‹ ChroniquesChapitre 221 sur 562 · AGI · texte numérisé non relu

AGI

savoir ce que sur ce il étoit bon de faire, et y eut diverses opinions; car les aucuns douloienl moult celte journée et les nouvelles et rapports de ce que d’heure à autre ils oyoienl.

Les autres, qui ne pensoienl que bien, conseilloient, pour mieux faire, de laisser qu’il allât devers le dessus dit dauphin, et disoient qu’ils ne sauroient penser qu’un tel seigneur et prince, fils du roi de France et successeur de sa noble couronne, voulsît faire autre chose que loyauté.

Et lors le dit duc voyant et oyant les diverses opinions de son conseil, dit haut et clair, en la présence d’eux tous, qu’il iroit sur intention d’attendre telle aventure qu’il plairoit à Dieu de lui envoyer, disant outre que pour péril de sa personne ne lui seroit jâ réprouvé que la paix et réparation du royaume fût altargéc, et que bien savoit que s’il failloit d’y aller, et que, par aucune aventure , guerre ou dissension se remouvoit entre eux , la charge et déshonneur en retourneroit sur lui. Et adonc s’en alla descendre dedans le chàtel de Monlereau par la porte vers les champs, lequel chàtel lui avoit été délivré pour lui loger par les conseillers du dauphin , afin qu’il fût moins en soupçon qu’on lui voulsît faire aucune mauvaiseté , et fit descendre avec lui tous les grands seigneurs et deux cents hommes d’armes, et cent archers pour lui accompagner.

Si étoit avec lui la dame de Giac, qui par avant, comme dit est , avoit été par plusieurs fois devers le dauphin pour traiter les choses dessus dites, et moult induisoit le dit duc d’y aller, en lui admonestant qu’il ne fût pas en doute de nulle trahison. Lequel duc, comme il montroit semblant, aimoit moult et croyoit de plusieurs choses icelle dame, et si l’a voit baillée en garde avecque partie de scs joyaux à Philippe Jossequin , comme au plus féable de tous ses serviteurs. Et tôt après qu’il fut des cendu, ordonna à Jacques de La Lime qu’il se mît atout scs gens d’armes à l’entrée de la porte, vers la ville, pour la sûreté de sa personne et aussi à garder la convention.

Et entre-temps, messire Tanneguy du Chàtel revint devers lui et lui dit que le dauphin étoit tout prêt et qu’il allendoit après lui, et il répondit qu’il s’en alloil; et lors appela ceux qui étoient commis à aller avec lui et défendit que

CllKONlQLiES l)’E^GL]El\RAND DE MONSTRELET.

nuis n'y allassent , fors ceux qui à ce éloient ordonnés , lesquels éloient dix, dont les noms s'ensuivenl, c’est à savoirCliarlcs de Bourbon, le seigneur de Noailles, Jean de Fribourg, le seigneur de Saint-George, le seigneur de Monlagu, inessire Antoine de Vergy, le seigneur d’Ancre , inessire Guy de Pontarlier, inessire Charles de Lens , messire Pierre de Giacet un secrétaire nommé maître Pierre Seguinat , avecque lesquels alla le dessus dit jusqu’audevant la première barrière du pont. El derechef vinrent à l’encontre de lui les gens du dit dauphin , qui renouvelèrent les promesses et serments par avant faits et jurés entre les parties, et ce fait dirent : « Venez devers monseigneur, il vous attend ci devant le pont. »

Après lesquelles paroles se relrahirent devers leur maître et seigneur. Et adonc le dit duc demanda à ses conseillers dessus dits s’il leur sembloit qu’il pût aller sûrement devers le dit dauphin sur les sûretés qu’ils savoient entre eux deux. Lesquels, ayant bonne intention, lui firent réponse que sûrement y pouvoit aller, attendu les dites promesses faites par tant de notables personnes d’une partie et d’autre; et dirent que bien oseroient prendre l’aventure d’y aller avecque lui. Sur laquelle réponse se mit en chemin , faisant aller une partie de ses gens devant lui; et entra en la première barrière, oû il trouva les gens du dauphin qui encore lui dirent : «Venez devers monsei- » gneur, il vous attend. « Et il dit: « Je vois >> devers vous. » El passa outre la seconde barrière, laquelle fut tantôt fermée à la clé, après que lui et ses gens furent dedans , par ceux qui à ce étoient commis. Et en marchant avant rencontra messire Tanneguy du Cluilel , auquel, par grand amour, il férit de la main sur l’épaule , disant au seigneur de Saint-George et aux autres de ses gens : « Vécy en qui je » me fie. »

Et ainsi passa outre jusqu’assez près du dit dauphin, qui étoit armé, l’épée ceinte, appuyé sur une barrière, devant lequel, pour lui faire honneur et révérence, il se mit à un genou à terre en le saluant très humblement; à quoi le dauphin répondit aucunement, sans lui montrer quelque semblant d’amour, en lui reprochant qu’il avoit mal tenu sa promesse et n’ayoit point fait cesser guerre ni fait vider ses

gens des garnisons, ainsi que promis avoit. Et enlre-lcmps, messire Piobcrt de Loire le prit par le bras dexlre et lui dit : « Levez-vous , vous » n’êles que trop honorable. « Et le dit duc étoit à un genou, comme dit est, et avoit son épée ceinte; laquelle étoit, selon son vouloir, trop demeurée derrière lui quand il s’agenouilla, si mil la main pour la remettre plus devant à son aise, et lors le dit messire Robert lui dit : « Mettez-vous la main à votre épée en » la présence de monseigneur le dauphin ! » Entre lesquelles paroles s’approcha d’autre côté messire Tanneguy du Châlel, qui fit un signe, en disant : « 11 est temps. » Et férit le dit duc d’une petite hache qu’il tenoit en sa main parmi le visage, si roidement qu’il chut à genoux, et lui abattit le menton. Et quand le duc se sentit féru, mit la main à son épée pour la tirer, et se cuida lever pour lui défendre, mais incontinent, tant du dit Tanneguy comme d’aucuns autres, fut féru plusieurs coups et abattu à terre comme mort. Et prestement un nommé Olivier Layet, à l’aide de Pierre Fratier, lui bouta une épée par-dessous son haubergeon tout dedans le ventre.

Et ainsi que ce se faisoit, le seigneur de Noailles ce voyant , tira son épée à moitié pour cuider défendre le dit duc ; mais le vicomte de Narbonne tenoit une dague en sa main dont il le cuidaférir. Et ledit deNoailles vigoureusement se lança au dit vicomte et lui arracha sa dague des poings, et en ce faisant, fut féru d’une hache par derrière en la tête, si elTorcément qu’assez bref après il mourut.

Et entre-temps que ce se faisoit, le dessus dit dauphin, qui élo t appuyé sur la barrière dessusdite, voyant cette merveille, se lira arrière d’icelle comme tout effrayé; et incontinent par Jean Louvet, président de Provence, et autres ses conseillers fut remené à son hôtel ; et d’autre partie, Jean de Fribourg tira son épée, mais tantôt lui fit-on perdre par force de coups.

Finablement tous les dix, avec le secrétaire, qui étoient allés avec le dit duc furent pris sans délai , excepté le seigneur de Noailles, qui demeura mort sur la place, comme dit est, et le seigneur de Montagu, qui se sauva pardessus la barrière vers le châtel. Et fut le seigneur de Saint-George navré au côté de la

IJ\ i\E PREMiEK.

pointe d’imc hache , cl le seigneur d’Ancre d’une taillade en la main. Lequel seigneur de Montagu, quand il fut outre la dite barrière, cria très fort à l’arme. El adonc messire Antoine de Thoulongcon, messire Simon Olhelimer, Saubretier et Jean d’Ermay avec aucuns autres s’approchèrent de la dite barrière, et commencèrent à lancer de leurs èpces à ceux de dedans. Et en ce faisant le dit messire Simon fut navré en la tète, car ceux de la ville et des dites barrières s’efforcèrent de tous côtés à tirer arbalètes sur les dessusdits; pourquoi, non pouvant entrer dedans icelle barrière, se retrahirent dedans le dit chàlel. Ainsi et par celte manière fut le dit duc de Bourgogne cruellement mis à mort sur la sûreté du duc de Touraine, dauphin du Viennois, et de ceux de son conseil. Laquelle besogne tant seulement à ouïr raconter est si piteuse et lamentable que plus grande ne peut être, et par spécial tous cœurs de nobles hommes et autres prud’hommes natifs du royaume de France doivent avoir grand’ tristesse et vergogne voyant si noble sang comme des fleurs de lys , tant prochains de lignage, eux-mèmes détruire l’un l’autre, et le dit royaume être mis, par le moyen des choses dessus dites et autres par avant faites et passées, en voie et péril de changer nouvel seigneur, et aller du tout à perdition.

Si furent les principaux faisant celte conspiration contre le dit duc de Bourgogne, Jean Louvet, président de Provence, le vicomte de Narbonne, messire G uillaumo Baliller, messire Tanneguy du Chùtel, messire François deGrimaille, messire llobert de Loire, Pierre Fratier, Olivier Layel, messire Ponçon de la Naniac, sénéchal d’Auvergne, et aucuns autres. Lesqtiels, grand espace de temps par avent, avoient conclu, promis et juré l’un à l’autre de mener û (in celle besogne, comme ils firent Et mèmemenl dès la première assemblée qui fut faite entre iceux princes auprès de Pouillyle-Fort, quand la paix fut faite entre eux, comme je fus informé, eurent volonté et intention do l’achever ; mais lors fut délaissée pource que le dit duc de Bourgogne avoit trop grand’ puissance de gens d’armes, et aussi que lesdiles parties éloient près l'une de l'autre aux pleins champs : pour quoi eût convenu qu’il

y eût eu de trop grands meschefs entre eux.

L’n après, le seigneur de Jonvelle et les autres qui étoienl dedans lechâlel de Monlereau, et auxquels le dit duc de Bourgogne l’avoit baillé en garde à son parlement, furent moult émerveillés et non pas sans cause, quand ils * surent et virent les manières qu’on tenoit \ contre eux, tant pour la personne de leur dit seigneur et prince, dont encore ne savoientpas la vérité de son étal, comme pour les autres seigneurs qui étoienl avec lui ; et aussi pour eux-mèmes, qui étoienl lù sans avoir quelque provision de vivres ni habillements de guerre, sinon ce qu’ils avoient apporté, qui n’étoit pas grand chose, car, par avant leur venue, on avoit ôté toute l’artillerie et les vivres du dit chûtcl. Si curent sur ce plusieurs imaginations pour savoir s’ils se déparliroienl ou non ; mais en la fin se conclurent l’un avec l’autre d’y demeurer jusqu’à tant qu’il auroient plus véritables nouvelles de leur dessus dit seigneur qu’encorc n’avoient ouï.

Et combien que le dit seigneur de Jonvelle et le seigneur de Montagu priassent moult de fois aux gens du dit duc qui étoient venus avec lui qu’ils voulsissent demeurer avec eux dedans icelui chàlel, néanmoins n’en voulurent rien faire, ainsi se départirent hâtivement sans tenir ordonnance, et chevauchèrent au plus tôt qu’ils purent droit vers Bray-sur- Seine, dont ils étoient parlis au matin. Mais les gens du dauphin, à grand’ puissance, les poursuivirent très àprement et en tuèrent, prirent et détroussèrent grand’ partie sans trouver quelque défense. Et iceux seigneurs de Jonvclleetde Montagu demeurèrent, comme dit est, dedans le chàtel, et avec eux messire Robert de IMarigny, messire Philippe de Cervoles, messire Jean IMurat, le seigneur de Rosemale, Jean d’Erinay, Jean du Mesnil, Saubretier, Philippe de Montant, Renaut de Cheuly , Renaut de Rélhel , Guillaume de Bière, la dame de Giac et scs femmes, et Philippe Jossequin, avec environ trente varlels que pages de la famille du dit duc de Bourgogne.

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CHAPITllE CCXXr.

Cominenl le duc de Touraine, daupliin, et ceux (jui éloienl avec lui bC eomluisireni après la mon du dit duc de Bourgogne; et des lettres qu’il lit envoyer à plusieurs bonnes villes.

Après ctt que le dessus dit duc de Bourgogne fut mis à mort, comme dit est, il fut tantôt par les gens du dauphin dévêtu de sa robe, de sou haubergeon, de ses anneaux et de toutes autres choses, réservé son pourpoint et ses houseaux, cl demeura sur la place jusqu'é minuit, qu’on le porta sur une table dedans un moulin assez près du pont ; et le lendemain au matin fut mis en terre en l’église Notre-Dame, devant l’autel Saint-Louis, atout son dit pourpoint et ses houseaux, sa barrette tirée sur son visage, et lui fit-on prestement dire douze messes. Si éloient à celte heure avec le dauphin plusieurs notables personnes qui rien ne savoient du secret de cette matière; et il y en eut aucuns à qui en déplut grandement, considérant les tribulations, reproches et meschefs qui en pouvoient sourdre au temps à venir, tant au royaume de France comme à la personne de leur seigneur et maître le duc de Touraine , dauphin ; entre lesquelles y étoient Jean de Harcourt, comte d’Aumale, et le seigneur de Barbasan. Auquel de Barbasan fut moult désagréable, et tant que par plusieurs fois reprocha à ceux qui avoient machiné le cas dessus dit, en disant qu’ils avoient détruit leur dessus dit maître de chevance et d’honneur. Et dit que mieux voudroit avoir été mort que d’avoir été à icelle journée, combien qu’il en fût innocent.

Toutefois, le dauphin retourné en son hôtel après cet homicide , fut ordonné par ceux de son conseil que deux cents hommes d’armes iroient devant la forteresse pour faire rendre ceux qui éloient dedans. Auxquels là venus fut l’entrée défendue. Et pour tant les dessus dits se retrahirent une partie en la tour du pont et l’autre en une tour vers les faubourgs , et là demeurèrent cette nuit. Et ceux qui étoient en la dite ville murèrent la porte vers la ville et n’eurent autres nouvelles jusqu’au lendemain matin , qu’on leur commença très fort à jeter canons contre la dite porte.

Et assez bref après , allèrent quatre ou cinq

chevaliers de par le dau()hin parler à iceux et leur signifier qu’ils rendissent la dite forteresse ; et si ce ne faisoienl , il les feroil assaillir et couper les têtes, s’ils éloient pris par force. Auxquels fut répondu par les dessus dits Jonvelle et Monlagu que monseigneur de Bourgogne, leur seigneur, auquel le dauphin l’avoit livré, leur avoit baillé en garde, et qu’ils ne le rendroient pas s’ils n’avoient certaines enseignes de lui. Pour quoi les dessus dits, ce oyant, retournèrent en la ville ; et tantôt après rallèrent devers la dite forteresse et y menèrent messire Antoine de Vergy, lequel appela les deux seigneurs dessus dits, et ils répondirent en demandant comment il lui étoil. Et sans faire à ce réponse , il leur dit : « Frères, rnon- » seigneur le dauphin me fait dire que vous » lui rendez cette forteresse , et que si ce ne » faites et il vous prend dedans par force , il » vous fera trancher les têtes. Et si vous lui » voulez rendre et tenir son parti, il vous fera » des biens et vous départira des olfices de ce » royaume très largement. »

Après lesquelles paroles, demandèrent au dit messire Antoine s’il savoil des nouvelles de monseigneur le duc. A quoi il ne répondit mot, et signa de son doigt contre terre, et après dit : « Je vous conseille que vous rendez la » dite forteresse à monseigneur le dauphin. » Et comme devant dirent ; « Sans avoir nouvel- » les de monseigneur le duc , qui la nous a » baillée en garde, nous ne la rendrons pas. » Et adonc les chevaliers du dit dauphin leur dirent : « Mettez par écrit tel traité que vous » voulez avoir, et on vous fera réponse. » Et sur ce, se retrahirent les dites parties et firent les dessus dits mettre par écrit ce qu’il leur plut, et l’envoyèrent devers le dit dauphin.

Premier, requirent à mettre la forteresse en la main de monseigneur de Bourgogne, leur seigneur, qui leur avoit baillée en garde, ou au moins avoir décharge de lui, signée de sa main.

Item, que tous les prisonniers qu’il avoit devers lui , lesquels avoient été pris avec le dit duc , il les rendît quilles sans payer finances.

Item, que tous les hommes et femmes, de quelque état qu’il fussent, étant dedans la dite forteresse, avec tous les biens qui y avoient été de leur parti apportés, s’en pussent aller franchement où bon leur sembleroit.

Itein. qu’ils eussent délai de quinze jours à demeurer dedans le dit chàlel , lant que leurs chevaux fussent venus.

Item , qu’ils eussent sauf-conduit pour deux flenls hommes d’armes qui tes viendroient quérir pour les conduire où bon leur sembleroit, et que le dit sauf-conduit durât quinze jours.

Après lesquels articles, visités par te dit dauphin et son conseil, furent renvoyés devant la forteresse les chevaliers dessus dits qui par avant y avoient été envoyés. Lesquels dirent à ceux de dedans que, quant à la personne du duc de Bourgogne, elle ne soit plus demandée , car on ne la peut avoir.

Quant aux prisonniers qui ont été pris avec lui, ils sont bien à monseigneur le dauphin, et leur départira des biens et oflices de ce royaume ; et n’en soit requis plus avant.

Quant aux biens qui sont dedans la forteresse appartenant au duc de Bourgogne, ils demeureront en la main de monseigneur le dauphin et les fera recevoir par inventoire , en baillant décharge à ceux qui les ont en garde. Et les autres qui sont léans emporteront tous Jours biens lesquels ils ont apportés.

Quant aux quinze jours que demandez de délai , rien ne s’en fera , mais on vous fera conduire jusqu’à Bray-sur-Seine.

Quant au sauf-conduit de deux cents hommes d’armes, il n’est nul besoin de l’avoir, puisqu’aurez conducteurs.

Toutefois, après plusieurs paroles, les dessus dits chevaliers de Jonvelle et de jMontagu pour eux et pour leurs gens ürent traité avec le dit dauphin par si qu’ils s’en iroient saufs leurs corps et leurs biens , en rendant la dite forteresse. Et à ce furent reçus, et tous les biens et joyaux qui étoient au dit duc de Bourgogne demeurèrent léans. Et avec ce demeura avecque le dauphin la dame de Giac; laquelle, comme il fut commune renommée, fut consentante de la dite homicide. Et pareillement y demeura Philippe .lossecpiin, et n’osa retourner devers la duchesse de Bourgogne ni devers son fils, comte de Charolois, pour tant qu’il n’étoit pas bien en leur grâce.

Lequel Philippe .lossequin étoit natif de Dijon , fils de l’armurier de feu le duc Philippe de B )urgogne; et par long temps avoit élé moult féable et aimé par-dessus tous du des¬

sus dit duc de Bourgogne ,'c’est à savoir de ses serviteurs ; et même lui faisoii porter son scel de secret et signer lettres de sa main, comme si le dit duc les eût signées ; et y avoit peu de de différence du signé que conlrefaisoit le de.ssus dit Philippe .Tossequin à l’encontre de celui que faisoit le duc de sa propre main. Pour lesquelles besognes et grands autorités il fut par plusieurs fois moult haï de plusieurs seigneurs repairant en la cour d’icelui prince; mais néanmoins, étant en l’état dessus dit, il acquit de grands finances, et fit une moult notable maison dedans la ville de Dijon. Lesquelles chevances à son département il délaissa en plusieurs lieux , c’est à savoir en Bourgogne , en Flandre et ailleurs ; lescpielles furent prises, comme confisquées, des ofilciers du comte de Charolois, et les donna à aucuns de ses serviteurs; et le dessus dit Philippe, ainsi comme dit est, s'en alla dénué de tous biens.

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