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CHAPITRE CLXXXIII

Comment le duc de Bourgogne passa outre atout sa puissance vers Paris; et se mirent en son obéissance plusieurs villef et forteresses, ou il mil capitaines et gouverneurs.

Après que le duc de Bourgogne eut par aucuns jours séjourné en la ville d’Amiens , et aussi commis au gouvernement do ses pays de Picardie, en y délaissant pour principal chef son seul fils le comte de Charolois, accompagné de notable conseil pour le conduire , se partit du dit lieu d’Amiens en retournant à Corbie, et de là s’en alla à Mont-Didier. Durant lequel temps la dame du chàtel de Mouy pro-

mit que plus ne souffriroit que ses gens fissent guerre au pays du dit duc.

En la compagnie duquel allèrent au dit lieu de Mont-Didier le jeune comte de Saint-Pol, messire Jean de Luxembourg et plusieurs autres notables grands seigneurs. Et le seigneur de Fosseux , accompagné de ses trois frères , c’est à savoir messire Philippe , Jacques et Jean, de messire Jannet de Poix, d’Hector, de Philippe et de Bon de Saveuse, du seigneur de Rambures , de messire Brunei , de Louis de Wargnies et de plusieurs autres notables hommes , s’en alla à Beauvais , auquel lieu il fut reçu par certains moyens, pour et au nom du dit duc de Bourgogne, ainsi et par la manière qn’avoient fait ceux d’Amiens. Dedans laquelle ville le dit sire de Fosseux fit proposer, présents le maire , échevins et communauté d’icelle, par maître Robert Le Jeune , avocat et conseiller du dit duc de Bourgogne , la bonne amour et vraie affection que le dit duc avoit toujours eue au bien du roi et à sa génération, et de la chose publique ; en remontrant aussi l’intention qu’il avoit en ce présent voyage , afin de relever le royaume et mettre hors des grands tribulations où il étoit par le moyen d’aucunes gens de petit état qui gouvernoient le roi. De laquelle proposition les dessus dits de Beauvais furent assez contents. Et finablement se conclurent et disposèrent du tout à recevoir icelui duc de Bourgogne dedans leur ville, atout telle puissance qu’il lui plairoit à y mettre.

Lequel duc, bref ensuivant, de la ville de Mont-Didier y alla, et y fut très joyeusement reçu de tous les bourgeois et habitants. A l’entrée duquel fut crié Noël ! par les carrefours où il passoit, et s’en alla loger à l’hôtel de l’évèque, et là séjourna par huit jours entiers. Si éloient les gens d’armes logés au pays à l’environ, qui fort en fut travaillé, jà soit ce que le pays fût très abondamment pourvu de tous biens, auquel lieu vinrent aucuns bourgeois de la ville de Gournay en Normandie, envoyés de par les gouverneurs et les habitants, lesquels se mirent en son obéissance, promettant de tenir son parti ; et à ce les reçut bénignement, et leur fit faire serment d’être bons et loyaux envers le roi et lui, ce qu’ils accordèrent libéralement. Et par ainsi leur quitta gabelles,

subsides et impositions , comme il fit ès autres bonnes villes du roi qui se mirent en son obéissance. Et entre-temps, Hector et Philippe de Saveuse, messire Hélion de Jaqueville et aucuns autres capitaines allèrent courre devant Beaumont-sur-Oise , cuidant gagner le passage ; mais il fut bien défendu par les gens du connétable qui éloient dedans. Pour quoi iceux s’en retournèrent en la ville de Chambly-Ie-Haubergier, en laquelle, tant ès églises comme ailleurs par la ville, ils prirent biens sans nombre, et après retournèrent à Beauvais devers le duc leur seigneur, qui derechef envoya , aucun peu de jours ensuivant, grand’ partie de ses gens loger au dit lieu de Chambly et ès villages à l’environ.

Et tôt après, le dit duc, partant de Beauvais, les suivit à toute sa puissance, qui étoit moult grande , et selon l’estimation des gens à ce connoissant, quand tous ses gens étoient assemblés, il pouvoit avoir bien soixante mille chevaux. Et lors, par le moyen et pourchas d’un gentilhomme nommé Charles de Mouy, fut tant traité que le seigneur de l’Ile-Adam se rendit du parti du duc de Bourgogne ; et avec ce mit et bailla sa ville et passage en la main de Jean de Fosseux et d’Hector et Philippe de Saveuse , lesquels , pour la garder, y mirent certain nombre de leurs gens. Pour laquelle besogne , quand ce vint à la connoissance du duc Jean de Bourgogne, il en fut très joyeux , tant pour le dit passage comme pour icelui seigneur, qui s’étoit tourné de son parti.

Et d’autre part, messire Jean de Luxembourg alla passer l’eau d’Oise atout grand nombre de gens d’armes qu’il avoit, par Pressy, à aucuns petits bateaux; et firent ses gens en la plus grand partie nager leurs chevaux outre la dite rivière, et se logea en un village assez près-, et le lendemain, atout une partie de ses gens, alla courre devant la ville de Senlis, dedans laquelle étoit messire Robert d’Esne, commis de par le roi, bailli d’icelle ville de Senlis, atout soixante combattants ou environ. Lequel fit saillir ses gens tous de peid à l’encontre du dit de Luxembourg et de ses gens, et y eut grand escarmouche. Toutefois la plus grand’ partie du commun de la dite ville n’étoit pas bien contente de ce que le dit messire Robert d’Esne menoil guerre aux gens du duc de

Bourgogne; et pour tant, la nuit ensuivant , après que messire Jean de Luxembourg fut retrait, le dit commun prit le dit messire Robert d’Esne et tous ses gens, et après qu’ils en eurent tuè huit ou dix, le mirent en prison ; mais, par le moyen d’aucuns des plus notables, il fut mis hors de la ville avec tous ses gens et leurs bagues. Duquel lieu s’en alla au Mont-Epiloy, et le lendemain , très malin, fut messire Jean de Luxembourg mandé de ceux de Senlis, lesquels, pour ct^u nom du duc de Bourgogne, lui baillèrent obéissance , et entra dedans à son plaisir; et là reçut le serment d’eux pour le roi et le duc de Bourgogne, promettant qu’ils seroient bons et loyaux ; et avec ce fit Troullart de Montcaurel nouvel bailli de Senlis, et aucuns autres officiers tels que bon lui sembla. Après lesquelles besognes, le dit de Luxembourg retourna devers le dit duc de Bourgogne.

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