‹ ChroniquesChapitre 237 sur 562 · CHAPITRE CCXXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXXVI

Commpnl Ville -Ncuve-Ie-Roi fui prise el écliclée; le siège

du Ponl-Sainl-Espril ; la croiscrie que fit faire notre saint

père le pape, et autres matières.

En ces jours fut prise et échelôe secrètement Ville-Neuve-le-Roi, séant sur la rivière d’Yonne, par aucuns des gens du dit duc de Bourgogne ; dedans laquelle furent morts et pris plusieurs des Dauphinois qui la tenoient. Et adonc vint devers le roi Henri d’Angleterre le duc de Bedford, son frère, alout huit cents hommes d’armes et deux mille archers. Si furent reçus du dit roi et de ses autres frères en grand’ liesse, et aussi du duc de Bourgogne. Pour la venue duquel la puissance du dit roi Henri d’Angleterre fut grandement enforcée. Durant lequel temps, Charles, duc de Touraine, dauphin de Viennois, passa à grand’ puissance les parties de Languedoc, et alla mettre le siège devant la ville du Pont-Saint-Esprit sur le Rhône, dedans laquelle étoient les gens du prince d’Orange, tenant le parti du duc de Bourgogne. Et là fit dresser plusieurs engins et instruments de guerre que lui avoient envoyés ceux de la cité d’Avignon et de Provence pour icelle subjuguer, et tant continua le dit siège que la ville lui fut rendue.

Et pareillement se mirent en son obéissance la plus grand’ partie des villes et forteresses du pays de Languedoc qui aucune espace avoient tenu le parti du duc de Bourgogne par le moyen du dit prince d’Orange; dedans lesquelles icelui dauphin mit sulTisantes garnisons et gouverneurs de par lui ; et ce fait, retourna à Bourges en Berri , et assembla de toutes parts grand’ puissance de gens d’armes, en intention de résister contre les elTorcemenls du roi Henri d’Angleterre et du duc de Bourgogne, lesquels il savoit être prêts, comme dessus est dit , pour conquerre et subjuguer les villes et pays qui se tenoient à lui.

Auquel temps fut par notre saint père le pape ordonné une croiserie sur les Pragois ', de laquelle furent conducteurs l’archevêque de Cologne , l’évêque de Liège , l’archevêque de Trêves, ré\êque de Mayence, le comte Louis du Rhin et plusieurs autres grands sei-

* Il s’agit de la croisade contre les Hussites.

gneurs de la Haute-Allemagne et des marches à l’environ. Si entrèrent au pays des dits Pragois, qui fut par eux moult exilé, et prirent un fort chàtel nommé Nasone et la forte ville de Caldes ' avecaucunes autres. Toutefois aucuns de ceux qui étoient en cette armée en assez grand nombre se départirent et retournèrent en leurs lieux, pource que les dessus dits capitaines , comme il leur sembloit, usoient de trop grand’ convoitise.

En outre, le cardinal duc de Bar et avec lui Regnier d’Anjou , son neveu , fils de sa sœur et du roi Louis derrain mort , lequel Regnier icelui cardinal avoit déjà déclaré son héritier de la dite duché, et lui avoit donné à jouir présentement sa marquisie du Pont, fit assiéger puissamment la ville et chàtel de Ligny on Barrois, chef -lieu d’icelle comté, pour tant que Jean de Luxembourg n’avoit pas fait les devoirs de relever pour son neveu, le jeune comte de Saint -Pol, duquel il avoit le bail et gouvernement, ni pareillement le duc Jean de Brabant, frère du dit comte. Et étoient dedans la dite ville de Ligny, de long temps, aimant et favorisant la partie de Bourgogne ; et le dit cardinal et tous ses pays étoient de partie opposite. Néanmoins, en la fin, après que le dit siège eut duré certaine espace, firent ceux de la dite ville obéissance à icelui cardinal, lequel y mit gouverneurs et ofliciers de par lui. Mais bref ensuivant , par aucuns moyens faits entre les parties, le jeune comte de Saint Pol fut restitué en sa dite ville, forteresse et comté; et y furent derechef mis et établis gens de par lui.

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