CHAPITRE CLXIV
Comment Jannel de Poix et autres allèrent secrètement i Saint-Denis de par le duc de Bourgogne, et de plusieurs chevauchées qui se firent sur le royaume de France.
Au dit mois de juin, messire Jannet de Poix, par l’accord du duc de Bourgogne, son seigneur, accompagné de quatre cents hommes de pied, prit chars et mit en tonneaux secrètement leurs armures, et par compagnies allèrent par divers chemins à la franche fête du Landit à Saint-Denis en guise de marchands. Et ainsi que le roi était à Sainl-Germain-en- Laye, et le connétable en la frontière de Normandie, plusieurs d’iceux se mucèrent sur le chemin, et les autres entrèrent en la dite ville comme marchands, et là allèrent principalement pour prendre le chancelier et Tannegui du Chatel, prévôt de Paris. Mais tandis qu’ils buvoient et mangeoient, le dit chancelier et Tannegui passèrent sans empêchement par la dite ville, et retournèrent à Paris; et après ce qu’ils surent qu’ils furent passés, ils retournèrent en confusion en Picardie, amenant avec eux plusieurs prisonniers et dépouilles des pays du roi, dont le peuple ne fut pas bien content.
Et d’autre part. Ferry de Mailly, accompagné de plusieurs hommes de guerre, alla à Santerre, ès villes du Quesnel et Hangest, où avoit été pris messire Martelet et lui, et là prirent plusieurs prisonniers et autres biens sans nombre, lesquels ils emmenèrent. Et les dits prisonniers, après qu’ils eurent été piteusement questionnés , furent mis à grand finance.
Et pareillement messire Mauroy de Saint- Léger passa l’eau de Seine et s’en alla mettre en embûche assez près du châtel de Chaule ; et au matin, quand le pont fut avalé, soudainement atout ses gens prit le dit châtel, lequel grandement étoit rempli de tous biens;
niais assez tôt après les paysans de Lihons, et autres villes qui avoient leurs biens dedans, allèrent à puissance devant le dit cliàlel, et enfin traitèrent tant devers le dit niessire Mauroy que, moyennant grand’ somme d’argent ([ue lui et ses gens en eurent, se partit de là en rendant le dit châtcl à la dame douairière d’icelui.