CHAPITRE CCLI
Comment messire Jacques de Harcourt commença à faire
guerre aux gens et pays du duc de Bourgogne ; et des inconvénients qui sourdirent ù celle cause.
En ce temps, messire Jacques de Harcourt, qui se tenoit au Grotoy et faisoit guerre aux Anglois , comme dit est dessus , s’abstint fort d’avoir hantise de communication avec le duc de Bourgogne ni à ceux à lui favorables , et prit au havre d’Elampes un vaissel chargé de blé qui étoit à messire Hémon de Bomber, lequel tenoit le parti du dit duc de Bourgogne. Et pource qu’il ne le voulut pas rendre quand il en fut sommé et requis, s’émeut soudainement grand’ guerre entre eux , laquelle en conclusion fut moult préjudiciable à tout le pays de Ponthieu et à l’environ; car le dit messire Hémon , pour venger son courroux , s’en alla complaindre au lieutenant de Calais , c’est à savoir messire Guillaume Ballesdo, lequel soudainement prit tous ses soudoyers anglois de la comté de Guynes et de Calais , et par navires les mena et conduisit emprès Le Crotoy, et là ardit et brûla tous les nefs et vaisseaux de mer qu’il y trouva, et après se retrahit au dit lieu de Calais.
Pour laquelle entreprise venger, le dit messire Jacques de Harcourt entra à main armée en aucunes des villes du dit messire Hémon , et les pilla tout au net , emmenant les proies et tous autres biens en ses garnisons de Noyelle et du Crotoy. Et bref ensuivant, le dit de Bomber, en rendant le pareil, courut les villes du dit messire Jacques, et fut du tout entre eux la guerre émue, non pas tant seulement à leur préjudice, mais à celui de tout le pays; car le dit messire Jacques, pour lui fortifier.
l.lVTti: PREMIER.
altrahit à lui plusieurs hommes d’armes et gens de guerre de Compiègne et ailleurs. Et aussi s’allièrent derechef plusieurs nobles hommes du pays de Vimeu et Ponthieu avecque le seigneur de Rambures et les autres dont dessus est faite mention , c’est à savoir Louis de ^ aucüurl, Le Bon de Saveuse, Philippe de Neuf-ville, Perceval de Houdent, Pierre Quierel, capitaine d’Araines, et moult d’autres. Si furent bref ensuivant mises en sa main la ville de Saint-Riquier, et auprès d’icelle, les forteresses de La Ferlé et de Drongy , Lille et le chàlel du Pont-de-Remy, et les forteresses d’Araines et de Aucourt et de Moruel; et à l’autre côté de Saint-Valéry, Rambures, Gainachc et aucunes autres. Dedans lesquelles, à la poursuite du dit messire .Tacques, se boulèrent plusieurs Dauphinois, qui commencèrent à faire guerre ouverte aux pays du duc de Bourgogne et à ceux tenant son parti ; et par ainsi furent les pays à l’environ moult fort travaillés. Toutefois la dite ville de Saint- Riquier ne se mit pas en l’obéissance du dit messire Jacques, jusqu’à tant que le roi d’Angleterre fût repassé à revenir en France, comme vous orrez ci-après.