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CHAPITRE CXLY

Comment Waleran, comte de Sainl-Pol, trépassa à Yvo's, en la comté de I.igny; des seigneurs du sang royal, el du duc d'Aquitaine, qui se partit de Melun.

Le dixiéme jour d’avril en l’an dessus dit mil quatre cent et quinze, AValeran, comte de Saint-Pol et de Ligny , soi disant encore connétable de France, accoucha malade dedans le chàtel d’ïvois, en la comté de Ligny; et la cause de sa maladie , comme il fut commune renommée , fut pource que son médecin lui bailla un clystère trop fort. Et environ douze jours après fina sa vie , et fut enterré en la grand’ église de la dite ville d’Yvois, devant le grand-autel, en grands pleurs et gémissements de ses gens, combien que par son ordonnance et testament , fait moult notablement en son vivant, il eût ordonné être rapporté et mis en l’abbaye de Clercamp, do laquelle ses prédécesseurs comtes de Saint-l’ol étoient fondateurs. Et dame Ronne, sa femme, sœur au duc do Bar, laquelle durant sa maladie manda pour venir devers lui, ayant désir et regret de parler à elle et la voir en son dernier jour, icelle faisant grand’ diligence, et avecquo elle la nièce du dit Waleran, sœur de messirc Jean de Luxembourg, vinrent et arrivèrent au dit lieu d’Yvois , environ deux heures après son trépas, nonobstant que, pour elles plus hûter à venir, chevauchèrent grand espace enjambées sur chevaux trottants. Lesquelles dames lé venues , voyant la mort d’icelui , furent moult

tristes et ennuyées en cœur. Et après que ta dite comtesse eut là séjourné environ huit heures, et licencié les gens d’armes du dit comte son mari, s’en retourna à Ligny on Barrois, auquel lieu elle fit célébrer en l’église collégiale un service pour son dit seigneur et mari. Et là, en l’absence d’elle, et par son procureur sutTisamment fondé, renonça à toutes les dettes et biens quelconques de son dit feu mari , excepté son douaire, en mettant sur la représentation de son dit seigneur et mari sa courroie et sa bourse, et demandant de ce aux tabellions publics, là étant présents pour la dite dame , un ou plusieurs instruments. Duquel comte furent héritiers les deux fils du duc de Brabant et de la fille du dit défunt sa première femme.

Auquel mois aussi les seigneurs du sang royal qui étoient à Paris allèrent à Melun au mandement de la reine et de son fils le duc d’Aquitaine pour lors là étant. Et ainsi que les dits seigneurs étoient en besognes avccque la dite reine de plusieurs choses, le dit duc d’Aquitaine, accompagné de peu de gens, se partit de là et alla à Paris. Duquel lieu il fit savoir aux seigneurs dessu’s dits que point ne retournassent à Paris jusqu’à tant que le roi ou lui les manderoit, et s’en allassent chacun d’eux en son pays visiter les besognes.

En après le dessus dit duc d’Aquitaine, sachant que la reine sa mère avoit grand’ finance és hôtels de trois hommes dedans Paris, c’est à savoir iMichaut de Laillier , Guillaume Séguin et Piquet de La Haye, entra soudainement és dites maisons atout ses gens , et prit ou fit prendre et emporter de fait toute icelle chevance avecque lui en son hôtel ; et prés fit évoquer les prévôts de Paris et des marchands avecipie l’université et grand nombre de bourgeois à venir devers lui au Louvre. Et là fit par l’évèque de Chartres, son chancelier , exposer par articles , de point en point , tout le gouvernement du royaume, en commençant à la coronation du roi son père jusqu’à présent ; comment le duc d’Anjou avoit ôté le trésor du roi Charles , jadis son layon , et porté et dépendu avecque lui en Italie : conséquemment des ducs de Bén i et de Bourgogne, trépassés; en après du duc d'Orléans, trépassé : et après ce , (lu duc de Bourgogne , qui est présente-

CHROMQLIES D’ENGUERHAND DE MONSTRELET.

ment vivant ; par lesquels toute ta finance du roi son père et de son royaume a élé traitée et exilée , en concluant que le dit duc d’Aquitaine, dauphin de AAenne , aîné fils du roi , ne vouloit plus souffrir telles gouvernances, ni telles choses, ni si grand’ destruction de biens de le royaume ni de son dit père. Et pour ce , en conseillant à la chose publique et au bien de tout ce royaume, en pourvoyant lui-méme seul et fermement, prenoit le gouvernement et la régence d’icelui ; et ce notifioit-il à eux et à tous autres à qui il appartient ou pouvoit appartenir.

Après lesquelles choses longuement et éloquemment exposées , tous retournèrent en leurs lieux; et les seigneurs du sang royal, prenants congé à la reine, se séparèrent l’un et l’autre. Et alla le duc de Berri à Dourdan , en sa comté d’Etampes, le duc d’Orléans à Orléans , et le duc de Bourbon en sa duché de Bourbon ; et le duc de Bourgogne étoit en Bourgogne, comme dit est. Le roi étoit malade en son hôtel de Saint-Pol en Paris. Et adonc le dit duc d’Aquitaine, accompagné du comte de Richemont, étant au Louvre, ôta sa femme de la compagnie de la reine , et la fil mettre à Saint-Germain-en-Laye.

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