CHAPITRE CCXIX
Comment le roi d’Angleterre fit assiéger les forteresses de Cliâteau-Gaillard et de La Eoche-Gujon, qui en la fin furent conquises; et autres matières.
En ces mêmes jours , le roi Henri d’Angleterre fit assiéger toutes les forteresses du Château-Gaillard et de La Roche-Guyon, lesquelles étoient deux des plus fortes places delà duché de Normandie, et les tenoient les gens du dauphin ; mais, au bout de deux mois, La Roche- Guyon fut rendue, du consentement de la dame, qui étoit dedans, au dit roi d’Angleterre, lequel présentement la donna à messire GuyLeBoutillier; et avec ce lui vouloit faire avoir la dite dame en mariage, mais oneques ne s’y voulut consentir, ainçois s’en alla avec ses gens hors du pays, en délaissant sa dite forteresse. El le Château-Gaillard, qui étoit au roi de France , se tint seize mois, au bout duquel terme se rendit par faute de ce que les cordes dont ils tiroient l’eau leur étoient faillies. Et en étoit capitaine messire Olivier de Mauny, qui avoit avec lui six vingts gentilshommes ou plus. Et
RANO DE MONSTRELET. [HlO]
tenoient le siège les comtes de Haulilon et de Kirne.
Et durant les choses dessus dites, avoit plusieurs Dauphinois et Bourguignons qui avoient grand’ confidence et communication les uns avec les autres depuis le trailé de paix , espérant qu’icelle dût être perdurahle. Et s’assembloient très souvent en plusieurs lieux d’un commun accord pour faire guerre aux Anglois, anciens ennemis du royaume de France ; mais la roue de fortune y pourvut par telle manière que dedans brefs jours ensuivant furent en plus grand’ tribulation et haine l’un contre l’autre que jamais n’avoient été, comme ci-après sera déclaré.