CHAPITRE CXCV
Commonl Henri, roi d’.Vpglclcrro, ronqnit plufii’iir? villes
en Normandie celle saison ; el la prise du roinle de Har-
courl, par son cousin, inessire Jacques de llarcourl.
En ce même temps, Henri, roi d’Angleterre, comme d.t est aille rs, éloit à grand’ puissance au pays de Normandie , el conquèloil
villes et forteresses; car peu ou néant trou voit qui fit résistance contre lui, pour la division des François. Et se mirent en cette saison en son obéissance les villes d’Evreux , Ealaise , Baveux, Lisieux, Coutances, Avranches, Saint- Lô et plusieurs autres villes. Pour la doute duquel roi , le comte de Harcourt s’étoit lors retrait atout son étal dedans son chûiel d’Aumarle. Auquel lieu un certain jour vint devers lui pour le voir et lui faire révérence , comme il montroit semblant, son cousin messire Jacques de Harcourt, lequel avoit avec lui bien soixante combattants; et de fait appensé vint descendre à la porte du dit châlel , laquelle , quand on le reconnut, lui fut ouverte, et par les ofiieiers du dit comte lui fut fait grand honneur. El adonc atout une partie de ses gens entra dedans, et alla devers le dit comte , lequel lui fit très joyeuse chère , disant : « Beau » cousin, vous soyez le bien-venu. »
Or avoit le dit messire .Jacques ordonné aucuns de ses gens à venir dedans le chûtel, après ce qu’ils auroient logé leurs chevaux dedans la ville. Lesquels venus dedans assez bref, le dit messire Jacques, après ce qu’il eut avecque le dit comte plusieurs devises des guerres de France, lors voyant son point, prit le dit comte de Harcourt par la main , en lui disant : « Monseigneur, je vous fais prisonnier » du roi. » El adonc le dit comte, moult ébahi, lui dit : •< Beau cousin, que dites-vous, je suis » au roi, comme vous savez, et n’ai rien fait » en son préjudice ni contre sa majesté. » Toutefois, nonobstant excusalions , lignage ou autres choses , il fut détenu prisonnier et mis par le dit messire Jacques en bonne et sûre garde ; et le lendemain , après que le dit messire Jacques eut pris tous les biens portatifs de la dite forteresse et qu’il eut commis gens de par lui pour la garder, il se partit et emmena le dit comte de Harcourt prisonnier au chà'el de Croloy. Duquel comte il eut entre les autres choses un moult bon cheval fauvel , à courte queue, qui depuis fut renommé d’é- Ire bon et excellent pour la guerre. Et depuis ce jour en avant demeura le dit comte prisonnier toute la vie durant du dit messire Jacques, mais il fut par plusieurs fois transporté de chailel en autre , et étoit commune renommée qu’il étoit ainsi détenu prisonnier par le con¬
sentement de Jean de Harcourt, son fils, comte d’Aumarle.