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CHAPITRE CLXVII

Comment le duc de Bourgogne multiplia ses gens d’armes;

du mariage du seigneur de l.a Trimouille, et de l’année

que fit le duc de Clarence pour Harfleur.

Or est vrai que le duc de Bourgogne, sachant la publication des mandements dessus dits être grandement au préjudice et déshonneur de lui et de ses gens , fut plus que par avant troublé et indigné à l’encontre de ceux qui gouvernoient le roi. Et pour tant de plus en plus accrut et multiplia scs gens d’armes , et leur consentit à manger scs propres pays , le Cambresis, Thiérarche, Yermandois, Santerre et toute la terre étant dessous le roi, entour l’eau de Somme Jusqu’à la mer, et vers le Crotoy et Montreuil. Et pour lors Justice étoil petitement gardée et soutenue en icelles parties; les puissants, nobles et autres Irailoient cruellement les gens d’église et le pauvre peuple , et quant aux prévôts , sergents et autres olBciers royaux, peu ou néant n’osoient exécuter leurs olïiccs ; et au regard des marchands n’osoient mener leurs marchandises hors des bonnes villes et forteresses, sinon par tribut ou sauf-conduit, ou sur peine de perdre corps et biens.

Auquel temps la duchesse de Berri , douairière, épousa le seigneur de La Trimouille, qui point n’étoit aimé du duc de Bourgogne. Et pour tant qu’icelle duchesse étoit de son

héritage comtesse de Boulenois, envoya icelui duc le seigneur de Fosseux, lors gouverneur d’Artois, en la ville de Boulogne, pour icelle saisir et mettre en sa main , laquelle chose fut ainsi faite ; mais en icelle demeura capitaine commis de par le roi le seigneur de Moreuil contre les Anglois.

Esquels Jours le duc de Clarence, frère du roi d’Angleterre, se partit du port de Sandwich atout trois cents vaisseaux d’armée pleins d’Anglois, lesquels il fit mener et conduire au port de Harfleur en Normandie ; et là par bataille , force et puissance détruisit la navire des François, qui long temps avoient été assiégés devant icelle ville de par le connétable de France ; et furent morts grand’ partie de ceux qui étoient dedans la dite navire. Et après qu’icelui duc eut regarni icelle de foison de vivres et de nouvelles gens , s’en retourna en Angleterre très Joyeux de sa bonne fortune.

C^ÎAPITRE CLXVIII.

Commcnl les rois d’Allemagne el d’Anglclerre vinrent à Calais, auquel lieu alla le duc Jean de Bourgogne vers eux; et des besognes qui s’y firent.

En outre, environ la Saint-Remy de cet an mil quatre cent et seize, vinrent d’Angleterre à Calais les rois d’Allemagne et d’Angleterre , accompagnés de grand’ seigneurie ; auquel lieu de Calais alla devers eux le duc de Bourgogne, et fut d’iceux reçu très honorablement ; et te duc de Glocestre, frère du dit roi, vint à Saint- Omer tenir otage au lieu du duc de Bourgogne, et là par le comte de Charolois fut icelui grandement reçu , et aussi par autres grands seigneurs qui à ce étoient commis. Toutefois le dit comte de Charolois alla le lendemain voir le duc de Glocestre à son hôtel pour lui complaire et faire compagnie, accompagné d’aucuns seigneurs de son conseil. Mais quand il vint à la chambre du dit duc, icelui ayant l’épaule tournée vers lui, parlant à aucun de ses gens, point ne se prépara de faire révérence à icelui comte, comme il appartenoit, et encore ce qu’il en fit fut en bref disant : « Bien v^ nant soyez, beau cousin, » sans venir à l’encontre de lui. Ainçois parla grand espace aux dessus dits Anglois. Si n’en fut le dit comte de Charolois , nonobstant sa Jeunesse , pas

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bien content, combien que pour le présent n’en nionlrAt nul semblant.

En après, le dit duc de Bourgogne étant à Calais, fut très instamment requis du roi d’Angleterre qu'il se voulsit déporter de être en aide au roi de France à l’encontre de lui, par condition qu’il partiroit à aucunes des conquêtes qu’il feroit en France, et avecque ce le dit roi d’Angleterre lui promettoil de rien entreprendre sur toutes ses seigneuries, ni de ses alliés et bienveillants. Laquelle requête ne lui fut pas accordée par le dit duc; mais les trêves qui par avant avoient accordées entre eux furent rallongées jusqu’à la Saint-Michel l’an mil quatre cent et dix-neuf. Et avec ce , comme je fus informé , releva le dit duc de Bourgogne, et fit hommage de ses comtés de Bourgogne et d’Alost au dit roi d’Allemagne. Et après qu’il eut séjourné en la dite ville de Calais par neuf jours, et besogné ce pourquoi il y éloit allé, prenant congé au dessus dit roi, s’en retourna à Saint-Omer; et pareillement s’en alla le dit duc de Glocestre au dit lieu de Calais. Pour lequel voyage ainsi fait par le duc de Bourgogne fut le roi de France et ceux qui le gouvernoient moult émerveillés ; et tenoient véritablement qu’icelui duc se fût du tout allié avec le roi d’Angleterre au préjudice du dit roi de France et de sa seigneurie.

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