CHAPITRE CXLYII
Comment le duc de Bourgogne envoya devers le duc d’.Vquitaine ses ambassadeurs; de la réponse qu’ils eurent, et du serment qu’il fit.
En ce temps, le duc de Bourgogne étoit moult sollicité par les complaintes et clameurs des bannis dessus nommés de Paris et de tout le royaume de France, lesquels il avoit reçus et recevoit, comme dit est par dessus, et moult enhorté de à ce remédier. Et pour cette cause envoya devers le duc d’Aquitaine, son beaufils, et le grand-conseil du roi à Paris, ses ambassadeurs , c’est à savoir sire Regnier Pot et le seigneur d’Ancre, chevaliers, l’évéque de Tournai et un avocat d’emprés Dijon , afin que les dits bannis par l’autorité du roi fussent révoqués , et que des cinq cents personnes à être bannies, selon le contenu et accord de la paix faite , nuis ne fussent bannis, mais toutes choses leur fussent pardonnées et abolies. Et avecque ce , que sa femme fût et demeurât avec lui à Paris, laquelle il faisoit demeurer à Saint-Germain-en-Laye ; et déboutât de sa compagnie une sienne amie qu’il tenoit en lieu de sa dite femme. Et après ces choses ainsi faites, iljureroitet liendroit la dite paix sans la violer; autrement, non.
Pour lesquelles choses ainsi exposées, le dit duc d’Aquitaine fut tellement ému que les dits ambassadeurs ne purent pas avoir plaisante réponse. Et un autre jour retournèrent devers le dit duc d’Aquitaine, espérants à avoir plus gracieuse réponse ; mais iceux, non ayant ni impétrant ce qui leur avoit été enjoint de leur maître et seigneur le dit duc de Bourgogne, dirent au dit duc d’Aquitaine : » Très redouté prince et très noble seigneur , avec
» ré\érencc, sachez que si vous n’accordez » ce que notre dit seigneur vous requiert, il » ne jurera pas la paix faite, ni tiendra icelle ; » et si vous étiez travaillé d’Anglois vos enne- » mis , il , ni ses vassaux ni sujets , ne s’ar- » mera pas pour vous, et ne vous servira ni » vous défendra. » Laquelle chose oyant , le dit duc d’Aquitaine fut de plus en plus ému en ire ; et néanmoins, en refreignant lui-même, dit que sur toutes choses il auroit conseil , et manderoit dedans bref temps à leur dit maître et seigneur sa volonté par ses légaux. Et ainsi retournèrent les dits ambassadeurs au pays de Bourgogne.
Et après ce , le dit duc d’Aquitaine eut délibération du grand-conseil du roi sur la pétition et requête faite au dit duc de Bourgogne ; auquel pays de Bourgogne furent envoyés de par le roi sire Guichard Dauphin , le seigneur de Viel-Pont, chevalier, et maître Jean de Vailly, président en parlement, ambassadeurs, lesquels le trouvèrent à Dijon, et avec lui tant traitèrent qu’il jura la dite paix comme avoient juré les autres dessus nommés ; et de son serment apportèrent lettres scellées de son scel ; lesquelles furent baillées à maître Etienne de Mauregard, comme les autres. Toutefois le dit duc de Bourgogne tenoit grand’ multitude de gens d’armes et de trait en la duché et comté de Bourgogne et autres lieux voisins, qui mangeoient et gâtoient moult de biens; et ce pour l’aider, garder et défendre s’il étoit besoin. Et le vingt-troisième jour de juillet, ces cinq cents personnes contenues ès lettres du roi faites de la paix du duc de Bourgogne et autres du sangroyal furent bannies du royaume de France au son de la trompette, en la présence des ambassadeurs du dit duc de Bourgogne, pour lors étant à Paris.