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CHAPITRE CXXXTII

Comment le duc de Brabant et la comtesse de Hainaut vinrent

devers le roi devant Arras, et traitèrent la paix de leur

frère le duc de Bourgogne et de ses pays.

Après toutes ces besognes, le lendemain do la décollation de saint Jean-Baptiste, vinrent le duc de Brabant et la comtesse de Hainaut sa sœur devers le roi et le duc d’Aquitaine, avecque eux aucuns députés par les trois états de Flandre, pour traiter devers le roi et son fils de la paix du duc de Bourgogne leur frère. Lesquels là venus, environ deux heures du matin, furent joyeusement reçus du roi, du dit duc d’Aquitaine et d’aucuns autres. En laquelle paix procurant furent données trêves entre les assiégeants et les assiégés, lesquelles durèrent jusqu’en la fin du dit traité , laquelle paix et concorde finablemenl faite fut publiée devant la tente du roi au son de la trompette, le mardi quatrième jour de septembre, à huit heures après di'ner, et fit-on commande très étroitement et sur grands peines que chacun très incontinent de l’un et de l’autre côté ôtât ses bandes, comme ceux de l’ost du roi, et les Bourguignons leur croix Saint-Andrieu, laquelle chose tantôt fut faite.

Après laquelle paix faite et publiée, se départirent de l’ost du roi aucuns seigneurs souffrant flux de ventre, c’est à savoir Louis de Bavière, frère de la reine, messire Charles d’Albret, connétable de France, et aucuns autres ; de laquelle maladie étoit jà mort messire Aimé de Sallebruse, damoiseau deCommercy, et autres infinies personnes. Pour laquelle maladie le roi, son conseil et ses princes furent contraints et plus enclins de convenir au traité de paix, afin de s’en retourner ès parties de France. Par la conclusion du dit traité furent offertes au roi, de par le duc de Brabant et la dame de Hainaut, pour et au nom du dit duc de Bourgogne, les clefs de la ville d’Arras et de la cité, et aussi promirent de mettre en l’obéissance du roi toutes les bonnes villes et forteresses du dit duc de Bourgogne, appartenants par tous ses pays au royaume de France.

Et adonc fut ordonné par le roi et son conseil d’envoyer dedans les dites villes d’Arras et de la cité le comte de Vendôme, grand-maîtred'iiôtel du roi, pour en icelles prendre l’obéis-

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sance; lequel là venu fil mclire les bannières du roi sur les portes d’icelle ville. En après reçut les serments dos habitants, lesquels proniirent d’ètre désormais bons et loyaux au roi ; et ce fait, le dit maîtrc-d’hôlel laissa de par le roi en icelles ville et cité capitaine le seigneur desQuesnes, vicomte de Poix, sauf et réservé que du don du roi ne furent pas empêchées la justice et revenues accoutumées du dit duc de Bourgogne.

Après lequel traité fut ordonné de par le roi et son conseil au duc de Brabant, à la dame de Hainaut, aux trois étals et aux députés d’ôtre et comparoir, à certain jour qui leur fut assigné, à Senlis, devers le roi et son conseil, pour du tout confirmer la dite paix et remplir les convenances faites par iceux au nom du duc de Bourgogne.

Et après, le mercredi cinquième jour de septembre, par nuit, environ douze heures, aucun homme mu de mauvaise volonté bouta le feu au logis du seigneur d’Alençon, lequel hâtivement fut si grand qu’a peine lui-méme put issir et fuir ès tentes du roi ; et quand le comte d’ Armagnac vit le feu ès dits logis fit sonner la trompette et armer tous ceux de l’arrièregarde, lesquels armés, ensemble le duc de Bar, issirent en belle ordonnance de leur logis, ès quels à leur département firent bouter le feu, et après par parties s’en allèrent mettre en bataille, les uns devant la porte Saint-Michel, les autres devant la porte Saint-Nicolas, et aucuns devant la porte de Haisarmes, afin qu’aucuns de leurs ennemis ne saillissent sur eux, car quelque traité qu’il y eût, n’avoient-ils pas grand’ fiance en eux. Et tantôt le feu saillant de logis en logis, saillit et prit au logis du roi cl ès autres partout l’ost, et tellement et si soudainement les éprit que dans le quart d’une heure ensuivant, il convint que le roi, son fils, duc d’Aquitaine, et tous ses princes désordonnérnenl se partissent et laissassent plusieurs prisonniers et aussi de leurs gens malades, lesquels furent ars. Et avccque ce y demeura plusieurs engins , tentes , habillements de guerre et grand nombre de queues de vin, qui tous, ou au moins la plus grand’ partie, furent péris par le feu ; et le duc de Bourbon, faisant l’avant-garde, se délogea assez ordonnément deVaudemonf. [

En lequel jour très matin issirent de la ville plusieurs de la garnison, gens de petit état, lesquels prirent et ravirent ce qu’ils purent atteindre des biens qui éloient en l’ost, et avecque ce plusieurs marchands et autres furent par eux détroussés, nonobstant la défense devant dite ; et par spécial, les Bourguignons de Bourgogne se mirent hors en grand nombre et détroussèrent par ce jour plusieurs gens du roi.

Ainsi, et par cette manière, Charles, roi de France, lui départant de devant Arras par Bapaume, s’en alla à Péronne, et de là à Noyon, à Compiègne et puis à Senlis, où il séjourna lui et ses princes tout le mois de septembre durant. Toutefois icelle paix et traité faite devant Arras, par le moyen du dit duc de Brabant, de la dame de Hainaut et des trois étals et députés de par le dit de Bourgogne, fut parconclue par la volonté et faveur de Louis, duc d’Aquitaine, premier fils du roi, lequel, comme dit est, avoit épousé la fille du duc de Bourgogne. Et combien que par avant avoient, par le dit duc de Bourgogne, été soutenues aucunes mutations à Paris du temps que fut pris le duc de Bar et aucuns serviteurs du dit duc d’Aquitaine, outre sa volonté, pareillement aussi lui avoient fait ceux de la partie d’Orléans : c’est à savoir lui avoient ôté ses serviteurs et fait plusieurs choses contre sa volonté et plaisir, pour quoi il étoit très désirant que toutes telles besognes fussent mises jus, afin que le roi et lui fussent servis et obéis en bonne union des princes et serviteurs de leur sang et lignage ; et nonobstant que par plusieurs fois lui furent dites et remontrées aucunes conclusions qui avoient été faites contre le duc de Bourgogne à Paris devant le parlement du roi, si répondit franchement à iceux qu’il feroit finir la guerre, et qu’il voyoil bien que par le moyen d’icelle le roi et son royaume étoient en voie de perdition. Et pourtant , comme dit est, se conclut au bien de paix, de laquelle la teneur s’ensuit.

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