CHAPITRE CCXXIX
Comment le duc Philippe de Bourgogne partit d’Arras et alla a grand’ puissance mettre le siège devant Crespy en Laonlioisjctdelù à Troyes en Champagne devers le roi.
Or est vérité qa’aprés que le duc de Bourgogne eut célébré la fête de la Purification Notre-Dame, délaissant illec la duchesse sa femme, s’en alla à son chàtel de Bapaume, et puis à Oisy en Cambresis, devers sa tante, la comtesse de Hainaut, avec laquelle eut parle-ment ; et après s’en alla à Péronne. Auquel lieu vinrent devers lui la plus grand’ partie de ses serviteurs et capitaines , atout lesquels chevaueba jusqu’à Saint-Quentin, et là séjourna certaine espace, attendant son exercile et armée.
Et vinrent devers lui les ambassadeurs d’Angleterre en armes jusqu’au nombre de cinq cents combattants ou environ, desquels étoient les principaux le comte de Warwick et de Kent, et le seigneur de Ros>, le maréchal
' Jean, seigneur de Itoos de Ilamialic, récompensé
d’Anglelorre cl nicssirc Louis de Robcrsart, natif de Ilainaul , qui tous ensemble chevauebe^rent avec le dil duc à Troyes en Cliainpagne.
En outre, vinrent au dil lieu de Saint-Quentin, devers le duc de Bourgogne, les ambassadeurs de la ville de Laon; lesquels, avec ceux de la ville de Saint-Quentin, requirent moult instamment le duc de Bourgogne qu’il voulsît assiéger la ville de Crespy en Laonnois, que tenoient les gens du dauphin, qui moult gàtoient et détruisoient le pays d’environ ; laquelle chose, en faveur des dessus dits, fut par icelui duc accordée.
En après, de Saint-Quentin alla icelui duc loger à Crécy-sur-Sère, et envoya inessire Jean de Luxembourg, accompagné de Hector et Philippe de Saveuse, et aucuns autres capitaines, loger en un village assez près de Crespy, comme par manière d’avant-garde. Et assez bref ensuivant, le dit duc de Crécy, avec toute son armée, alla assiéger tout à l’environ la dite ville de Crespy, dedans laquelle étoient bien cinq cents combattants, tenant la partie du duc de Touraine, dauphin ; desquels étoient chefs et capitaines, La Hire, Pothon de Sainte- Treille, Dandonnet et autres aventuriers, qui tous ensemble vigoureusement et de grand courage défendirent la dite ville contre les dits assiégeants. Néanmoins furent de très près approchés, et plusieurs engins dressés contre les portes et murailles.
Si étoient lors avec le dit duc plusieurs capitaines qui tout leur temps avoient servi le duc Jean, son père, c’est à savoir messire Jean de Luxembourg, les seigneurs de l’Ile-Adam et de Chastellus, tous deux maréchaux de France; messire Robinet de Mailly, grand-panetier de France; Le Veau de Bar, bailli d’Auxois ; le vidame d’Amiens, Antoine, seigneur de Croy ; messire Philippe de Fosseux et Jean son frère, le seigneur de Longueval, Hector et Philippe de Saveuse, le seigneur de Humières,qui conduisoit les gens du seigneur d’Antoing; le seigneur de Humbercourt, messire Mauroy de Saint-Léger, le seigneur de
par Henri V de ta seigneurie de Bacqueville en Normandie.
' Jean, lord Mowbray, depuis comte de Notlingham et de Norfolk.
Stenhuse de Flandre, le sire de Commines, le sire de Ilallewyn, le bâtard de Harcourt atout les gens de messire Jacques de Harcourt, son oncle, et moult d’autres chevaliers et écuyers du pays du dit duc. Et étoient adonc de son plus privé conseil et ses féables gouverneurs messire Athis de Brimeu, chevalier, et le seigneur de Roubaix, avec l’évêque de Tournai, son chancelier.
Lequel duc, après qu’il eut fait faire grands préparations pour assaillir iceux assiégés, en conclusion, au bout de quinze jours ou environ après le dit siège mis, fut traité fait entre les parties, par condition que les dits assiégés s’en iroient saufs leurs corps et leurs biens, en rendant la ville en la main du dit duc, pource que c’étoit sa première armée, réservés aucuns qui étoient des villes de l’obéissance du roi, lesquels demeurèrent prisonniers.
Après lequel traité, se départirent les dessus dits sous le sauf-conduit du dit duc de Bourgogne, nonobstant lequel, à leur parlement, en y eut plusieurs détroussés; dont le dit duc et son conseil furent très mal contents, et firent restituer ce qu’il en vint à leur connoissance. Si s’en allèrent ces Dauphinois à Soissons, cjui tenoil leur parti.
Laquelle ville de Crespy, après le département dessus dit, fut pillée et dénuée de tous biens portatifs qui y furent trouvés. Et après, à la requête de ceux de Laon, fut la fortification d’icelle ville abattue et démolie, c’est à savoir les portes et murailles : pour quoi, en poursuivant de mal en pis, demeurèrent les habitants d’icelle on grand’ tristresse, et non sans cause; car par avant la guerre éloit ville plantureuse et remplie de tous biens.
Si étoil en la compagnie du duc de Bourgogne, durant cette année, qui ne fait pas à oublier, ce vaillant capitaine dont en autre lieu est faite mention, nommé Tabary, atout scs brigands; lequel ne fit en conclusion que demi-voyage, et demeura en la poursuite, comme vous orrez ci-après ensuivant.
\A\l\h: l'HEMlER.