CHAPITRE CCXXIII
Comment ’e seigneur de Monlagu écrivit à plusieurs bonnes villes du royaume; el des Parisiens, qui refirent serment nouvel après la mort du dit duc de Bourgogne.
Le sire de Montagu , après ce qu’il fut retourné de Monlereau à Bray-sur-Seine, le plus tôt qu’il put, fit écrire plusieurs lettres contenant que par le dit duc de Touraine, dauphin, et son conseil , avoit été commis crime à la personne de son seigneur le duc de Bourgogne; lesquelles lettres il envoya à Troyes, Rheims, Châlons et autres bonnes villes tenant le parti du roi et du duc de Bourgogne. Esquelles lettres aussi leur prioit très humblement qu’ils fussent bien sur leur garde, et que point n’obtempérassent aux paroles et mensonges de ceux tenant la partie du dauphin , disant par les dites lettres que bien étoit leur déloyauté découverte , mais se entretinsstmt toujours en leurs bons propos de la partie du roi et du comte de Charolois , successeur du duc de Bourgogne , par lequel ils auroient bonne et brève aide au plaisir de Dieu. Les-
LIVIŒ PREMIEH.
quelles lettres aux bonnes villes dessus dites furent bénignement reçues , en remerciant moult de fois le dit sire de Monlagu, pour son message, disant que moult fortétoient dolents de l’aventure dessus dite.
Et quand , le onzième jour de septembre, vint à la connoissance des Parisiens que le dit duc de Bourgogne étoit ainsi mort, furent tant dolents et confus que plus ne pouvoient. Et pour tant , lendemain , au plus malin qu’ils purent, s’assemblèrent le comte de Sainl-Pol, le lieutenant du roi à Paris , le chancelier de France, les prévôts de Paris et des marchands, et généralement tous les conseillers et olBciers du roi, et avec eux grand’ quantité des nobles et bourgeois de la ville, et grand’ mulliludcdu peuple. Lesquels, après ce qu’on leur eut fait remontrer la mort du duc de Bourgogne , et l’état comment icelle avoit été perpétrée et faite , firent serment au dessus dit comte de Saint-Pol de le servir et obéir, et d’ôtre et entendre avec lui de toute leur puissance à la garde et défense de la dite ville de Paris ctdes habitants, cl généralement à la conservation de tout le royaume ; à résister de corps et de biens à la damnable intention et efforcement des crimineux, séditieux, rompeurs de la paix et union de ce royaume, et de poursuivir , de tout leur pouvoir, vengeance et réparation contre les conspirateurs, coupables et consentants de la mort et homicide du dit duc de Bourgogne, et dénoncer et accuser devers justice tous ceux portant faveur aux dits conspirateurs. Promirent aussi de non rendre la ville de Paris, ni faire quelque traité à part sans le su l’un de l’autre. Et semblablement leur fil serment ledit comte de Saint-Pol.
Desquels serments dessus dits furent faites lettres scellées de leur sceaux ; lesquelles furent envoyées à Senlis et autres villes tenant leur parti , afin de les induire à faire le serment pareil à leurs gouverneurs.
Après lesquelles besognes accomplies , furent pris dedans la dite ville de Paris et mis prisonniers plusieurs hommes et aussi aucunes femmes tenant ou qui avoienl tenu le parti du dit duc de Touraine, dauphin, tant de ceux qui étoient retournés depuis la paix comme autres sur quoi on avoit soupçon; cl tantôt après en y eut aucuns exécutés par justice.