CHAPITRE CLXXri
Commenl les gens du roi qui éloient en garnison à Péronne faisoieni forte guerre au pays du duc de Bourgogne ; et autres matières.
Or est ainsi que, durant le temps dessus dit, la ville de Péronne, située sur la rivière de Somme , étoit très fort garnie de gens de guerre qu’y avoit envoyés le connétable de France de par le roi. Entre lesquels y étoit comme chef messire Robert de Loyre , atout cent hommes d’armes bien en point, et cent arbalétriers de Gênes, avec autres cent combattants; lesquels très souvent couroient de jour et de nuit sur les pays et sujets du duc de Bourgogne, et en ramenoient de grands proies en leur garnison. Et pareillement le ehâlel de Muy , appartenant à messire Collart de Calville , faisoit guerre au nom du roi , à tous les bienveillants et qui tenoienl le parti du dit duc. Et par spécial les villes d’Amiens et de Corbie à cette cause avoient de grands affaires tant d’un parti comme d’autre. Et mêmement , à l’instance et mandement du dit duc de Bourgogne , convint que ceux de la ville d’Amiens déboutassent d’icelle ville messirc Robert d’Esne, qui en étoit bailli de par le roi, et Hue Dupuis, procureur, avecque aucuns autres, à l’occasion de ce que trop rigoureusement s’étoient conduits contre les gens du dit due outre son plaisir ; car il leur manda que c’étoit son inlenlion de à eux faire guerre, au cas que contre lui ils les voudroient souternir. El pour ce se partirent, et allèrent à Parris devers le roi ; auquel et à son conseil firent grand’ complainte. Donc en
persévérant de mal en pis , ils ne furent pas contents du dessus dit duc de Bourgogne.