CHAPITRE CCXXVIII
Comment les François et Bourguignons commencèrent à re-
paircravcc les Anglois; et le siège de Fontaine-Lavagan ;
et autres plusieurs matières.
Dès lors en avant commenrèrent ceux tenant la partie du roi et du duc Bourgogne à repairer, marchander et avoir très grand accointance avec les Anglois sur les frontières de Normandie, comme si déjà la paix eût été publiée. Auquel temps les dessus dits comte de Ilautiton et Cornouaille mirent le siège atout trois mille combattants devant la forteresse de Fontaine-Lavagan , laquelle durant toute la guerre avoit toujours tenu la partie d’Orléans, et pas n’avoit été subjuguée; pour quoi le pays de Beauvoisis, les marches de Normandie, d’Amiennois et autres à l’environ par icelle avoient été moult travaillés, et par long temps. Toutefois, au bout de trois semaines ou environ après le siège mis, se rendirent ceux qui étoient dedans la forteresse aux dits assiégeants, par si qu’ils s’en allèrent, saufs leurs corps et leurs biens. Et après qu’ils furent partis fut la dite forteresse désolée et mise à ruine.
Et d’autre partie, le dix-neuvième jour de janvier, fut mis le chûlel de Muyn en l’obéissance du vidame d’Amiens par certains moyens qu’il eut à ceux de dedans. Lequel châtel , comme celui de Fontaine-Lavagan, avoit toujours tenu le parti d’Orléans et fait moult de travail par longue espace aux villes d’Amiens, de Corbie, iMont-Didier et en tout le pays à l’environ ; et fut pris dedans un gentilhomme nommé Bigas, de nation Niirmand, et la dame du dit lieu, femme de rnessire Collart de Calleville, avec aucuns autres, et grand nombre de biens.
Esquels jours le duc de Bourgogne et toute sa puissance se préparoit pour aller devers le roi Charles à Troyes en Champagne, mandant étroitement par tous le.s pays que tous ceux qui avoient accoutumé de porter armes fussent prêts pour l’accompagner au voyage dessus dit ; cl de Gand, où il étoit , s’en vint à Arras, et la duchesse sa femme. Aurpiel lieu il constitua à être son chancelier maître Jean de Torsy,
évêque de Tournai, et assembla, par vertu des dits mandements, très grand nombre de gens d’armes. Et aussi le samedi après les Trois- Rois furent criées les trêves entre les rois de France et d’Angleterre par tous les pays de l’obéissance du roi de France et du duc de Bourgogne, depuis Paris jusqu’à Boulogne sur la mer et jusqu’à Troyes en Champagne, durant jusqu’au mi-mars ensuivant, sur forme d’avoir paix finale entre les deux rois dessus dits.
Durant lequel temps, les Anglois, en grand’ puissance, sous la conduite du comte de Hautilon et Cornouaille, allèrent devant la ville et chàtel de Clermont, laquelle ville ils assaillirent très puissamment; mais elle fut bien défendue par ceux de dedans. Et pour tant que des dits Anglois y eut aucuns morts et navrés du dit assaut, boulèrent le feu et ardirent le faubourg Sainl-Andrieu , où il y avoit moult de belles maisons et de notables édifices ; et après coururent toute la comté du dit Clermont, et emmenèrent grands proies avec eux, atout lesquelles s’en retournèrent en la duché de Normandie.