CHAPITRE CCXXIV
Comment le dessus dit dauphin se partit de Montercau; de la délivrance ue ceux cpii avoient été en la compagnie du duc de Bourgogne, et autres matières.
En ces propres jours , après que le dessus dit dauphin eut constitué rnessire Pierre de Guitry capitaine de Montercau, lequel de Guitry avoit été présent quand le duc de Bourgogne fut mis à mort , se départit de là atout ses gens, et envoya tous les prisonniers dessus dits , la dame de Giac et Philippe Jossequin à Bourges en Berri. Lesquels prisonniers firent serment au dit dauphin de le servir et tenir son parti , fors Charles de Bourbon , par dessus nommé, et rnessire Pierre de Giac. Et quant aux autres, jà soit ce qu’ils fussent par plusieurs requis d’icelui dauphin et de ceux de son conseil qu’ils voulsissenl demeurer avec lui et faire le dit serment , et que grands biens et honneurs leur fussent offerts à être faits, néanmoins, oneques ne s’y voulurent consentir ; ainçois firent réponse à toutes les dites requêtes que mieux aimoienl de mourir en prison ou autrement, comme il plairoitau dauphin, que de faire chose qui à eux et à leurs successeurs iiôt être réprouvée à mal. Et pour tant, voyant leur volonté, et que autre chose on n’en pouvoit avoir, furent depuis tous mis àdéli vrance, moyennant certaine grand’ somme de pécune, qu’ils payèrent pour leur rançon, excepté le dit rnessire Charles de Lens, amiral, qu’ils firent mourir, cl ne retourna pas.
En outre, le dessus dit dauphin, venu en la ville de Bourges , comme dit est , manda gens d’armes de lotîtes parts à venir par devers lui, atout lesquels il alla en Anjou, et eut parlement avecque le duc de Bretagne, lequel consentit qu’une partie des nobles de son pays servissent le dit dauphin. Et avccque ce lui vint grand’ aide d’Ecossois, qu’il envoya et fit conduire sur la rivière de Loire ; et de là alla à Poitiers, puis en Auvergne et en Languedoc, par tout assembler gens, et faire alliance , sur intention de résister contre tons ceux qui grever ou nuire lui voudroient. Et par toutes les bonnes villes tenant son parti faisoit prononcer que ce qu’il avoit fait contre le duc de Bourgogne étoit et avoit été en bonne et juste querelle, en remontrant plusieurs litres qui à ce.
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faire l’avoient niu, pour sa juslificalion; lesquels seroient trop longs à raconter.
Et entre-temps , le roi de France , la reine cl ceux de leur conseil, qui avoient su les nouyelles de toutes les matières dessus dites , en éloient très déplaisants; et afin d’y pourvoir, furent envoyés mandements royaux en diverses parties du royaume où le roi dessus dit étoit obéi , contenant la mort du duc de Bourgogne et la déloyauté des faiteurs ; mandant et défendant aux gouverneurs d’icelles, sur tant qu’ils se pouvoient méfaire, qu’au dauphin ni à ceux de son parti ne baillassent conseil, confort et aide ni faveur, mais se préparassent à toute diligence d’y résister; et à ce faire et poursuivir la réparation du royaume ils auroient bien bref bonne aide.