CHAPITRE CXXXII
Comment le duc de Bourgogne fit assembler ses capitaines avecque leurs gens pour bailler secours à ceux d’Arras; et du comte d’Eu, qui fut fait chevalier.
En après, le duc de Bourgogne ayant volonté et intent on de donner secours à ceux de la ville d’Arras, manda tous ses capitaines, avecque lesquels il conclut de les envoyer en un certain jour entrer à puissance dedans le logis de Baudimont , où était l’avant-garde du roi , sous la conduite du duc de Bourbon, à l’encontre desquels dévoient saillir grand’ quantité de ceux de la ville, qui de ce étoient avertis : pour quoi iceux capitaines se mirent tous ensemble jusqu’à quatre mille combattants ; desquels étoient capitaines le seigneur de Croy, le seigneur de Fosseux , le seigneur de Jumont , le seigneur de Châlons, messire Gautier de Rupes et plusieurs autres, qui tous ensemble chevauchèrent jusqu’à quatre lieues d’Arras ou environ. Et adonc ordonnèrent et mirent leurs coureurs devant, lesquels coureurs furent Athis et Jacques de Bavière frères, Louis de Bussy et aucuns autres, qui tous ensemble furent pris des gens du roi et menés en l’ost. El pour tant les gens du duc de Bourgogne dessus dits, saclianls la prise de leurs dits coureurs et aussi espérant que par iceux leur entreprise seroit accusée ,
furent moult troublés, et tant que sans rien besogner s’en retournèrent chacun en en sa garnison; dont moult déplut au duc de Bourgogne.
Et est vrai que pour le temps que le roi vint devant Arras, ses gens prirent la forteresse d’Avesnes-le-Comte, qui étoit au dit duc, et celle de Villers-le-Châtel, qui étoit au seigneur de Gournai, toutes deux à quatre lieues d’Arras, dedans lesquelles étoient toujours grand nombre de gens du roi qui moult travailloient le pays, et aussi faisoient savoir à leur ost toutes nouvelles et assemblées faites par les dits Bour- «fuignons.
Durant lequel temps les assiégeants, c’est à savoir ceux de l’ost du roi, continuellement, comme dit est, s’elîorçoient de jour en jour de grever et combattre ceux de la ville par toutes voies et manières qu’ils pouvoicnt, tant de canons, veuglaires, bricoles et autres engins, et par spécial au lez vers Vaudemont travaillèrent fort iceux assiégés des engins dessus dits, et avecque ce par-dessous les murs, en divers lieux, firent plusieurs mines; entre lesquelles en firent une contre le dit lieu de Vaudemont sur intention d’entrer secrètement dedans la cité, laquelle des assiégés fut aperçue par une contre-mine qu’ils avoient faite, si fut rompue, et y eut grands poussis de lances les uns contre les autres.
Entre lesquels le comte d’Eu combattit contre messire Jean de Neufchâtel, seigneur de Montagu, assez vaillamment, jà soit ce que lors il étoit jeune d’âge ; et fut fait chevalier à cette besogne par la main de son beau-frère le duc de Bourbon. Après lesquelles armes les parties se départirent et retournèrent chacun à son côté. En outre, durant le dit siège messire Louis Bourdon et autres furent logés en l’abbaye du Mont-Saint-Éloi, à deux lieues d’Arras, laquelle étoit close de bonne muraille tout autour, et y avoit de moult notables édifices, qui tous, ou au moins la plus grand’ partie, furent dépouillés par les dessus dits de treillis, de fer, de plomb, de cloches et autres choses portatives.
Ainsi, et par cette manière, fut pour cette saison la comté d’Artois moult oppressée et travaillée par les gens du roi de Franco.