CHAPITRE eeXX
Comment le duc de Touraine vint à grand’ puissance à Mon-lereau, où faut Yonne, où il manda le duc de Eourgogne, qui étoit à Trojes en Champagne, lequel fut mis i mort piteusement.
Or est vérité qu’après que Charles , duc de Touraine , eut visité les duchés de Berri et de Tours , se tira atout vingt mille combattants ou environ à Montereau, où fautYonne. Et tôt après sa venue envoya à Troyes en Champagne messire Tanneguy du Châlet et autres de ses gens atout certaines lettres signées de sa main, par lesquelles il écrivoit très affectueusement au dit duc de Bourgogne que pour conclure et aviser à la réparation du royaume et aussi pour grands affaires qui grandement le touchoient, il voulsît aller par devers lui au dit lieu de Montereau. Lequel duc oyant cette requête différa par plusieurs jours d’y aller, et contendoit que le dit dauphin allât au dit lieu de Troyes vers son père , le roi , et devers la reine, et démontra plusieurs fois au dit Tanneguy que plus convenable et expédient seroit qu’il y allât qu’aulrement, afin de tenir leur conseil ensemble. El sur ce retourna le dit Tanneguy devers le dauphin pour lui rendre la réponse qu’il avoit eue ; mais finablement le dessus dit dauphin et tous ceux de son conseil prirent conclusion ensemble de demeurer à Montereau et non ailleurs.
Et derechef retourna icelui messire Tanneguy à Troyes devers le dit duc , avec lequel il traita tant qu’il vint à Bray-sur-Seine, et de là' furent envoyés plusieurs messages de l’une
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pallie à l’aulir. Enlie lesquels au derrain le dauphin y envoya l’évèque de Valence , qui éloit frère à ré\êque de Langres , lequel de Langres ctoif avec le duc de Bourgogne et un de ses principaux conseillers, et étoit nommé Charles de Poitiers. Et quand icelui évêque fut au dit lieu deBray, parla par plusieurs fois au dit duc de Bourgogne , et l’admonesta et induisit bien acertes qu’il voulsît aller devers le dit dauphin, disant qu’il ne fût en nulle doute ou soupçon de quelque mauvaiseté. El pareillement en parla féablement à son frère dessus dit, en lui remontrant que féablement il y pouvoit aller et feroit mal de faire le contraire. Toutefois icelui évêque pourvrai ne savoit rien de ce qu’il advint depuis, et Irailoit de bonne foi les besognes dessus dites.
Finablement, tant parles remontrances dessus dites comme sur les paroles de messire Tanneguy du Chélel , le dit duc de Bourgogne se conclut et disposa avec son conseil d’aller vers le dauphin en la compagnie d’icelui évêque, et se partit du dit lieu de Bray-sur-Seine le dimanche dixième jour de septembre mil quatre cent dix-neuf, et avoit en sa compagnie environ cinq cents hommes d’armes et deux cents archers, desquels étoient capitaines messire Charles de Cens , amiral de France , et Jacques de La Lime , maître des arbalétriers ; et si y étoient plusieurs seigneurs, c’est à savoir Charles, fils aîné du duc de Bourbon ; le seigneur deNoailles, frère au comte deFoix, Jean , fils au comte de Fribourg; le seigneur de Saint-George, messire Antoine de Vergy, le seigneur de Jonvelle , le seigneur d’Ancre , le seigneur de Monlagu , messire Guy de Pontarlier et plusieurs autres, atout lesquels il chevaucha joyeusement jusqu’assez près de Monlereau, et étoit environ trois heures après midi. El lors vinrent à l’encontre de lui trois de ses gens, c’est à savoir messire Antoine de Thoulongeon , Jean d’Ermay et Saubrelier, lesquels lui dirent qu’ils venoient de la ville, où ils avoient vu le pont, auquel lieu se dévoient assembler plusieurs fortes barrières faites de nouvel, très avantageuses pour la partie du dauphin, disant qu’il pensùt à son fait, et que, s’il s’y bouloit, il seroit au danger du dit dauphin et de sa partie. Sur lesquelles paroles le dit duc, tout à cheval, assembla son conseil pour