‹ ChroniquesChapitre 210 sur 562 · CHAPITRE CCX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCX

CommeiU le cluUcl de Coiicy fui pris par les prisonniers qui éloicnl dedans, et autres besognes.

Environ la Chandeleur l’an dessus dit , Pierre de Sainte-Treille, qui éloit capitaine du chàtcl de Coucy de par le duc d’Orléans , prisonnier en Angleterre, fut trahi par aucuns de ses serviteurs, c’est à savoir son fourrier et son maréchal ; lesquels, après qu’ils eurent traité avec aucuns des Bourguignons qui étoient prisonniers léans en grand nombre, en mirent partie dehors, et allèrent secrètement par nuit bucquer à l’huis de la fenêtre du dit capitaine, qui éloit couché en une forte tour. El adonc vint ouvrir l’huis un valet qui couchoit en la dite chambre, et demanda qu’ils vouloient. Et le dit couturier répondit qu’il avoit léans une pièce de la robe de son maître que naguère il avoit taillée. Entre lesquelles paroles saillirent dedans eux six hommes bien ernbâtonné ; , et incontinent occirent le dit capitaine et son valet dessus dit; et de là allèrent à une autre tour où étoient enfermés ^prisonniers le seigneur de Maucourt en Santerre , Ly^nnet de Bournonville et ■aucuns autres gentilshommes. Lesquels, après que d’eux ils eurent eu certaines promesses, les mirent dehors : et puis d’un commun accord prirent et tuèrent le guet, les portiers et autres non étant de la partie, et commencèrent à crier à haute voix: « Vive Bourgogne ! » Et adonc un gentilhomme nommé Burlel de Humereules et un sien valet, qui étoient prisonniers dedans la grosse tour, oyant le cri dessus dit, rompirent de force l’huis de la basse-chambre où ils étoient enfermés , et vinrent jusqu’au pont de la dite tour.

Durant laquelle tempête Etienne de Vignole, autrement nommé La Hire, un moult vaillant capitaine du dauphin, duquel et de sa vaillance sera ci-après moult parlé, qui éloit en la ville avec foison de gens d’armes, ouït les nouvelles de la prise et effroi dessus dits par aucuns des gens du capitaine qui s’étoient avalés jus de la muraille. Et aussi y avoit une trompette faisant le guet en la haute plommée, qui sonna très fort à l’arme. Si s’arma à toutes ses gens, et vinrent jusqu’au pont pour assaillir et reconquerre le dit chàtcl. Mais le dessus dit Burtel trouva manière de monter amont sur

la plommée, et commença bien et roidement à jeter pierres aval. Et d’autre partie, les autres se mirent fort en défense. Pour quoi La Ilire, et ceux qui éloient avec lui, voyant qu’ils perdoicnt leur temps, se relrahirent dedans la dite ville jusqu’à temps qu’il fût jour. Et adonc s’armèrent et prirent toutes leurs bagues, et montèrent à cheval; et après qu’ils curent fait tuer piteusement soixante prisonniers qui étoient és prisons de la ville, se départirent de là et s’en allèrent à Guise. Pour lequel parlement ceux qui avoient pris le chàtcl furent très joyeux, et ils commencèrent fort à mettre les mains en œuvre et visiter les biens d’icelui, dont il y avoit très grand’ abondance. Et après mandèrent messire Jean de Luxembourg à venir vers eux, lequel sans délai assembla ce qu’il put finer de gens, et se mit à chemin pour y aller. Mais entre-temps, ceux qui avoient pris le dit chûtel, nonobstant qu’ils l’eussent mandé, prirent ensemble conclusion de le non mettre dedans, sinon que premier leur promît que tous les biens de dedans demeureroient à leur profit; et sur ce envoyèrent au-devant de lui le dit seigneur de Maucourt pour déclarer leur intention Lequel ne lui osa bonnement découvrir la besogne dessus dite. Et pour tant , quand le dit de Luxembourg fut venu atout scs gens devant le dit châtel, ne lui fut pas ouvert de pleine venue pour les causes dessus dites, dont il fut grandement troublé. Et fit présentement prendre le dit seigneur de Maucourt, en lui reprochant qu’il le vouloit trahir; auquel, s’il eût eu bourrel ou autre homme qui l’eût voulu exécuter, eût fait trancher la tète sans délai. Et tôt après, pour la cremeur de lui, ceux de dedans lui firent ouverture et s’excusèrent de la targeance dessus dite. Si entra dedans et y mit garnison de par lui. Et quant aux biens, il en eut la plus grand’ partie, et au regard de ceux qui les avoient conquis, en furent assez petitement enrichis.

Et après ce mèm ctemps, sur toutes les côtières de Normandie jusqu’à Pontoise, Clermont, Beauvais, Blont- Didier, Bretcuil , Amiens, Abbeville et Saint-Valéry, les Anglois gâtoient tous les pays par feu et par épée, et souvent en faisant leurs courses emmenoient proies.

Avec lesquels se boutèrent en cet an grand’

foison de Normands portants la rouge croix, lesquels les conduisoient partout où ils vouloient aller. Et d’autre partie les Dauphinois faisoient le pareil. Et quant aux gens du roi et du duc de Bourgogne, ne se feignoient pas. Et par ainsi ce très noble royaume de France étoit en divers lieux moult travaillé et oppressé par les trois parties dessus dites. Et n’avoient les gens d’église, et le pauvre peuple comme nul défendeur, ni autre recours que d’eux plaindre lamentablement à Dieu leur créateur, en toujours attendant sa bénigne grâce, pitié et miséricorde.

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