LIVRE PHEiMJEK
tics combaltoient l’une contre l’autre très vaillamment; et étoient contre icclui dressées aucunes échelles sur lesquelles combattirent par grand espace et vigueur Hector de Saveuse , Henri de ChaulTour et aucuns autres experls en armes. Lequel Henri de Chauffour, très renommé en armes, étant sur une des dites échelles , armé de plein harnois , fut féru d’un fer de lance au vide de son harnois de jambes parmi son jarret, duquel coup il mourut dedans brefs jours ensuivant. Et là les défendeurs combattoient par merveilleuse vertu en défendant leur garde.
Durant lequel assaut messire Jean de Luxembourg, qui étoit au plus près du dit boulevert, avoit levé sa visière de son bassinet, et regardoit la contenance des dessus dits défendeurs par entre deux chênes ; mais l’un d’iceux défendeurs ce percevant, le férit assez prés de l’œil d’une lance ferrée ou non ferrée , ne sais pas bien lequel, duquel coup il fut très durement navré, et en perdit fmablement la vue d’icelui œil. Et lors aucuns de scs gens le ramenèrent dedans sa tente pour lui reposer, et assez tôt après son étendard , qui avoit été porté au dit assaut, fut pris parle bout et coupé au plus près de la lance où il tenoit , dont le dit de Luxembourg, en poursuivant de courroux en autre, fut très iré. Pour lesquels inconvénients , et aussi pour la grand’ résistance des défendeurs, cessa pour cette fois le dit assaut, mais ce ne fut pas qu’il n’y eût plusieurs des assaillants morts et navrés.
En outre , le comte de Conversan et les autres capitaines se logèrent tout à l’environ de la dite forteresse. Et furent assises contre la porte , tours et murailles d’icelle plusieurs grosses bombardes pour icclui chàtel confondre et abattre. Et le dit messire Jean de Luxembourg, pour la grand’ douleur de sa blessure à soulager, fut ramené à Troyes en Champagne, où il fut soigneusement visité par notables médecins.
Son frère, le comte de Conversan dessusdit, demeura principal conducteur d’icelui siège, et là, par les engins dessus dits , lit tant continuer qu’iecllc forteresse fut fort dommagée, et j la porte et aucunes tours abattues jusqu’à I moitié ou environ. Pour quoi les assiégés coin- ' mcncèrent à eux ébahir, et requirent d’avoir ;
parlement avec le dit comte , lequel leur fut accordé. Blais pour cette première fois ne purent être d’accord , par quoi incontinent que ceux qui étoient issus pour traiter furent rentrés, les assiégeants , sans commandement de leur capitaine, en plusieurs lieux commencèrent à eux armer , et vigoureusement et de grand courage atout échelles allèrent pour assaillir la dite forteresse. Et de pleine venue entrèrent dedans deux tours bien soixante hommes d’armes , mais bonnement ne pouvoient passer plus avant, pour la fortification qu’iceux assiégés avoient faite. Toutefois le dit assaut dura moult terrible , périlleux et dangereux par l’espace de cinq heures ou environ, et y eut, tant des dits assaillants comme des dits défendants, plusieurs morts et navrés. Et, pour mettre tin , ceux qui étoient entrés dedans les dites tours furent chassés et boutés dehors par la force et défense d’iceux défendeurs. Et même tirèrent dedans une trompette qui étoit armée en état d’hommes d’armes.
El le lendemain iceux assiégés, doutant d’avoir nouvel assaut , requirent d’avoir traité. Et en conclusion, furent d’accord par condition qu’ils s’en iroient, sauve leur vie tant seulement , excepté aucuns qui emmenèrent chacun un petit cheval et s’en allèrent en tel état à Bfoymers. Et la forteresse dessus dite fut du tout démolie , arse et abattue , et les biens furent pillés par renforcement des gens d’armes assiégeants, et en prit chacun cjui plus tôt y put advenir, en rompant les ordonnances des capitaines, lesquels bref s’en retournèrent à Troyes et ès villages à l’environ.