CHAPITRE XIX
Comment Walcran, comte de Sainl-Pol, alla en grand’ compagnie par mer, en l’Ilc de VVisk, pour faire guerre au roi
d’Angleterre, et s’en retourna sans besogner.
En cet an,Waleran, comte de Saint-Pol , assembla à Abbeville, en Ponlhieu, environ seize cents combattants, èsquels il y avoit grand’ partie de nobles hommes, qui avoient fait grand’ pourvéatice de chairs salées, de biscuit, de vins, de cervoise, de beurres, de farines et autres choses nécessaires à mellre en mer; duquel lieu d’Abbeville furent menées par le dit comte au port de Ilarfleur, où ils trouvèrent des nefs et des vaisseaux à leur volonté ; et quand ils curent lù séjourné aucun peu de jours pour appoin er et ordonner letir besogne en eux, rccornmemJant à monseigneur saint Nicolas •, montèrent ès dits vaisseaux et
* Le patron des marins, comme Neptune l’ctoit autrefois.
cinglèrent tant qu’ils vinrent en l’île de'Wisk, qui est près du port de Hanlonne, auquel lieu descendirent à terre, en démontrant chaire hardie de combattre leurs ennemis, desquels furent à icelle descendue assez peu vus ; car tous ceux de la dite île, au moins la plus grand’ partie, s’étoienl retraits ès bois et ès forteresses. El là y eut faits plusieurs nouveaux chevaliers de la partie du dit comte; c’est à savoir: Philippe do Harcourt, Jean de Fosseux, le seigneur de Gienci et plusieurs autres. Si allèrent fuslor aucuns méchants villages du pays, cl boutèrent le feu en aucuns lieux.
Durant lequel temps vint devers icelui comte un prêtre du pays, d’assez bon entendement, leiiuel traita avccque lui pour le rachat et salvation d'icelle île , comme il donnait à entendre , moyennant qu’il en seroit payé grand’ somme de pé(une au dit comte et à ses capitaines, qui à ce s’inclina assez; mais, à bref dire, c’était une déceiilion (pie fa soit le dit pi être afin de les délayerel atlarger de [laroles, entre temps (lue les Anglois s'assombleroient pour les venir combattre. De laquelle besogne le dessus dit comte Walcran fut averti ; et pour ce lui et les siens remontèrent en leur navire et s’en retournèrent ès parties de là où ils éloient venus , sans autre chose faire. Pourquoi plusieurs grands seigneurs qui étoient avccque lui en prirent grand’ déplaisance, pour tant qu’ils avoient mis grand argent à faire leurs pourvéances. Et aussi les pays par où les gens d'armes passèrent en furent moult travaillés; si encomrnença-l-on , en plusieurs parties, à murmurer très fort contre le dit comte, mais on n’en put avoir autre chose.