CHAPITRE XV
Comment le maréchal de France et le chef des arbalélriert
allèrent en Angleterre, par l’ordonnance du roi, en l’aide
du prince de Galles.
Environ ce temps, le maréchal de France et le maître des arbalétriers, par le commandement du roi et à scs dépens , assemblèrent douze mille combattants. Si vinrent à Brest, en Bretagne, pour aller secourir les Gallois contre les Anglois. Si entrèrent en six vingts nefs à voiles qu'ils y trouvèrent. Et pour le vent, qui leur fut contraire , demeurèrent par quinze jours ; mais quand ils eurent vent propice , si appliquèrent au port de Hareford en Angleterre , lequel ils prirent tantôt en occisant les habitants, excepté ceux qui tournèrent en fuite. Si gâtèrent le pays d’entour, puis vinrent au chàlel de Hareford , auquel étoient le comte d’Arondel et plusieurs autres hommes d’armes et gens de guerre ; et quand ils eurent ars la ville cl les faubourgs du dit châlel, ils sc partirent de là , détruisant tout le pajs par feu et par épée. Puis allèrent en une ville nommée Tenby, située à dix-huit lieues du dit chàlel ; et là trouvèrent le prince de Galles 1 atout dix mille combattants , qui là les altendoienl : et de là allèrent tous ensemble à Calmarcin, à douze lieues près de Tenby; et de là, entrant au pays de Morgine -, allèrent à la Table-Ronde , c’e.st à savoir l’Abbaye- Noble ; puis prirent le chemin à aller en Worceslre. Si ardirent les faubourgs et le pays à l’environ. Et trois lieues outre encontrèrent le roi d’Angleterre , qui venoit contre eux à grand’ puissance. Là s’arrêtèrent l’un contre l’autre et se mirent en bataille , chacune des dites parties sur une montagne , et y avoit une grand’ vallée entre les deux osts. Si contendoit chacun d’eux que sa partie adverse l’allât assaillir, ce qui point ne fut fait. Et fu-
licu d’Atemue. Je ne puis trouver le nom du port qui sur celte côte répond à celui de 'l’rodrenne.
' Owen Glendower, qui avoit réveillé la vieille haine des anciens Bretons contre les conquérants de leur pays, après s’cti'c échappé de la cour d’Henri IV, comptant sur l’appui des François, avoit levé l’étendard de l’indé|icndunce.
^ Les éditions précédentes avoient mis Linorguie, que .Sauvage avoit pris pour la ville de Lincoln, en Angleterre.
L1\RF. rPvFM IKll.
rent par huit journées en cet état , que chacun jour au malin se meltoient en bataille l’un contre l’autre, et là se tenoient tout jour jusqu’au soir ; durant lequel temps il y eut plusieurs escarmouches entre eux. Et là furent morts environ deux cents hommes des deu.x parties, et plusieurs navrés; entre lesquels, de la partie de France, furent morts trois chevaliers-, c’est à savoir, messire Pa- Irouillard de Trie, frère du maréchal de France, le seigneur de Mantelonne et le seigneur de La ville
En outre avec ce , les François et Gallois, pour le terme dessusdit, furent fort travaillés de famine et autre mésaise ; car à grand’ peine pouvoienl-ils recouvrer des vilailles, parce que les Anglois gardoient de prés les passages. Finalement, au huitième jour qu’icelles deux puissances curent été, ainsi comme dit est, l’une devant l'autre , le dit roi d’Angleterre, voyant que ses dits adversaires ne l’assaudroient pas, se retrahit au soir à Worcestre : mais il fut poursuivi par aucuns François et Gallois, lesquels détroussèrent dix - huit charrettes chargées de vivres et autres bagues. Si se re- Irahirent iceux François et Gallois au pays de Galles.
Et eulrelemps que ce voyage se faisoit, la navire des dits François vacréoit sur la mer; et y avoit dedans aucun nombre do gens d’armes pour la garder ; laquelle navire se retrahit vers Galles, à un port qui leur avoit été ordonné -; et là les trouvèrent les François, c’est à savoir, le maréchal de France et le maréchal des arbalétriers ; lesquels avec leurs gens se mirent sur nier, et cinglèrent tant qu’ils arrivèrent sans fortune à Saint-Paul-de-Léon. Toutefois, quand ils furent descendus et qu’ils eurent visité leurs gens , ils trouvèrent qu’ils en avoient bien perdu soixante , desquels les trois chevaliers dessus dits ètoient les principaux ; et après se partirent de là et retournèrent en France, chacun en leurs propres lieux , réservé les deux officiers royaux, qui allèrent à Paris devers le roi et les autres princes de son sang, desquels ils furent reçus à grand’ liesse.
• Cette bataille est de l’année t i05.
* Walsinghain dit que ce fut à Milford-Havcn.
CHAPITIŒ X'VI.
Coinriiciit un piiissanl mécréaiil, nommé Tamburlanl, enlra
à puissance en la lei i c du loi Basacq, lequel alla contre
lui cl le combaüil.
En cet an , un grand seigneur et puissant des régions de Tarlarie, nommé le Grand- Tarnburlant , atout deux cent mille combattants et vingt-six éléphants , enlra en la terre de Turijuic appartenant au roi Basacq, lequel Basacq étoit un prince païen moult puissant, et un des principaux de ceux qui avoient vaincu les chréliens à la bataille de Hongrie , où Jean de Bourgogne comte de Nevers fut pris ', comme plus à plein est déclaré ès histoires de maître Jean Frpissart. Lequel, quand il vint à sa connoissance comment icelui Tainburlant étoit entré ainsi en sa terre à puissance et dégâloil tout par feu et par épée, fil soudainement un très grand mandement par tous scs pays ; et tant que dedans les quinze jours ensuivant assembla bien trois cent mille combattants de ses pays de Turquie, et seulement dix éléphants, lesquels éléphants, tant d’une partie comme d’autre, porloient tours sur leur dos en manière de châteaux, où il y avoit plusieurs hommes d’armes qui moult grevoient leurs adversaires. Atout laquelle compagnie, le dessus dit Basacq alla pour rencontrer Tarnburlant, et le trouva auprès d’une montagne devers occident nommée Appade •■2. Et étoit logé sur une haute montagne, et avoit jà détruit et ars plusieurs bonnes villes et grande partie du pays; et lorsipi’ils curent la vue l’un de l’autre, ils ordonnèrent leurs batailles, et finalement assemblèrent l’un contre l’autre, et dura la dite bataille bien six heures; mais en la fin le roi Basacq et ceux de sa partie furent tournés à déconfiture, et fui lui-mème prisonnier : et avec ce furent morts bien quarante mille de ses Turcs et dix mille de son adverse partie.
Après laquelle besogne, le dessus dit Tamburlant envoya grand’ puissance de ses gens aux principales bonnes villes d’icclui Basacq , lesquelles, ou au moins la plus grand’ partie,
' La bataille ilc Mcopolis.
^ La bataille entre Tainorlan et Ilajazet euUieii piée de Prusc, en Pithynie, l’an 804 de l’bégiic, ou 1401 de Jcsus-Cbrist.
30 CHHOMOL'liS DENGUERRÂND DE MO^STRELET. [14o4]
SC roiulircnl i\ lui ; ol par ainsi, icoliii Taniburlaiil. iiuur celle saison, conquil la plus grand’ parlio de la Turquie.