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CHAPITRE CCXXXHL

Commrnl grand’ partie des gens du duc de liourgognc retournèrent en leur pays; et de la elievaucliée que firent le seigneur de l’Ile-.Vdani, maréchal de France, et le seigneur de Croy.

Après que les Picards et autres gens d’armes furent retournés du siège d’Alibaudières à Troyes, comme dit est, prirent bref ensuivant la plus grand’ partie congé au duc do Bourgogne de retourner en leur pays , lequel leur fut accordé. El se partirent environ trois mille chevaux, desquels étoient les [irincipaux le vidame d’Amiens, Le Borgne de Fosseux , chevalier, Hector de Saveuse, le seigneur d’Es-

CHRONIQUES D’ENGUEKRÂND DE MONSÏRELET. [1420]

fenhusc, le seigneur de Comniines et aucuns autres capitaines , tant de Picardie comme de Flandre, qui tous ei>scmblc chevauchèrent de Troyes en tirant vers Ilclhel. Et nonobstant que les Dauphinois fussent en grand nombre pour les ruer jus et détrousser, néanmoins par leur diligence eschevèrent leurs aguets et retournèrent en leur pays sans avoir aucun empêchement. Après lequel parlement le dit duc de Bourgogne envoya plusieurs des autres capitaines qui élüient demeurés avecque lui au pays d’Auxerrois pour mettre en l’obéissance du roi aucunes forteresses que lenoient les gens du dauphin , qui moult travailloient le pays, c’est à savoir le maréchal de l’Ile-Adam, Antoine, seigneur deCroy, le seigneur de Longueval, messire Mauroy de Saint-Léger, Baudo de Noyclle , B.obert de Saveuse , Robert de Brimeu , le bâtard de Thien et aucuns autres atout environ seize cents combattants, lesquels du dit lieu de Troyes chevauchèrent par plusieurs journées jusqu’à une petite ville nommée Toussy qui tenoil le parti du dauphin, et y repairoit très souvent le seigneur de La Trimouille. Et pour tant les dits capitaines atout échelles de guerre et autres habillements vinrent assez près du dit lieu de Toussy, entre le point du jour et soleil levé ou environ, ayant volonté et espérance d’icelle ville par soudain assaut prendre, ravir, piller et du tout mettre à leur abandon. Et eux. venus assez près, se mirent en bataille et s’assemblèrent tous ensemble. Et furent faits nouveaux chevaliers Antoine, seigneur de Croy, Butor, son frère bâtard, Baudo de Noyelle , Lyonnet de Bournonville et aucuns autres par la main du seigneur de rile-Adam , maréchal de France. Et assez tôt après, d’un commun accord, allèrent assaillir la dite ville en plusieurs lieux et dresser échelles contre les murs tout à leur aise sans trouver grand’ défense. Toutefois, jà soit Æe que les habitants d’icelle ville fussent moult ébahis de première venue, si reprirent-ils cœur en eux, et commencèrent à eux défendre vigoureusement ; et tant que les assaillants dessus dits se rctrahirent hors de leurs fossés , et se logèrent en plusieurs lieux autour de la dite ville.

Auquel lieu furent par deux ou trois jours îaisants faire nouvelles échelles, crocs de fer et

autres habillements de guerre pour derechef faire nouvel assaut. El au troisième jour se rassemblèrent atout les habillements dessus dits et allèrent comme devant assaillir très ardemment icelle et dresser plusieurs échelles contre les murs ; mais les défendeurs en grand’ hardiesse résistèrent de grand courage contre les dits assaillants , et de pleine venue en tuèrent et navrèrent plusieurs. Entre lesquels y furent morts un gentilhomme d'armes nommé Ogier de Saint-Vandrille et le capitaine des brigands dessus dits, nommé Tabary, avecque aucuns autres.

Finablement iceux assaillants , comme par avant avoient été, furent reboutés dehors les fossés en grand’ confusion , et se rctrahirent tous en leurs logis, et même demeura le dessus dit dedans les fossés. Et puis fut par iceux défendants porté dedans la ville atout son harnois, et lui dénué fut mis en un sarcus et enterré en une église. En outre vinrent en cette propre nuit nouvelles au seigneur de rile-Adam, maréchal de France, et aux autres capitaines que leurs ennemis venoient en grand nombre pour les combattre et ruer jus; pour quoi hâtivement tous ensemble montèrent à cheval et chevauchèrent toute la nuit pour iceux rencontrer, et le lendemain ouïrent nouvelles de leurs ennemis, qui étoient logés à deux lieux près d’Auxerre , dedans un forf moûtier nommé. Etampes-Saint-Germain.

Pour quoi les capitaines dessus dits sachant icelles nouvelles, au plus tôt qu’ils purent allèrent iceux assiéger dedans le moûtier, et mandèrent secours de vivres, arbalétriers et autres choses à eux duisables à Avallon, à Auxerre, lequel secours leur fut envoyé. Et en conclusion , après que les parties eurent livré l’un à l’autre plusieurs escarmouches, en la fin de dix-huit jours se rendirent iceux assiégés à iceux capitaines , par si qu’ils auroient leurs vies sauves et demeureroient prisonniers tant qu’ils auroient payé finances chacun selon son état. Après lequel traité ainsi fait, fut icelui moûtier, c’est à savoir la fortification, désolée et abattue , et après, les dits capitaines retournèrent à Troyes atout leurs gens devers le duc Philippe de Bourgogne, leur maître et seigneur.

LIVKE PREMIER.

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