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CHAPITRE CLXXVII

Comment le roi Louis trépassa ; du gouvernement des gens de compagnie; de la détrousse de RemonetdeLa Guerre, et de la destruction de la ville d’Aumale.

En ces jours , le roi Louis , beau-frère du dauphin, mourut, et délaissa trois fils, c’est à savoir te premier , nommé Louis , qui fut roi après son père i, le second, René, qui fut depuis duc de Bar, et le tiers. Chartes. Et si avoit deux, filles, dont l’une avoit épousé le dauphin dessus dit, et la seconde, nommée Yolland, n’avoit que deux ans. Pour la mort duquel , icelui dauphin fut fort affoibti de conseil et d’aide.

Esquetles tribulations régnoitun moult merveilleux gouvernement en plusieurs parties du royaume de France ; et n’étoit justice obéie en quelconque manière que ce fût. Et aussi les étrangers tenanis la partie du duc do Bourgogne, c’est à savoir Catilina , Quingey , Jean du Clau et les autres devant nommés roboient etdélroussoienlpar tous tes lieux et pays où ils repairoient, tant sur les nobles comme sur les non nobles , et mômeinent sur ceux tenants la partie du dit duc de Bourgogne. El finablement faisoient maux inestimables, dont le peuple éloit très fort oppressé. Toutefois iceux étrangers allèrent au pays de Boulenois, tendant à à rober icelui, comme ils avoient fait ailleurs; mais aucuns Boulenisiens s’assemblèrent en la compagnie de Butor , bûlard de Croy ; et tous ensemble, par nuit, allèrent assaillir le logis du lieutenant Jean du Clau , nommé Laurent Rose. Lequel Laurent fut par iceux mis à mort, avecque aucuns de scs gens, et tous les autres furent détroussés; pour laquelle envahie, le bâtard de Thian , qui éloit l’un des capitaines d’iccllc compagnie, prit un gentil¬

homme très notable, nommé Gadiffer Galehaut, lequel il fit pendre à un arbre.

Toutefois iceux étrangers voyant la forte guerre que leur faisoient iceux Boulenisiens, tantôt se tirèrent hors du pays; et bref ensuivant prirent la ville et forteresse de Davencourt , appartenant aux hoirs du seigneur de Ilaugest, laquelle ville et forteresse, après ce qu’ils eurent pris tous les biens , boulèrent le feu dedans, et désolèrent du tout, et de là allèrent mettre le siège devant le Neuf-Châtelsur-Aisne.

Pour lequel siège lever, et aussi pour iceux étrangers détrousser, s’assemblèrent messire Remonel de La Guerre et messire Thomas de Ilersics, bailli de Vermandois , en très grand nombre , de par le roi. Et de fait allèrent pour combattre iceux. Lesquels, sachant leur venue, vinrent à l’encontre d’eux, et en conclusion les mirent en desroy, et en prirent et tuèrent bien huit vingls ; cl les autres, avecque le dit Remonct et messire Thomas de de Ilersies, se sauvèrent, en eux relrayant ès bonnes villes du roi , où ils purent le mieux.

Après laquelle besogne dessus dite, ceux du dit Neuf-Chàlel se rendirent à iceux étrangers. Lesquels , après ce qu’ils eurent robe tous les biens, boutèrent le feu dedans , et eux partant de là s’en allèrent en Cambresis , où ils firent plusieurs dommages. Et d’autre part, en ce môme temps, Jean de Fosseux, Daviod de Poix , Ferry de Mailly , messire Louis de Thiembronne, Louis de Wargnies, Guérard , bâtard de Brimeu , et aucuns autres meneurs des gens du duc de Bourgogne passèrent l’eau de Somme , par la Blanche-Tache, bien douze cents combattants; et parOiscmonl, s’en allèrent en Aumale, appartenant au comte de Harcourt , et là se logèrent. Et après livrèrent grand assaut au chàlel , mais il fut bien défendu par ceux qui l’avoient en garde ; cl tant que des dits assaillants y eut plusieurs qui furent navrés terriblement. Après lequel assaut, en icelle nuit , iceux , par méchef ou autrement, boulèrent le feu en la ville, laquelle avec l'église du tout fut arse et désolée, dont ce fut grand’ pitié, car c’étoit une ville très notable pour plusieurs marcliandises.

En outre, le dit Jean de Fosseux et scs complices de là s’en allèrent loger en la ville de

* C’csl-à-clir de nom.

/i04 CHKüiMQUES D’EÎNGUERRAIND DE MONSTRELET. [I4l7]

lîornay et ès villages à l’environ au pays de A'iineu ; lesquels pays et villages en plusieurs parties furent pitiés et robés par les dessus dits. Lesquels dedans trois jours ensuivant, atout leurs prisonniers, vaches, brebis, chevaux, pourceaux et autres proies, repassèrent l’eau de Somme , par où ils avoient passé. Et en cas semblables se firent plusieurs courses et chevauchées par les dessus dits sur les marches de Beauvoisis , Vermandois , Santerre , Amiennois , et autres pays de l’obéissance du roi, dont iceux étoient merveilleusement tra- "vaillés.

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