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CHAPITRE CCLYir

Comment les deux p,irlies, c’est à savoir le duc de Iîour{;ogne et les Dauphinois, s’as'seniblérent enbalaillc le dernier jour d’août, et ce qu’il en advint.

Or est vérité qu’en ce samedi dernier jour d’août, environ onze heures du malin, les deux batailles dessus dites, chevauchant l’ime contre l’autre moult fièrement, s’arrêtèrent un petit, comme à trois traits d’arc l’un de l’autre; et adonc furent faits moult en hûle de chacune partie nouveaux chevaliers. Entre lesquels le fut fait le dit duc par la main de messire Jean de Luxembourg. Lequel duc, après ce, fit chevaucher Philippe de Saveuse ; et y furent faits de son côté Collart de Commines, Jean d’Estcnhusc, Jean de Roubaix, Andrieux A^illain et Jean Villain, Philebert Andrenet, Daviod de Poix, Guérard d’Athies, le seigneur de Moyencourl, Le Maître de Rcnty, Colinet do Brimeu, Jacques Pot, Louis de Saint-Sauf- Licu, Guillem de Halewyn, DerredeCoroy et aucuns autres ; et de la partie des Dauphinois le furent faits pareillement Gilles de Gamachc, Régnault de Fontaines, Colinet de Yillequier, le marquis de Sère , Jean Rogan , Jean d’Espaigny. Corbeau de Rieu et Sarrasin de Beaufort. En après, fut envoyé, de la partie du duc de Bourgogne, l’étendard Philippe de Saveuse, avec six vingts combattants, que conduisoient messire Alauroy de Saint-Léger cl le bùtard de Roussy, loin à pleins champs, sur le côté, pour férir les dits Dauphinois au travers. El lors les deux parties, qui éloient désirants d’assembler l’une contre l’autre , s’approchèrent très fort; et par spécial les Dauphinois, en grand bruit et roideur, se férirent, tant que chevaux les pouvoient porter, à plein cours dedans la bataille du duc de Bourgogne , de laquelle ils furent très bien reçus. El y eut à cette première assemblée grands froissis de lances, et hommes d’armes et chevaux portés par terre moult terriblement d’un côté et d’autre.

El adonc de toutes parts commencèrent à férir l’un sur l’autre, et moult crueusement tuer, abattre et navrer; mais durant cette première assemblée, départirent de l’ost du dit duc les deux parts de scs gens, et moult en hâte se prirent à fuir vers Abbeville, où ils no

furent pas reçus ; et pour tant allèrent de là à Péquigny. Si étoil avec eux la bannière du duc, laquelle, pour la grand’ hûliveté, n’avoit pas été baillée en autre main que du varlet qui l’avoit accoutumé de porter, lequel, en fuyant avec les autres, la jeta à terre, mais elle fut relevée par un gentilhomme nommé Jean de Rosimbos, et à icelle se rallièrent et rassemblèrent plusieurs nobles hommes des dessus dits, desquels grand’ partie par avant ce Jour étoient renommés d’être vaillants en armes. Toutefois ils laissèrent le dit duc de Bourgogne, leur seigneur, et leurs autres gens en ce danger ; pourquoi ils furent depuis grandement diffamés. Alais les aucuns se voulurent excuser pour la dessus dite bannière, disant qu’ils pensoient que avec icelle fût le dit duc.

Et aussi derechef leur fut certifié par le roi d’armes de Flandre qu’icelui duc étoil mort ou pris, et qu’il le savoit véritablement : pour quoi en poursuivant de mal en pis furent plus effrayés que devant, et sans retourner s’en allèrent, comme dit est, passer l’eau de Somme à Péquigny, et de là en leurs propres lieux. Et entre-temps, une partie des Dauphinois qui les virent partir de l’ost du duc de Bourgogne commencèrent à courre après , c’est à savoir Jean Raulet et Pierron de Luppel , atout environ six vingts combattants, et en prirent et tuèrent aucuns. Et enlendoieht à avoir gagné la journée et que tout fût déconfit, mais leur pensée ne fut pas véritable, car le dit duc et environ cinq cents combattants, qui éloient demeurés avec lui des plus nobles et experts en armes, se combattirent moult àpremcnl et vaillamment contre les dits Dauphinois, et tant firent qu'en conclusion ils obtinrent la victoire et demeurèrent maîtres en la place. El comme il fut relaté de toutes les deux parties, le dit duc, de sa personne, se gouverna moult prudenlement et fut en grand péril d’avoir occupation, parce qu’il assembla des premiers, et fut enferré de deux lances de première venue, dont lui perça sa selle de guerre tout outre l’arçon de devant , et lui échoppa de côté son harnois, et avec ce fut pris à brasd’un puissant homme d’armes, qui le cuida ruer jus ; mais il étoil monté sur un bon cheval coursier, qui à force le passa outre. Si soutint, et aussi donna plusieurs coups à ses ennemis, et prit de sa

main deux hommes d’armes, et chassa les dits Dauphinois très longuement vers la rivière. Et au plus près de luii étoient le seigneur de Longueval, Guy d’Erly et autres en petit nombre qui bien l’accompagnèrent. Si fut grand espace que ses gens ne savoient où il étoit. Et après, Jean Raulet et Pierron de Luppel, retournant de la chasse dessus dite, vinrent au lieu où s’étoit faite la bataille, et entendoient à trouver leurs compagnons victorieux , mais quand iis aperçurent le contraire, ils se mirent à fuir, et avec eux le seigneur de Mouy, vers Saint-Valéry, et les autres prirent le chemin vers Araines. Et adonc le duc de Bourgogne, qui étoit retourné sur le champ, fit rassembler ses gens et lever aucuns de son côté qui là avoient été mis à mort, ^r spécial le seigneur de la Viefville.

Et jà soit ce que les nobles et grands seigneurs qui étoient demeurés avec le dit duc se portassent celui jour très vaillamment, entre les autres faut parler de Jean Villain, qui ce jour avoit été fait chevalier, lequel étoit du pays de Flandre, bien noble homme, de haute stature et très puissant de corps, monté sur un bon cheval , tenant une forte hache à deux mains, atout laquelle à assembler se bouta en la plus grand’ presse de ses adversaires, et avoit abandonné sa bride ; si leur départoit de si grands coups que ceux qui en étoient atteints étoient portés jus sans recouvrer. Et en cet état le rencontra Pothon de Sainte-Treille. Lequel, comme depuis il relata, voyant ces merveilles que faisoit le dessus dit, se tira arrière le plus tôt qu’il put pour doute de sa hache dessus dite. En outre, après que le dit duc eut, commé dit est, fait rassembler et ramasser ses gens, et que premier les morts furent dévêtus, s’en retourna à Abbeville, là où il fut joyeusement reçu atout grand’ partie des Dauphinois qui avoient été pris à cette besogne , c’est à savoir le seigneur de Conflans, Louis d’Offemont, messire Charles de Gamache, et son frère Louis, messire Louis de Thiembronne, Pothon de Sainte-Treille, le marquis de Sère et son frère Philippe deSaint-Sauf-Lieu, messire Rigaut de Fontaines, Sauvage de La Rivière, Jean de Proisy, gouverneur de Guise, messire Raoul de GaucouLt, messire Jean de Rogon, Bernard de Saint-Martin, Jean de Joi-

gny, le seigneur de Montmor, Jean de Gerselle. Le Bourg de La Dire, Yvon du Puy, Jean de Sourmain, Hervé Dourdas, et aucuns autres, jusqu’au nombre de cent à six vingls. Et si furent morts sur la place, tant d’une partie comme d’autre, de quatre à cinq cents ou environ, dont on estimoit avoir de la partie de Bourgogne tant seulement de vingt à trente hommes ; desquels furent principaux le dessus dit seigneur de Viefville et Jean, seigneur de Mailly. Et de la partie du dauphin furent morts de gens de nom ; messire Pierre d’Argensy, baron d’Ivry ; messire Charles de Saint-Sauf-Lieu, Galhaut d’Arsy, Thibaut de Gériécourt, messire Corbeau de Rieux, messire Sarrazin de Beaufort, Robinet de Versailles, Guillaume du Pont, le bâtard de Moy, et plusieurs autres gentilshommes jusqu’au nombre dessus dit. Et pareillement furent emmenés prisonniers des gens du dit duc messire Collard de Commines, messire Guillem de Hallewy, le seigneur de Sailly en Harenaise, Lamon de Launay et aucuns autres. A laquelle besogne messire Jean de Luxembourg, par trop âprement assembler, fut pris prisonnier d’un homme d’armes qui se nommoitLeBloure, et emmené grand espace. Mais depuis, par aucuns des gens du duc de Bourgogne, et aussi des siens, fut rescous. Néanmoins il fut navré moult vaillamment sur le visage de travers le nez. Et en cas pareil fut pris prisonnier et navré le seigneur de Humbercourt, et depuis rescous, comme le dit de Luxembourg.

En après le dessus dit duc de Bourgogne venu à Abbeville, comme dit est, alla à l’église Notre-Dame faire son oraison et regracier son créateur de sa bonne fortune ; et de là s’en alla loger à l’hôtel de la Couronne, et ses gens se logèrent par la ville, où ils purent le mieux, desquels les plusieurs avoient été navrés à la dite journée. Et adonc sut le dit duc comment la plus grand’ partie de son ost l’avoit laissé et s’en étoient fuis à Péquigny, dont il fut très grandement émerveillé et d’eux très mal content, non pas sans cause ; et tant que depuis ce jour ne voulut recevoir en son hôtel aucuns de ses serviteurs qui avoient été des fuyants dessus dits, mais les congia tous. Toutefois peu y en eut de gens de nom de son hôtel qui le laissassent. Et après qu’il eut séjour-

né dedans la dite \ille d’Abbeville par trois jours, pour rafraîchir et aiser scs gens, et qu’il eut eu délibération avec son conseil de non rassiégerla ville de Saint-Riquier, tant pour l’occupation de ses gens qui étoicnt navrés, comme pour autres causes, se partit d’icelle ville, et par devant Saint-Riquier s’en alla logcrà Auxy atout son ost; et portoit-on avec lui messireJean de Luxembourg en une litière, pour la douleur de sa blessure. Et lendemain, partant de la dite ville d’Auxy, s’en alla à Ilesdin, auquel lieu il séjourna par aucuns jours, et ordonna à mettre garnison en plusieurs lieux contre les Dauphinois de la dite ville de Saint-Riquier; et si donna congé à la plus grand’ partie de ses gens d’armes; et avec ce, fit tant qu’il eut tous les capitaines dauphinoisquiavoient été pris par ses gens, moyennant qu’il les contenta de leurs finances, et les envoya prisonniers en son châtel de Lille, où ils furent certaine espace de temps. Si fut de ce jour en avant la besogne dessus dite nommée la rencontre de Mons en Vimeu ; et ne fut déclarée à être bataille pourcc que les parties rencontrèrent, comme vous avez ouï, l’une l’autre aventureusement ; et n’y avoit comme nulles bannières déployées.

Et au regard des principaux qui se départirent de cette journée pour aller à Abbeville, en fut le soigneur de Cohen , qui étoit capitaine du dit lieu d’Abbeville ; et n’étoit pas encore bien guéri de la blessure qu’il avoit eue en icelle ville dont dessus est faite mention. Pour quoi bonnement ne se pouvoit armer de la tète, et lui avoit été conseillé par scs gens, au partir d’Abbeville, qu’il se déportât d’y aller, pour la chose dessus dite ; si fut aucunement excusé à l’occasion d’icelle blessure. Avec lequel s’en allèrent de gens de nom le dessus dit Jean de Rosimbos atout la bannière du duc, comme dit est dessus.

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