CHAPITRE CXXXIX
Conimcnl le conUc de M'arwick et autres Anglois allèrent au concile de Constance ; et du .service que lit le roi pour sou frère le duc d'Orléans.
En ces jours le comte deAA'^arwick, trois évé* ques, quatre abbés et plusieurs autres nobles , chevaliers et clercs, docteurs en théologie et en décret, jusqu’au nombre de huit cents, vinrent à Calais par Flandre , allant au concile à Constance de par le roi d’Angleterre et de son dit royaume et de Puniversité d’Auxonie , en moult noble appareil; lesquels furent joyeusement reçus du pape et concile et du nouveau roi d’Allemagne et de Hongrie, tenant lui fermement comme avocat de l’église romaine ; à la coronation duquel , comme dessus est faite mention, furent présents le dit comte, évêques et ambassadeurs du dit roi d’Angleterre.
En outre , pource que le jour approchoit que la dame de Hainaut , son frère, le duc de Brabant et les députés de par les trois états de Flandre dévoient aller à Senlis pour accomplir le traité de paix du duc de Bourgogne , leur frère , avecque le roi , et pource que le conseil du roi étoit encore moult empêché pour autres certaines besognes survenues , Louis , duc en Bavière , messire Collart de Calville et aucuns autres ambassadeurs du roi furent envoyés pour prolonger le dit jour devers la dite dame et le duc de Brabant
En après, le samedi, veille des Trois-Roisprochain ensuivant , le roi dessus dit fit faire solennellement, en grand’ multitude de cierges et de torches , l’obsèque et office de défunt Louis , jadis duc d’Orléans , son frère , en l’église cathédrale de Notre-Dame de Paris , qui encore n’avoit pas été faite , présents le duc d’Orléans et le comte de Vertus , les ducs de Berri, d’Alençon, de Bourbon, et Louis, duc de Bavière, les comtes de Richemont, de La Marche, d’Eu et plusieurs autres, tous vêtus de noirs habits, excepté le duc d’Aquitaine, fils du roi, qui étoit parti le jour de devant à aller voir sa mère la reine et sa sœur la duchesse de Bretagne à Melun. Auquel service prêcha le chancelier de la dite église Notre-Dame de Paris, nommé maître Jean Gerson, docteur en théologie moult renommé, et si profondément et hardiment (pie plusieurs docteurs en théo-
LUKK PREMIER.
logie et autres s’en émerveillèrent , en recommandant icelui duc défunt et le gouvernement de ce royaume par lui administré en son vivant être meilleur que celui qui a été depuis. Au- ((ucl sermon il sembloit qu’il voulsît plus émouvoir la guerre que l’apaiser contre le duc de Bourgogne, en disant que pas il ne enhortoit ni conseilloit la mort du dit duc de Bourgogne ou sa destruction ; mais icelui dcvoit être humilié, afin qu’il reconnût son péché en faisant digne satisfaction, et par conséquent la salvalion de son ame. En outre, dit que l’exécution au carême dernier passé , devant la porte de cette église, de la proposition jadis de maître Jean Petit, par lui proposée au conseil de l'rance pour le dit duc de Bourgogne contre le duc d’Orléans défunt , comme mauvaise et fausse , avoit été bien faite, et qu’encore n’avoit-on pas fait tant qu’il appartenoit. Et comme il dit , il étoit prêt et appareillé de ce soutenir tout partout et contre tous.
Adonc le roi étoit en un oratoire emprés l’autel au droit lez, non vêtu de noirs habits. Après loi étoicnl le duc d’Orléans devant tous, pour la cause dessus dite du dit service de son feu père ; puis le duc de Berri , le comte de Vertus et plusieurs autres princes, tous par ordonnance assez écoutants le dit prêcheur. Là étoient deux cardinaux, c’est à savoir les archevê(iues de Rheims et de Pise, plusieurs évêques, et si grand’ multitude de clergé, de chevalerie et de peuple qu’à peine les pouvoit comprendre la dite église. Après lequel sermon les ducs d’Orléans et de Berri et le comte de Vertus recommandèrent au roi le dit prêcheur,
El le lundi ensuivant le dit roi fit faire un pareil service pour le dit duc d’Orléans défunt, en la chapelle des ci îcslins , à Paris, en laquelle il fut enterré, présents les dessus dits nommés. El prêcha au dit lieu maître Jean Cüurlccuisse, docteur en théologie, en ensuivant le propos de maître Jean Gerson.
Pareillement le dit roi fit faire encore un pareil service comme dessus, de vigiles, comniandations et messes pour le dit défunt d’Orléans, au collège de Navarre, à Paris, en la chapelle du dit lieu, présents ses parents dessus nommes, avecque le roi.