CHAPITRE CLXIX
Comment le dit duc de Bourgogne alla à Valenciennes au
mandement du dauphin, beau-fils du comte de Hainaut, et
les serments qu’ils firent l’un à l'aulro.
Après le retour du duc de Bourgogne de la ville de Calais, le duc Guillaume, comte de Hainaut, envoya devers lui ses ambassadeurs lui requerre qu’il voulsît aller devers le dauphin U son beau-fils. Laquelle requête il refusa, pource que par plusieurs fois avoit envoyé en Hollande devers le dit ducGuillaume, son beau-frère, en lui requérant qu’il amenât le dit dauphin par deçà, ce q*ue point n’avoit voulu faire à sa première requête. Toutefois le dit dauphin renvoya devers le duc de Bour-
* Jean IV, fils de Charles VI, était devenu dauphin à la mort de Louis, et il mourut lui-même dans les premiers jours d’avril 1417, ainsi qu’on le verra dans le chapitre suivant.
gogne lettres écrites de sa main, par lesquelle# lui mandoil qu’il allât devers lui à Valenciennes. Lequel duc promit au messager d’y aller, et y alla le douzième jour do novembre. A l’encontre duquel alla le duc Guillaume hors de Valenciennes l’espace d’une lieue, amenant celui vers le dit dauphin ; et le lendemain furent faites entre le dauphin, le duc de Bourgogne et le duc Guillaume les choses ci-aprés déclarées, en la présence de la dame de Hainaut , du comte de Charolois , du comte de Conversan et de plusieurs autres notables chevaliers, écuyers et grand-conseil des trois parties, c’est à savoir messire Jean de Luxembourg, messire Jacques de Harcourt, le chancelier du dit dauphin, Beaudouin des Fresnes, trésorier de Hainaut; Robert deVendègres, Jean , bâtard de Blois ; maître Eusiache de Laictre, le seigneur d’Anloing, levidame d’Amiens, le seigneur de Fosseux, le seigneur de Roubaix, le seigneur de Himbercourt, messire Hue de Launoy, messire Guillaume Bouvier, gouverneur d’Arras ; messire Athis deBrimeu, messire Andrieu de Valines , maître Philippe de Morvilliers et plusieurs autres.
Premièrement le dit duc de Bourgogne offrit lui et son service à icelui dauphin, et jura et promit à servir le roi son père et lui de tout son pouvoir contre tous ses adversaires; laquelle promesse le dit dauphin reçut agréablement , et avec ce pareillement jura et promit au dit duc de Bourgogne lui aider, porter et défendre de tout son pouvoir contre tous ses adversaires et malveillants à lui et à ses sujets.
En après , le dit dauphin requit très affectueusement au dit duc de Bourgogne qu’il aidât le roi à garder et défendre le royaume contre ses ennemis d’Angleterre , laquelle chose lui promit et jura le dit duc de Bourgogne.
En outre, requit le dit dauphin au dit duc de Bourgogne qu’il voulsît entretenir bonne paix au dit royaume ; à laquelle requête répondit le dit duc de Bourgogne que ce feroit-il très volontiers, et qu’il ne vouloit mal à quelque personne , mais vouloit tenir paix à grands et à petits, excepté le roi Louis de Sicile. De laquelle réponse le dit dauphin fut bien content, et promit au dit de Bourgogne que s’il lui scmbloit bon aucune chose être à ôter ou ajouter en la
paix faite dernièrement, que ce il feroit et feroil faire volontiers, tant au regard des choses passées devant la dite paix comme depuis.
Après, les dits seigneur et dame de Hainaut jurèrent et promirent au duc de Bourgogne que de ce faire ils feroiont leur loyal pouvoir; et avec ce, promirent et jurèrent l’un à l’autre le duc de Bourgogne elle duc Guillaume , en bonne et vraie fraternité , qu’ils metlroient peine et conseil à avoir bon gouvernement au royaume , és personnes du roi et du dauphin dessusdit, et que eux deux s’enlretiendroient et porteroient l’un l’autre en leurs honneurs sans aucunes divisions, tant en absence comme en présence , en exposant leurs corps et biens à entretenir les choses dessus dites, sauf que le dit duc Guillaume dit, qu’en tant que touchoit les guerres de France et d’Angleterre, ses prédécesseurs ne s’en sont aucunement entremis, et pour ce , n’avoit-il pas intention d’en faire autrement qu’ils avoienl fait, pour la doute qu’il n’en vînt aucun mal à ses pays.
El en après, promit le dit duc Guillaume au dit duc de Bourgogne qu’il ne meltroit pas le dit dauphin en la puissance d’aucune personne, que toujours n’en fût bien sûr, pour pouvoir entretenir les dites promesses ; et avec ce promit que dedans quinze jours, qu’il seroit devers la reine, il manderoil le dit de Bourgogne pour avoir bon traité et amitié avecque elle pour le bien du roi et de tout son royaume.
Après toutes les promesses dessus dites, le duc de Bourgogne atout ses gens s’en retourna à Douai.