CHAPITRE CLXXXIV
Cominonl le duc de Bourgogne fil passer ses gens à l’ile- Adam, et assii'gea cl coiiquil Beaumonl el Ponloise, et de là alla loger à l’Arbre-Scc, cl aulrcs tnalières.
En après, le duc de Bourgogne fit refaire le pont de rile-Adam,parlequel passèrent grand’ partie de ses gens, que conduisoiciil les seigneurs de Fosseux , de Vergy, de Saveuse et de Wargnics , lesquels se logèrent à pleins champs el sous les haies et buissons, à une lieue près du dit passage. El le lendemain très malin se délogèrent, et puis tous en belle bataille chevauchèrent jusqu’à Bcaumonl-sur- Oise, et là se logèrent dedans la ville el tout autour du chàiel, nonobstant la défense de ceux de dedans; el messire Jannel de Poix , atout quatre cents comballanls sous son étendard, s’en alla loger en un village à une lieue près, en tirant vers Paris, et là se fortifia el tint tant que l’osl se délogea. El le dit duc de Bourgogne, par l’autre côté de l’eau , se logea en ses lentes à plein champ , et tantôt fit asseoir ses gros engins pour jeter au dit chàiel de Beaumont , par dessus la rivière d’Oise. Lesquels engins furent continués tant et par telle manière que le dit chàtel fut grandement dommage en plusieurs parties. Pour quoi les assiégés, voyants qu’ils éloient en péril d’ètre
pris de force , se rendirent à la volonté du dit duc de Bourgogne, et furent trouvées dedans cinquante-deux personnes, desquelles y en eut neuf qui eurent les lêtes coupées , el furent pendus à un arbre par les aisselles , et les autres furent depuis délivrés par finances, au moins la plus grand’ partie ; et le seigneur de Vergy, qui étoil maréchal de l’ost , à cause de son office, eut tous les biens qui furent trouvés dedans le dit chàtel ; et après , le duc de Bourgogne fil refournir le dit chàtel de vivres, et le bailla à un gentilhomme de Bourgogne nommé Jean de Torsenay.
Après laquelle prise icelui duc fit partir son avant-garde, qui étoil outre l’eau au côté vers Paris, cl alla loger devers Ponloise, en l’abbaye de IMaubuisson et autres lieux devant icelle ville, et le duc se logea à l’aulre côté, par-devers Beauvais ; cl par ainsi fut tantôt du tout fort environnée. El saillirent de première venue ceux de dedans controleurs dits adversaires, mais tantôt furent reboutés dedans. Et bref ensuivant, le dit duc fit asseoir ses gros engins devant les portes de Pontoise, etavecque ce fil commencer à faire plusieurs apparaux pour iceux prendre et subjuguer. Mais quand les assiégés aperçurent les dits apparaux, ils commencèrent à parlementer. Et finablement, en dedans les cinq jours ensuivant, rendirent la dite ville en la main du duc de Bourgogne, par condition qu’ils s’en allèrent saufs leurs corps et leurs biens. Et si promirent qu’ils ne s’armeroienl pas à l’encontre de lui jusqu’au jour de Noël ensuivant , laquelle chose ils n'entretinrent pas , car eux venus et arrivés à Paris, ils commencèrent à mener guerre comme devant. Et étoicnl dedans la dite ville trois capitaines ayant étendards . c’est à savoir le bâtard de Sainte-Terre, Tromagnon et jMarigon, natifs du pays de Gascogne , lesquels, comme dit est, se partirent tous ensemble sous le sauf-conduit du dit duc de Bourgogne, et s’en allèrent par le pont de , Mculan à Paris.
1 Et après leur parlement, le dit duc à privée I mesgnie entra dedans la dite ville pour la visiter, dedans laquelle il fut reçu par plusieurs bourgeois, lesquels l'aimoienl long temps par j avant. Et lors fil faire défense par tout son ost I que nul n’entràt dedans la dite ville , sinon
41 G CHKOMQI ES i) ExNGL KGRÂND DE MOKSTRELEÏ. [1417]
ceux qui cloicnf à ce commis, afin que les vivres d’icelle ville ne fussent dêtruils et amoindris ; et là ordonna, de par le roi et de par lui, capitaine de la ville le seigneur de l’Ile-Adam.
En après, de là se partit prenant son chemin vers Meulan. Auquel lieu de Aleulan lui fut faite ouverture, car les gens d’armes qui étoient commis à le garder de par le connétable s’étoient partis et en allés à Paris avec ceux de Pontoise, qui étaient passés par là. Toutefois le dit duc de Bourgogne, entre Pontoise et Meulan , fit mettre tous ses gens en bataille pour les voir tous à une fois en ordonnance, comme s’ils eussent été en la présence de leurs ennemis. Et étoient en une belle plaine au-dessous d’une montagne, laquelle chose lui fut moult plaisante à voir, car il avoit grand nombre de gens moult bien habillés et désirant de le servir contre tous ses ennemis; desquels, c’est à savoir des principaux qui avoient charge de gens, les noms s’ensuivent :
Premièrement, Philippe, comte de Saint- Pol, fils du duc Antoine de Brabant, neveu du dit duc de Bourgogne; messire Jean de Luxembourg, le seigneur d’Antoing, le seigneur de Fosseux, lui troisième de ses frères; le vidame d’Amiens, Antoine, seigneur de Croy, le seigneur d’Auxi, messire Jannet de Poix, le seigneur d’Inchy, le seigneur de Humières, messire Robinet de Mailly et deux de ses frères , le seigneur de Rambures, messire Jean de Vaucourt et Louis son frère, le Moine de Renty, le seigneur de Wargnies, le seigneur de Cohen, messire Alliâmes de Gapaumes, messire Hue Brunei et son fils messire Louis, Robert Le Roux, Robert de Bournonville, messire Charles Disque, le seigneur de Fremeusent, le seigneur de Humbercourt, bailli d’Amiens ; messire Charles de Lens, le seigneur de Noyelle, le seigneur de Longueval, messire Payen de Beaufort, messire Pierre Kieret, seigneur de Ramecourts; George La Personne , messire Hue de Launoy et son frère messire Guillebert, le seigneur de Briauté, messire David de Brimeu et Jacques son frère, le seigneur de Saint-Léger et son fils messire Mauroy, David de Bourselaers, messire Jean de Courcelles, Jean de Flavi, messire Hélion de Jaqueville, le seigneur de Mes¬
nil, Chariot de Dully, le bâtard de Namur, messire Gastcllain Vas, Jean de Guigny, Jean d’Aubigny, te bâtard de Thien, Charles Labbe, iMatthicu des Prés, le seigneur de Jaucourt , Guérard, bâtard de Brimeu, Emard de La Rivière et Philippe son père, Gadifer de Mazinghen et son frère Thierry. Et de la comté de Flandre : le seigneur d’Estenhuse, le seigneur deCommines, le seigneur de Gruthuse, le seigneur de Roubaix, Robert et Victor, bâtards de Flandre ; messire Victor de Rebecque, Robert de Mamines, Henri de Dixmude, messire Roland de Hulequerke, Hector de Veront, le bâtard de Coltequeules et aucuns autres. Et de Bourgogne: le seigneur de Vergy, maréchal de Bourgogne', messire Antoine de Vergy, Louis de Châlons, fils du prince d’Orange, le seigneur de Saluste, messire Jean de La Trimouille, seigneur de Jonvelle, messire Regnier Pot, le seigneur de Monlagu, le seigneur de Neuf-Châtel, le seigneur de Château-Vittain, le seigneur de Château-Viel, le seigneur de Rochefort, le seigneur de Thy, messire Jean de Cotte-Brune, le seigneur d’Ancre, le seigneur de Thoulongeon, messire Guillaume de Champ-Divers, le seigneur de Chasleltus, messire Jean de Digonne , messire Antoine de Thoulongeon , et André son frère , Le Veau de Bar, bailli d’Auxois, Henri de Champ-Divers, messire Gauthier de Ruppes, Andrieu de Salines, Régnault de Maucouvin, Antoine de La Marche, messire .Tacques de Courte- Jambe, seigneur de Saint-Liébaut, le seigneur de Ranse, Pierre de Digenne, messire Pierre de Beauffremont , Emard de Vienne , Jean Clavin du Clau, et plusieurs autres nobles hommes de diverses nations, qui en moult belle ordonnance avec tous leurs gens furent bien par l’espace de deux heures.
Durant lequel temps le dit duc et aucuns de ses plus féables avec lui alla tout au long des batailles pour les voir, en faisant à iceux très grands honneurs et inclinations, et aussi les remerciant du bon service qu’ils lui faisoient, et pour vrai c’étoit belle chose de les voir tant
* Jean Legrand, seigneur de Champlitte. Il mourut en 1418; son fils aîné, Guillaume, mourut pendant la vie de son père, laissant pour son successeur Jean IV, seigneur de Champlitte après la mort de son grand-père, et sénéchal de Bourgogne.
LIVKE PREMIER.
il y avoit de nolables hommes cl llcur de gens d’armes bien habillés.
El après ce qu’il les eut ainsi vus, passa avec tout son osl la rivière de Seine au pont de Meulan. Et adonc.Iean de Fosseux et Hector de Saveuse, atout deux cents combaltanls, allèrent au Yal-de-Galie , devant un châtel nommé Yayne, qui était à l’abbè de Fécamp, lequel èloii dedans, cl leur fit obéissance par le moyen d’un nommé Louis de Sainl-Saulieu, qui étoil son parent, lequel étoil avec le dit Hector, El tant fut traité qu’une partie de leurs gens demeurèrent léans pour garder le dit châtel contre lesaulrcs gens du duc de Bourgogne, cl moyennant certaine somme d’argent qu’ils en reçurent , baillèrent leurs scellés. Mais depuis brefs jours ensuivant, par le consentement du dit Hector, comme il fut commune renommée, furent pris et emportés tous les biens d icelui par Philippe de Saveuse et aucuns antres en sa compagnie, et y fut fait très grand dommage.
En après, le dit duc de Bourgogne chevaucha atout son exercile tant qu'il vint cl se logea sur le BIonl-Rouge, et ses gens autour de lui, auquel lieu le pouvoient voir tout à plein ceux de Paiis. El y avoit si grand nombre de tentes que ce scmbloit une grande bonne ville. El lors par icelui duc fut envoyé mossirc Jean de Luxembourg avec tous ses gens loger â la ville de Saint-Cloud et devant le pont. Auquel lieu fil assaillir une petite tour qui étoil au bout du pont vers la vide, laquelle fut assez tôt prise et mise en feu, et aussi les moulins qui éloient au-dessous furent ars. Et tantôt après on dressa grosses bombardes devant la dite tour de Sainl-Cloud, qui grandement la dommagérenl en plusieurs lieux, mais pour tant elle ne fut pas prise, car chacun Jour vcnoient gens tous nouveaux de Paris pour la défendre. Et après que le duc de Bourgogne eut élé huit jours logésur le 3Iont-Rouge, il se déparlil et tout son osl, et alla loger plus avant une lieue en tirant sur Paris, sur une montagne où il y avoit un arbre sec, sur lequel il fil mettre son étendard ; et pour ce fut ce logis nommé l’Arbrc-Sec. El y fut le dit duc bien huit jours; et plusieurs de ses gens éloient logés és villages assez près de Paris, dont il advenoit que chacun jour couroient devant 1
Paris. Et ceux qui en la dite cité étoient en garnison sailloicnt souvent â l’encontre, pour quoi il y avoit souvent de grands escarmouches enirc icelles parties, combien que d’un côté et d’autre n’y eût pour ce temps guère grand’ perte. Mais ceux de l’ost souvent et en plusieurs parties couroient le plat pays jusqu’à sept ou huit lieues à l’environ, et là prenoient et ramenoient à Icurost chevaux, vaches, brebis, pourceaux et tous autres biens portatifs, dont le pauvre peuple et le pays éloient fort travaillés.