CHAPITRE CXL
Comnicnl le roi cl son grand-ronscil cmojcrcn' ponr (!c- Irousser les gens du duc de liourgogno, el de [du.sieurs ,iu- Ircs besognes qui se firent.
Orest vrai qu’après la destruction du châleî de Tonnerre dessus nommé, plusieurs hommes d’armes et gens de Irait qui avoient été à la destruction se tenoient ensemble par manière de compagnie, bien sept mille chevaux , et en plusieurs lieux faisoient moult de maux ès pays du roi, tant en Auxerrois comme ailleurs. Pour quoi fut ordonné de par le roi et son conseil le seigneur de Gaucourt , messire Gaslelin du Bois et plusieurs autres, pouriceux combattre et subjuguer; lesquels gens en manière de compagnie furent poursuivis par les dessus dits vigoureusement. Et en la fin y eut bien deux ou trois cents morts el pris, lesquels pris furent menés à Paris el mis en Châtelet, el depuis en y eut d’cxécutés, mais par avant le roi paya leur finance à ceux qui pris les avoient. El étoient condiiiseurs des dessus dites compagnies, Jaqueville, Fribourg et aucuns autres, lesquels, sachants l’assemblée des gens du roi venant sur eux , se retrahirent vers le pays de Bourgogne.
En après, messire Jannet de Poix, neveu de messire Jacques de Châlillon , seigneur de Dampierre el amiral de France, allant devers le duc de Bourgogne atout deux cents combattants ou environ , fut rué jus el détroussé de tous points, que oneques de sa compagnie n'en échappa qu’un seul homme , Icipiel se nommoit Tambulan, et se sauva jiar fuite; el tous les autres, comme dit est, furent morts et pris. De laquelle détrousse moult déplut au duc de. Bourgogne. El pareillement , Hector de Saveuse, qui avoit fort guerroyé les gens du roi devant Arras, fut pris, en faisant le pèlerinage de Liesse, par les gens du roi , cl mené à Paris de fait, si n'eùt été par le pourchas et prière de la dame dellainaut, eût été exécuté, el aussi parce que Philippe de Saveuse , son frère , prit prisonnier Henri de Boissy, seigneurde (îhaulc, et Euslache d’Ayne, seigneur de Sarton, lesipiels deux avoient do leurs prochains amis au conseil du roi , qui firent, grand’ diligence du dit Hector, afin que leurs amis dessus dits fussent délivrés, cl par ces
moyens fut icelui Hector mis à pleine cléli- \rance.
Pour lesquelles besognes et plusieurs aulnes, nonobstant la paix de devant Arras , si avoit-il peu de sûreté et d’amour; car la partie d’Oi léans se lenoit devers le roi et le duc d’Aquitaine ; pour quoi ceux de la partie de Bourgogne et tous ses favorisants n’avoient quelque accès ni gouvernement devers le roi , ainçois étoient traités â rigueur de justice très rudement. Et en pareil cas le dit duc de Bourgogne très rigoureusement traitoit et souffroit être traités ceux de la partie d’Orléans qui lui avoient été contraires la guerre durant.
Néanmoins, tellement quellement fut la paix traitée. Durant lequel temps la dame de Hainaut atout grand’ et noble compagnie par Vermandois , par Noyon et Compiègne vint à Senlis. Avec laquelle vinrent les députés des trois étals de Flandre moult noblement. Et après vinrent le duc de Brabant et le conseil du duc de Bourgogne , c’est à savoir l’évêque de Tournai , le seigneur de Rouq , messire Guillaume Bouvier, gouverneur d'Arras, maître Tliierry Le Roy et aucuns autres. Lesquels, après la requête du conseil du roi, allèrent à Paris pour plus convenablement traiter, excepté la dite dame de Hainaut , à laquelle son seigneur et mari avoit défendu et mandé par lettres qu’elle et ses gens de son hôtel n’allassent avant de Senlis ; auquel lieu elle fut honorablement reçue par le duc d’Aquitaine dessus dit , accompagné du duc de Berri, lesquels vinrent à Paris à l’encontre d’elle. Et après fut visitée des autres princes du sang royal ; et rnêmement de la duchesse de Bourbon , laquelle vint de Clermont à Senlis par l’accord de son mari , pour icelle festoyer, et demeura avecque lui toujours jusqu’au retour d’icelle.