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CHAPITRE CCLII

Comment Henri, roi d’Angleterre, retourna en France à grand’ puissance, pour aller contre le dauphin, qui avoit assiégé la ville de Chartres.

Après que le dessus dit roi d’Angleterre eut ordonné ses besognes en son royaume, et que toute son armée fut prête autour de Canlorbie, et iceux payés de leur souldées pour huit mois, s’en vinrent à Douvres; et là et ès autres ports voisins, lui et toutes ses gens entrèrent en mer dedans leurs vaisseaux au point du jour, la vigile Sainte-Barbe. Et en ce même jour entrèrent et arrivèrent au havre de Calais, à deux heures après midi. Et adonc le roi issil de sa hurque, et se logea en son chàlel au dit lieu de Calais. El semblablement tous les autres, issant de leurs vaisseaux, furent logés , tant en la ville comme ès lieux voisins, selon l’ordonnance du dit roi et de ses fourriers. Et tantôt après que les dits vaisseaux furent déchargés, le roi les renvoya en Angleterre. El comme il fut estimé par

plusieurs notables hommes à ce connoissants‘ il y descendit pour ce jour de trois à quatre mille hommes d’armes, et bien vingt-quatre mille archers. El le lendemain, jour Saint- Barnabé, fil le dit roi partir le comte Dorset et le seigneur de Clifforl pour aller à Paris conforter cl aider son oncle le duc d’Exceslre et les Parisiens, qui pour lors étoicul moult court tenus de vivres par les garnisons des Dauphinois qui éloient autour d’eux. Et menèrent les dessus dits douze cents combattants, atout lesquels chevauchèrent hâtivement, eschevanl les aguets de leurs ennemis, jusqu’au dit lieu de Paris, ou ils furent moult joyeusement reçus, tant pour leur venue comme pour les nouvelles qu’ils portèrent de la descendue de leur roi d’Angleterre , auquel les Parisiens avoient plusieurs fois transmis leurs messages en Angleterre pour le hâter ; car le duc de Touraine, dauphin, pour ce temps avoit assemblé de plusieurs pays très grand’ puissance de gens d’armes, atout lesquels se lira pour aller vers Chartres ; et se rendirent à lui les villes de Bonneval et Gallardon , avecque aucunes autres forteresses, lesquelles il garnit de ses gens; et puis s’en alla loger au plus près de la dite ville de Chartres, et l’assiégea de tous côtés très puissamment ; mais elle fut fort défendue par le bâtard de Thien et autres capitaines, lesquels hâtivement avoient été envoyés de Paris pour secourir la dite cité. Et comme il fut estimé par gens à ce connoissant , pouvait avoir le dit dauphin, en sa compagnie, de six à sept mille harnois de jambes, quatre mille arbalétriers et six mille archers : et ainsi fut mandé au roi d’Angleterre par ceux qui les avoient vus. Si commencèrent iceux Dauphinois à dresser plusieurs engins contre les portes et murailles d’icelle ville, dont elle fut aucunement travaillée ; mais pour tant que ceux de dedans étoient assez acertenés qu’ils auraient bref secours par le dit roi Henri d’Angleterre, n’étoienl pas en si grand souci pour les besognes et approches dessus dites.

CfIROMQtlES D'ENGIIERRAND DE MONSTRELET. [\m]

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