CHAPITRE CLXXXYIII
Comment mossirc llélion de Jaqueville fut lirfi hors de l’ég ise Noire -Dame de Ch.nrtres par Hector de Saveuse cl ses complices, (jui le navrèrent à mort.
En ces jours, le duc de Bourgogne étant dedans Chartres en son hôtel derrière Notre- Dame. se mut dissension entre niessire llélion de .laqtieville, dievalier, et Hector de Saveuse, et tant qu’en la présence du dit duc iceux di-
rcnt 1 un à l’autre plusieurs hautaines paroles. Pour quoi le dit Hector, de ce non content, dedans brefs jours ensuivant assembla aucuns de ses amis jusqu’à douze ou seize hommes de fait, entre lesquels éioienl son cousin -germain, c’est à savoir le seigneur de Crèvecœur et son frère Le Bon do Saveuse, Hues de Bours et un haussaire nommé Jean de Vaux , par lequel et en la plus grand’ partie les deux dessus dits étoient en haine l’un contre l’autre ; car par avant le dit Jaqueville avoit détroussé icelui Jean , lequel étoit parent d’Hector; et avecque eux aucuns autres jusqu’au nombre dessus dit , qui tous ensemble un certain jour vinrent de fait appensé dedans l'église Notre-Dame de Chartres; auquel lieu ils rencontrèrent et trouvèrent te dit Jaqueville, qui venoit de l’hotel du dit duc de Bourgogne. Et incontinent parla le dit Hector et ses gens, en disant : « Jaqueville , lu m’as autrefois in- » jurié et fait déplaisir dont tu seras puni! » Et sans délai fut pris par ieeux et porté hors et traîné hors de la dite église ; et très inhumainement fut battu et découpé, jà soit ce qu’en ce faisant p ia moult de fois et piteusement merci au dit Hector, en lui offrant grand’ somme de pécunes. Mais ce rien n’y valut, car ils le laissèrent comme mort ; et sans délai se départirent de la dite ville et s’en allèrent en un village où les gens du dit Hector étoient logés, à deux lieues de la ville de Chartres.
Et après le département d’icelui Hector, Jaqueville, en tel état qu’il étoit, se fit porter par ses gens devant le dit duc de Bourgogne, auquel il fit pileuse complainte, disant que pour le bien et loyalement servir il étoit mis en ce point ; et adonc lui voyant ce , eut au cœur si grand’ tristesse que plus ne pouvoit. Pour quoi soudainement s’arma et monta à cheval accompagné de ses gens en petit nombre, et chevaucha par la ville cuidanl trouver le dit Hector et ses complices; mais il fut tantôt averti qu’ils étoient partis de la ville.
Et aussi assez tôt vinrent devers le dit duc plusieurs seigneurs, lesquels le rapaisèrenl au mieux qu’ils purent, c’est à savoir messire Jean de Luxembourg , le sire de Fosseux , le maréchal de Bourgogne et plusieurs autres. Toutefois il fil prendre et arrêter aucunes bagues et chevaux du dit Hector, et après s’en
retourna en son hôtel; et là, par notables médecins fil visiter le dit Jaqueville ; mais ce rien n’y valut , car dedans les trois tours ensuivant il trépassa. Et comme plusieurs tenoient véritablement, si icelui Hector eût été trouvé, le ditduc l’eût fait mourir vilainement, et en son vivant ne lui voulut oneques pardonner; ainçois par plusieurs fois dit qu’une fois lui et ses complices il délruiroit, combien que dedans brefs jours ensuivant le dit Hector, tellement quellement , fut réconcilié avecque le dit duc pour les grands affaires que de présent il avoit de lui et de ses gens,