs courses ès pays du duc de Bourgogne, dont le pauvre peuple fut moult fort travaillé et molesté.

En outre , les gens d’icclui duc de Bourgogne élants en scs bonnes villes et forteresses, c’est â savoir à Douai, Lens, Hesdin, Maiscrollcs et plusieurs autres, issoienl de jour en jour, en mettant aguets sur ceux do l’osl qui alloicnt en fourrage et aussi sur ceux qui d’Amiens, de Corbie, de Péronne et autres lieux menoient vivres à l’ost du roi ; lesijuels souvent détroussoient, tuoient et prenoient prisonniers. Et par spécial Hector de Saveuse, lors très renommé en armes, assembla de deux à trois cents combattants dessous son étendard, lesquels par plusieurs fois il mena secrètement en aucuns contre les gens du roi, dont il acquit renommée très grande. Et tant fit que son seigneur et maître le duc de Bourgogne l’eut moult pour recommandé. Avecque lequel se tenoit Philippe son frère, Louis de Wargnies, Lamon de Launoy et aucuns autres experts hommes d’armes.

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