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CHAPITRE CLXVI

Copie lies mandemenls royaux que le iDi de France envoya en plusieurs places de son royaume, à cause des maux et pillages que les gens du duc de Bourgogne y faisoient.

•< Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

» La préexcellence et hautesse royale à laquelle le très haut Tout-Puissant et le souverain roi des rois notre créateur Jésus-Christ , par digne grâce et clémence, nous a élu et appelé en nous laissant et baillant le régime de ce très renommé et très noble royaume de France, à quoi nous sommes tenu et obligé par le sceptre de la verge royale, il appartient diligemment à la paix entendre de jour et de nuit, en avisant et imaginant toutes voies et manières possibles par lesquelles nos dits sujets puissent obtenir paix et sûreté en notre temps; et les séditieux et troubleurs de paix être séparés des paisibles, et demeurer sous notre régime en paix, et vivre en bonne justice, et c’est ce à quoi nous, de tout notre cœur, tousdis avons entendu et entendons.

» Et comme il est venu à notre connoissance, par la relation des gens de notre conseil et des autres dignes de foi, tant par complaintes misérables et clameurs douloureuses de plusieurs [

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de notre dit royaume que par la confession d’aucuns malfaiteurs morts justement et par justice, laquelle chose nous recordons dolentement on grand’ tristesse et amertume de notre cœur, que Hector de Saveuse, Philippe, son frère, ïlélion de Jaqueville, Pierre de Saures, Gontrant, sire de Saint-Léger et Mauroy de Saint-Léger son fils, Jacques de Fosseux, Clauvin du Clau, Jean d’Aubigny,Fierebourg, Mathieu des Prés, Jean de Poix, Daniot, son frère, Camuset de Ligny, Catilina, Cormeri, de l’ordre de l’hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, le commandeur de Faugelte, Panchetet, Henri de La Tour, Pierson Tube, Jean deChaufour, Henri de Chaufour, Le Valois, .Jacques de Calivray, Raymon Marcq, Denisot de Baugis, Guillaume Le Galois, Martelet Testart, Jacques Le Masson, Benoit de Bessin, Guillemot de La Planche, de Douai, Le Tor, d’emprès Douai, Jean Pallemargue, Robinet le vicomte, La Barbe de Craon, Jean Jaully Picart, Robinet de Brai, le curé de Vaux, prêtre, Jean Louis de Cuvillers, Robin d’Ays, Guillaume Mignot de Brebiettes, emprès Compiègne, Thomas de Plaisance, le grand Thomas Mignot, Jacquet de Clavin, Perrin de Chevrières, Henri de Heilly, Jean de Perisin, Jean Bertrand, boucher de Saint-Denis, Guillaume de Cormeville, Guillaume de Chify de Brunet, maître Robert, trompette de notre cousin de Bourgogne, Perrin, trompette du dit Jean d’Aubigny, Jennet, archer du corps de notre dit cousin de Bourgogne, Jean de Vienon, Jean de Tournai, capitaine de Champlot, Puisevin d’Auxerrois, Charles Labbe, le bâtard Cognart de l’Auxerrois, le bâtard de Launois, Guinis, Rousselet, batelier, Philippot Vexis, de Sens, Étienne Guiart, de Sens, Simon le vigneron, de Joigny, Etienne de La Croix, le fils du petit Hotellier en Sens, Collin de L’Hôpital, le bâtard de Chaullay, le bâtard Guignart, trois frères du moine de Coulanges -sur -Yonne, Jean de Duilly, Chariot de Duilly, et une compagnie de hausselaires, qui se nomment les Begeaux, accompagnés de plusieurs séditieux et partroublcurs de paix. Desquels aucuns pour leurs péchés perpétrés furent bannis par notre justice de notre royaume, accompagnés aussi de plusieurs autres de perdition. Lesquels, contre notre volonté, ont assemblé gens de mauvaise volonté

CIIHOVIQUES D'ENGVERRAND DE MONSTRELET.

et de perverse condition, et s’assemblent de jour en jour en très grand nombre, en courant et chevauchant par notre dit royaume, envahissant par force et de fait, tant par assauts comme autres voies subtiles, plusieurs villes et châteaux, appartenant tant à nous comme à nos vassaux nobles et gens d’église de notre dit royaume, pillant de tout en tout iceux et icelles; et qui plus est, comme meurtriers, accoutumés en leur faux et pervers cœurs, éjouissant d’effusion de sang, ont meurtri et occisent, noient et mettent à mort de jour en jour les pauvres et simples gens, laboureurs, marchands, bourgeois et autres nos sujets demeurant et habitant ès dites villes et châteaux qui n’y pensoient ni n’y pensent à nul mal.

» Et encore qui plus est à émerveiller , et que nous n’eussions pas cru si nous n’eussions par expérience vu le contraire, c’est à savoir qu’ils sont venus et approchés en chevauchant plusieurs fois emprès entour de notre bonne ville de Paris et cité de notre dit royaume, en laquelle est notre principal siège de la justice d’icelui, quérant temps et opportunité d’entrer en icelle par fraude, afin de mettre icelle à pillerics , occisions et rédemptions ; et tout en la manière que dit est ; et spécialement en une certaine nuit naguère passée, par très grande et folle entreprise.

» Et en continuant ces choses vinrent à grand’ force et puissance d’armes devant les portes de notre dite ville de Paris ; et sachant que nous, notre très chère compagne la reine, et notre fils le duc de Touraine , et autres de notre sang étions personnellement en icelle , cuidèrent et s’efforcèrent d’entrer larcineusement en icelle, et tout à ta fin et intention dessus dite, dont, si le cas fut advenu, qui ne plut pas à notre créateur, se fussent ensuivis larcins, occisions, corruptions d’églises, efforcements de femmes, et autres maux infinis, et non réparables; de quoi vraiment se fût ensuivie annulation et corruption de notre dite ville, conséquemment désolation et totale destruction de notre dit royaume.

» Nous, reconnoissant iceux être nos sujets â nous obligés naturellement , comme à leur vrai et naturel seigneur, et à la défense de notre dit royaume , et non à la persécution et destruction d’icelui; dont il est à tenir sans

doute que plus légèrement et plus hardiment ils envahiroient les autres bonnes'' villes et cités fermées, et villes champêtres et châteaux de notre dit royaume à prendre et piller icelles ; et qu’il soit ainsi apparu assez par évidence de fait; car quand ils virent qu’ils ne purent entrer en notre dite ville de Paris, comme tous forcenés pour leur faute, ils allèrent droit en la ville de Bcaumont-sur-Oise , appartenant à notre très cher et aimé fils et neveu le duc d’Orléans, prisonnier en Angleterre ; et en allant à icelle prirent chevaux, dépouillèrent marchands et autres gens et prirent prisonniers. Après ce ils prirent par force et violence la dite ville , et le chàtel pillèrent et occirent cruellement, noyèrent plusieurs en eaux, et en grand’ quantité; et pareillement prirent elpillèrent la villede êiesleen Vermandois. Et ainsi avoient fait par avant en notre ville de Chablis, et au châtel de Néant, appartenant aux religieux de la Charilé-sur-Loire , avec plusieurs villes, châteaux et villes champêtres ; en outre prenant par force femmes mariées, pucelles, veuves et autres non mariées, violant icelles, comme si c’éloient bêtes mues, ce prenant et pillant églises, monastères et autres lieux sacrés, dont nous recevons de jour en jour et avons reçu plusieurs requêtes et clameurs moult lamentables. Lesquels maux ne voudroient ni pourroient plus faire nos anciens ennemis les Anglois ; iceux dessus nommés, obstinés en péchés , font et commettent sans cesser les maux dessus dits, rendant et démontrant eux rebelles et inobédients à nous et à notre domination, en dépilant nous et nos dits commandernenls, et commettant port d’armes et crime de lèse-majeslé , et autres grands et détestables délits, crimes et malfaits dignes de toute punition possible, et indignes de toute grâce et rémissions; mêmement de ce qu’ils n’ont notre souveraineté et domination en cremeur ni en révérence. Sur lesquelles choses , après aucunes lamentables supplications et requêtes que nous font de jour en jour plusieurs de nos vassaux et sujets, qui do ce se sont à nous complaints et dolus , et encore complaignent chacun jour , en requérant à Dieu notre créateur et à nous vengeance et punition de juste sang et innocent si cruellement épandu.

CimOMQl ES D’ENGIjERRAND de MONSTRELET. [1416]

» Nous qui par les faits et oeuvres dessusdites autre chose imaginer ni penser ne pouvons , fors tant seulement la subversion , destruction et perdition de notre dit royaume et domination , à quoi , comme nous croyons et tenons , les dessus nommés ont contendu , avons fait assembler plusieurs de notre sang, de notre grand-conseil et de notre parlement, que autres seigneurs, barons, nobles et autres de notre dit royaume, afin d’aviser et délibérer les voies et manières comment nous és choses dessus dites pourrons pourvoir, et remédier par avis et délibération. Desquelles , après plusieurs voies et autres manières en ce cas ouvertes et avisées , nous , qui plus ne pouvons souffrir les cruautés et autres maux dessus dits , ni trépasser sous dissimulation , afin qu’au dernier jour du jugement divin ne soit pas à nous reconnu le sang juste cruellement épandu, et que de tout notre cœur, entre les autres charges et sollicitudes que nous avons pour notre dit royaume et domination entretenir , tousdis avons désiré et désirons bonne paix et tranquillité être en notre dit royaume et nos dits sujets , avec leurs biens demeurer en paix et tranquillité ;

» Nous faisons savoir à tous que tous ceux dessus nommés, avec leurs adhérents, alliés, complices et récepteurs, nous avons déclaré et par ces présentes déclarons être nos ennemis, rebelles et inobédients, et comme tels nous les avons tenus et réputés , et par ces présentes nous les tenons et réputons. Et pource que de présent nous viennent grandes occupations tous les jours pour l’occasion de la guerre que nous avons contre nos adversaires de notre dit royaume et ennemis d’Angleterre , en laquelle plusieurs nobles et autres de notre dit royaume sont occupés , nous ne pouvons entendre à bouter hors iceux de notre dit royaume, nous , iceux dessus nommés , avec tous leurs alliés, adhérents et complices , qui sont et seront trouvés avec eux et en leur compagnie, avec tous leurs biens , quelconques que ils soient , et là où on les pourra trouver et savoir, avons abandonné, et par ces présentes abandonnons , donnons licence et autorité à nos vrais sujets et obédients, de quelque état, condition ou autorité qu’ils soient, d’iceux envahir par voie de fait , de prendre , de saisir

et d’arrêter tant par armes que sans armes , avec tous leurs biens, et d’occire iceux s’ils sc défendent , sans ce que pour cette cause ils soient pris , emprisonnés ou autrement arrêtés, ni mis en procès ordinaires, par quelconques justiciers ou officiers de notre dit royaume, et sans ce qu’il leur soit nécessité d’avoir sur ce grâce ou rémission aucune. Si donnons en mandement au bailli d’Amiens ou à son lieutenant , par notre présente ordonnance , qu’il fasse crier solennellement deux ou trois fois chacune semaine, haut au son de la trompette, et publier en toutes les bonnes villes et ressorts d’icelles , en souffrant tous nos sujets et obédients envahir les dessus dits par voie de fait , prendre , saisir et arrêter avec tous leurs biens, et occire iceux si besoin est, sans faire détourbier ou empêchement, en corps ou en biens. Mais du contraire, si aucun délourbier ou empêchement éloit fuit pour cette cause en leurs personnes ou en leurs biens, qu’ils se fassent mettre à pleine délivrance, et que ès choses dessus dites, et circonstances, et dépendances d’icelles , ils entendent diligemment , tellement que par leur négligence aucuns inconvénients ne s’en puissent ensuivir au préjudice de nous et de notre dit royaume et domination. Auxquels aussi mandons qu’ils fassent ajouter foi à la copie et transcrit de ces présentes ès lieux où elles ne peuvent être portées ; et ainsi le voulons comme à l’original foi être ajoutée.

» En témoin de ce , nous avons mis en ces présentes notre scel. Donné à Paris le trentième jour d’août l’an de grâce mil quatre cent et seize , et de notre règne le trentesixième.

» Ainsi signées par le roi , à la relation de son grand-conseil. Ferroim. »

Lesquelles lettres furent solennellement publiées en la ville d’Amiens , environ le douzième jour de septembre , et puis furent envoyées à tous les prévôts du bailliage d’Amiens à publier ès lieux de leurs dites prévôtés. Mais pour le doute et cremeur du dit duc de Bourgognée, les dits prévôts, c’est à savoir de Beauquesne, de Montreuil , de Saint-Riquier et de Dourlans, ne Posèrent publier fors tant seulement une fois en leurs plaids , où étoient peu de gens.

Et tôt après’, Remonet de La Guerre fut envoyé de par le roi et de par le connétable à Noyon et à Nesle, pour défendre le pays avec messire Thomas de îlersics, bailli deVermandois, contre les gens du dessus dit duc de Bourgogne. Si commença lors la guerre à être du tout ouverte et émue entre icelles'parties sur les marches dessus dites, et en divers autres lieux au royaume de France. Et pour vrai, quand les gens du roi pouvoient prendre ni atteindre aucuns des gens d’icelui duc, peu en échappoient , fussent nobles ou autres, qu’on ne les fit mourir par justice. Et par spécial ceux qui chéoient és mains des otTicicrs de Noyon et des gouverneurs d’icelles étoient exécutés sans miséricorde; et tant qu’aucuns arbres assez près d’icelle ville en étoient merveilleusement chargés et hourdés.

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