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CHAPITRE CLXXVI

Comment Raoul de Gaucourt, bailli de Rouen, fut mis à mon par aucuns de la communauté; du gouvernement d'iceuij et de la venue du dauphin au dit lieu de Rouen.

En ces propres jours, par l’exhortation d’aucuns qui éloient favorables et aimoient le parti du duc de Bourgogne, se mirent sus, par ma-

* Cétiiit un des ain.ins de la reine de France.

* Le roi et le dauphin avaient commencé à s’apercevoir de ses débordemens, que tout le royaume connaissait depuis long-temps,

nièrc de rébellion, aucuns méchants gens et de petit état en la ville de Rouen , desquels étoit le principal un nommé Alain Blanchart, qui depuis fut capitaine du commun d’icelle ville. Et de fait allèrent à la maison du bailli royal de la dite ville de Rouen , nommé messire Raoul de Gaucourt , chevalier, et tous armés et embiltonnés husquèrent à son huis très fort, disants à ceux de dedans : « Nous voulons ci » entrer, et parler à monseigneur le bailli pour » lui présenter un traître que nous avons main- « tenant pris en la ville.» Et pouvoit être environ dix heures de nuit.

Auxquels fut répondu par iceux serviteurs qu’ils missent leur prisonnier sûrement jusqu’au lendemain. Néanmoins, par leur importunité, tant par force comme autrement , ouverture leur fut faite; et tantôt le dit bailli se leva, et, affublé d’un grand manlel, vint parler à eux. Et lors aucuns de la compagnie qui avoient les faces mucées l’occirent cruellement; et après, eux partant de là, allèrent en l’hôtel de son lieutenant, nommé Jean Léger, et le mirent à mort, et de là en autre lieu en tuèrent jusqu’à dix. Mais aucuns des autres officiers, comme le vicomte et receveur, de ce avertis, s’enfuirent au châtel , où ils furent reçus par messire Jacques de Bourdon , qui en étoit capitaine. Et le lendemain au malin s’assemblèrent ceux du dit commun en très grand nombre , et allèrent en armes devant le dit châtel, sur inten lion d’entrer dedans, lequel leur fut bien défendu parle dit capitaine, qui avoit avecque lui cent soudoyers de par le roi pour le garder. Et en la fin, après plusieurs paroles, fut traité entre eux qu’au dit châtel entrevoient seize hommes des plus notables de la ville pour parler au dit capitaine sur aucuns affaires qui moult lui touchoient. Lesquels, dès ce qu’ils y furent entrés, s’excusèrent moult de la mort du dit bailli et des autres, et aussi toute la communauté de la ville, disants que moult seroient joyeux si les facteurs étoient connus et punis; car pour leur homicide moult cremoient le roi et son fils le dauphin ; et pour ce lui requéroient qu’il leur baillât le dit châtel à garder, laquelle requête leur fut refusée.

Secondement requirent que la porte du châtel, vers les chami)S , fût condamnée , et pareillement leur fut refusé

Tiercement dirent que si le roi ou le dauphin avec leur puissance vouloient entrer dans leur ville, ils lui refuscroienl l’entrée. Et après, lui prièrent très humblement qu’il voulsît excuser lui et le commun devers le roi et le dauphin son fils. Auxquels le dit capitaine répondit qu’il les excuseroit en temps et en heu , et puis leur conseilla qu’ils fissent ouverture au roi et à son fils, s'ils y venoient.

Après lesquelles paroles les dessus dits bourgeois rentrèrent en leur ville. Et depuis les dits jours ensuivant, ce qu’ils doutoienl advint ; car le fils du roi, partant de Paris atout deux mille cc^battants , alla au pont de l’Arche, duquel lieu il envoya l’archevêque de Rouen , son cousin , frère au comte de Harcourt, au dit lieu de Rouen, pour enhorter iceux à obéir au dauphin. Et quand il fut venu, il trouva à la porte aucuns des chanoines de l’église cathédrale armés avecque les bourgeois , auxquels il exposa le mandement du dit dauphin , et ils lui répondirent qu’ils avoient tous ensemble conclu qu’en la ville pas il n'entreroit à toute sa puissance ; mais s’il y vouloil aller à petite compagnie et payer ses dépens, ils étoient contents, et non autrement.

Et adonc le dit archevêque, voyant qu’il ne pouvoit rien besogner, retourna vers le dauphin, exposant ce qu’il avoit vu et ouï. Et après le dit dauphin manda Pierre de Bourbon , et puis alla loger à Sainte-Catherine en la montagne ; en la fin dit au dit de Bourbon: « Notre cousin, allez en votre châtel, et par la » porte des champs recevez deux cents hom- » mes d’armes et autant d’archers que nous » vous enverrons. » Laquelle chose fut ainsi faite ; pour quoi ceux de la ville furent remplis de grand’ fureur. Toutefois, en dedans les trois jours ensuivant , icelui dauphin , par traités, entra en la ville avecque toute sa puissance, et alla à cheval jusqu’à la plus grand’ église faire son oraison, et fut logé au dit châtel, Et après huit jours qu’il eut traité avec ceux de Rouen , en les confirmant en obéissance et en pardonnant tous leurs forfaits, excepté les occiseurs du dit bailli, il se partit avecque tous ses gens, payant leurs dépens, et retourna à Paris , où il ordonna nouvel bailli de Rouen le seigneur de Gamache , commun-

dant à icclui qu’il prît punition de tous les homicides trouvés coupables , par bonne information, de la mort de son prédécesseur; et ainsi fut fait des aucuns. Mais le dessus dit Alain Blanchart s’absenta certaine espace de temps, et depuis retourna en la dite ville de Rouen , où il eut grand autorité et gouvernement, comme ci-après sera déclaré.

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